Journal d'un catholique thibétain

XVIII. Je reste seul avec les soldats birmans

Après environ vingt jours d'hôpital, je suis guéri. De retour au camp, je partage à nouveau la vie des soldats. Comme je ne comprends pas leur langue, nous communiquons par des gestes. Certains me considèrent comme un frère. D'autres me méprisent et me font du mal, mais je supporte tout avec résignation. Vivant parmi eux, peu à peu je commence à comprendre leur parler. Comme je partage toutes leurs activités, les gens me considèrent comme un soldat birman.

Deux mois après mon retour au camp, nous célébrons la fête nationale de l'indépendance de la Birmanie. Ce jour-là, tous les habitants de la région se réunissent dans une plaine et organisent diverses manifestations. Je me joins aux soldats et vais participer à la fête. Parmi les participants, j'aperçois une dame anglaise qui était autrefois « pasteur » à Cikai, près de Kongshan. En me voyant, elle me dit : « Il y a environ un mois, celui qui m'a fait parvenir une lettre, c'est certainement toi ! Cette missive, je l'ai déjà transmise au Père qui réside à Myitkyina. » Ces paroles me remplissent de joie et je la remercie chaleureusement.

Un soir, en fin d'après-midi, une femme vient trouver l'officier du camp et s'entretient longtemps avec lui. Voyant qu'elle porte sur sa poitrine une médaille du Sacré Cœur, je présume qu'elle est catholique, mais je n'ose pas lui adresser la parole. Elle également ne me dit rien. Peu de temps après son départ, l'officier me dit : « La personne qui est venue me trouver est catholique. Elle désire connaître ta situation. Elle réside à l'hôpital. Ce soir après le repas, tandis que personne ne prêtera attention, je t'amènerai à l'hôpital. Quelqu'un désire te rencontrer. Dépêche-toi d'aller manger ! »
Je pense alors : « Ici, je ne connais personne. Quelle est cette personne qui désire me rencontrer ce soir ? » Après le repas du soir, profitant d'un instant de relâche, l'officier m'emmène à l'hôpital, au bureau de la femme qui était venue au camp cet après-midi. En me voyant, elle se lève et vient me dire : « Es-tu catholique ? Moi, je suis catholique. Le Père m'a demandé de venir te trouver. Si tu as des difficultés, dis-le moi, sans te gêner ! Je le rapporterai au Père et il t'aidera, c'est certain. Désires-tu aller vivre auprès du Père? »

Je lui réponds : « Bien sûr, j'aimerais vivre auprès du Père. Mais actuellement je suis gardé par les soldats. Sans leur autorisation, je ne peux absolument rien faire. J'ai surtout très peur qu'ils me remettent aux mains des communistes. Que le Père m'aide afin que cela ne m'arrive pas ! Quant au logement et à la nourriture, on me traite comme un soldat ; il n'y a aucun problème ! »

Elle demande alors à l'officier : « Va-t-on les remettre aux main des communistes ? » Il répond : « Nous ne les livrerons pas aux communistes. Soyez sans crainte et cessez de vous faire du souci ! » Elle me donne neuf kyats, -monnaie birmane-, et me dit : « Les choses qui te concernent, je les communiquerai au Père et il t'aidera. Soyez sans crainte et priez avec confiance ! Demain je retourne auprès du Père, à Sumprabum. » Ensuite, elle demande à l'officier de prendre soin de moi et prend congé de nous. Sur ce, nous retournons au camp.