Journal d'un catholique thibétain

VIII. Neuf jours de marche dans les forêts froides et enneigées

Lors de notre fuite, nous ne pouvons pas emprunter les chemins muletiers, car ils sont surveillés par les troupes communistes. Impossible également de suivre les sentiers en hautes montagnes : il fait trop froid et il y a beaucoup de neige. Depuis Nidadang, pour atteindre le col de Solongla, nous sommes obligés de marcher dans les forêts, à mi-coteau et à travers broussailles et bambous. Nous nous faufilons à travers les arbustes mais souvent nos sacs refusent de passer et restent crochés derrière nous. Nous marchons ainsi durant une journée, mais nous ne parcourons que la distance d'une heure de marche sur un chemin ordinaire.

Le lendemain, nous estimons qu'il est préférable de monter sur la neige, au-dessus des forêts. Avant le lever du soleil, la neige est dure et nous avançons avec plus de facilité. Mais, après le lever du soleil, la neige se  ramollit  et, avec nos lourds bagages, nous nous enfonçons si profondément que nous n'arrivons presque plus à avancer. De plus, tout disparaît sous un épais manteau blanc. Comme on  n'aperçoit plus les rochers et les plantes, il est très difficile de s'orienter. Si la neige se mettait à nouveau à tomber, nous risquerions de nous perdre et de mourir en route.

Nous redescendons dans la forêt et, à l'aide de nos coutelas, nous ouvrons un passage à travers les arbustes, les bambous et les broussailles. Parfois, pour franchir un précipice, nous sommes obligés de faire une passerelle ou des échelles. Si l'obstacle à franchir est trop difficile, nous cherchons une voie de détour. Après neuf jours de marche et d'efforts, nous arrivons enfin au bas du col  Solongla 2.

Tandis que nous franchissons les montagnes en face de Qiunatong, nous voyons très distinctement l'église, mais nous n'apercevons  aucune personne dans les environs. Le village ressemble à une agglomération abandonnée. Les habitants sont tous à flanc de coteau. Groupés autour d'un drapeau rouge, ils sont attelés à des travaux communautaires. A la vue d'un tel spectacle, nous ne pouvons retenir nos larmes.

Nous avons marché dans la forêt durant neuf jours. Grâce à Dieu, il n'a jamais fait mauvais temps et nous avons atteint sans encombre le chemin muletier, au pied du  Solongla.