Journal d'un catholique thibétain

III. Le peuple est divisé en deux grands groupes

A cette époque, les cadres communistes divisèrent le peuple en deux groupes sociaux. Ceux qui avaient un peu d'argent appartenaient au premier groupe. Les pauvres constituaient le deuxième. Seul les enfants de ces derniers pouvaient faire partie de la « milice du peuple ».

Les communistes confisquèrent toutes les armes et les munitions que possédaient les privés et les donnèrent à la milice du peuple. Les armes en main, jours et nuits, les jeunes miliciens épiaient les gens et les arrêtaient. Régulièrement, les cadres du Parti réunissaient la milice du peuple dans des prés ou dans des maisons vides et leur apprenaient comment mentir, comment animer les jugements populaires, comment tromper le monde.

Beaucoup de jeunes catholiques n'avaient pas envie d'agir ainsi, comme des brigands et des voleurs, mais ils furent contraints de promettre par serment d'agir selon les consignes. S'ils n'obéissaient pas, eux aussi passaient en jugement populaire, tout comme les riches. La peur au ventre, ils n'eurent pas d'autre choix que de se soumettre.

A partir de cette date, les membres d'une même famille, les parents, mari et femme, les enfants, frères et sœurs, personne n'osait se faire confiance. Chacun avait peur de l'autre. Finis les échanges amicaux, les bavardages, les plaisanteries... Les catholiques n'osaient plus se rendre à l'église, sinon tard dans la nuit et en cachette. De même disparurent les beaux jours de fête religieuse avec leur liesse des temps de foire. Désormais on n'entendait plus les rires et les chants des célébrations nuptiales. Les villages semblaient vides. La joie et le sourire n'illuminaient plus les visages. On vivait dans un monde sombre, triste et fatigué.