Journal d'un catholique thibétain

XII. Voyage d’exploration en Birmanie

Nous partons de Djintai et marchons durant trois jours, en direction des monts Longsai qui font frontière avec la Birmanie. Le troisième jour, nous traversons de vastes pâturages, situés au pied des montagnes ; c’est le plateau de Kèsalin. Nous ne franchissons pas les montagnes, mais campons sur ce plateau.

Nous envoyons Léon et Anessy faire un voyage de reconnaissance en Birmanie. Nous autres, nous nous attardons à Kèsalin.

Après vingt-cinq jours d’attente, nous n’avons toujours aucune nouvelle et sommes de plus en plus inquiets à leur sujet. Nous décidons de partir à leur suite. Cependant, sur les montagnes il y a encore beaucoup trop de neige, les mulets ne peuvent pas passer. Nous cachons dans une cavité rocheuse tout ce que nous ne pouvons pas prendre sur nos épaules et renvoyons les mulets vers les pâturages de Kèsalin. Ensuite, chargés de nos lourds bagages, nous franchissons les montagnes et poursuivons notre marche en direction du plateau de Longsai ( Longsai désigne à proprement parler un grand plateau herbeux situé sur le versant sud, aux pieds des montagnes, en Birmanie.

Par analogie, ces montagnes portent également le nom de Longsai. Les plantes médicinales, - entre autre les fritillaires du Yunnan -, et les bœufs sauvages de Longsai sont célèbres loin à la ronde. Les habitants de ces endroits reculés sont des Loutze (ou Noutze) qui, peu à peu, se tibétanisent au nord et se birmanisent au sud. Les catholiques de Bahang sont en grande partie des Loutze et parlent encore le langage de leurs ancêtres). Nous marchons depuis près de deux jours, lorsque nous rencontrons Léon et Anessy.

Avec joie, ils nous annoncent qu’ils ont rencontré un chef de village et des soldats birmans qui leur ont dit : « Si vraiment vous êtes persécutés par les communistes et que vous avez quitté votre pays parce que vous ne pouviez plus y vivre il semblerait qu’on vous laisserait séjourner en Birmanie, à condition naturellement de graisser la patte à certains officiels.

Par contre, si vous êtes des communistes et faites semblant de fuir afin de venir chez nous explorer notre pays, ou si vous occasionner du désordre, on vous renverra immédiatement en Chine, de main forte s’il le faut. » Par crainte des chaleurs estivales, nous décidons de ne pas descendre immédiatement en Birmanie. Joseph, Anessy et Dide se proposent pour retourner au Tibet chercher des provisions. Les trois autres camperont sur le plateau et essayeront de récolter des plantes médicinales. Nous prévoyons de descendre ensemble, en automne, jusqu’aux premiers villages birmans.