Tiré du chapitre 3 du mémoire de licence (juillet 1986) de Frédéric Giroud intitulé "La mission des chanoines du Grand-Saint-Bernard au Thibet (1933-1952)

Les passes de la frontière

L'instauration d'une oeuvre au coeur de l'Himalaya est conforme à la spiritualité des Chanoines du Mont-Joux, puisqu'elle concilie la vie pour Dieu, par l'apostolat de contemplation, et la vie pour le prochain, par l'apostolat de charité. Premier Supérieur des Chanoines dans les Marches du Tibet, le P. Melly expose cette double fonction. Il parle de:

"(...) fonder un Hospice où l'on chanterait incessamment les louanges divines tout en accordant aux voyageurs une accueillante hospitalité (GSBT octobre -1949 p.111)."

La présentation par le Vicaire forain, le P. Goré, de l'Ordre religieux venant partager avec les M.E.P. le fardeau de la propagation de la foi, signale l'activité dominante exercée en Europe, et qu'il se réjouit de voir se déployer sous peu en Asie :

"Le but principal de la Congrégation fondée par Saint-Bernard de Menthon est d'ouvrir des hospices dans le voisinage des passes pour venir en aide aux voyageurs." (Trente ans aux portes du Thibet interdit (1908-1938), Hong-Kong – 1939 p.327)

Cependant, une fois l'idée de l'Hospice unanimement admise, il fallait s'entendre sur le nom du col qui allait accueillir cette fondation.
En 1930, au moment où le principe de la Mission est débattu, le flou le plus complet entoure la question de l'emplacement de la construction. Seule certitude des Religieux, on bâtira l'Hospice :

"(...) quelque part dans les Marches thibétaines du Yunnan." (GSBT janvier -1973, p.4)

Avant la prospection des chanoines Melly et Coquoz, on ne savait pas sur quel col reliant la Chine au Tibet, ou la Chine à la Birmanie, allait s'élever le "nouveau Saint-Bernard". La charge qui leur est donnée relati¬vement à cette interrogation, consiste à :

"(...) aller se rendre compte sur place, des possibilités de créer, en quelque col de la route du thé, un hospice à la mode du Saint-Bernard." (Daniel–Rops – Les aventuriers de Dieu – Paris – La jeune parque – 1951 – p.222)

Trois possibilités s'offrent à la Congrégation des Chanoines pour établir leur projet, vers le 28ème degré de latitude nord.
Trois passes de 4000 mètres et plus joignent la vallée du Mékong (2000 mètres environ) à celle de la Salouen (1700-1800 mètres). Entre les deux bassins se dresse une chaîne montagneuse qui culmine à des hauteurs vertigineuses. Une brève exposition des avantages et inconvénients concer¬nant tel col permet de retenir ou d'exclure l'une ou l'autre option présé¬lectionnée. Les passages susceptibles d'être choisis sont, du nord au sud :

− le DOKERLA

En dépit de sa haute altitude (4500 mètres), il est très utilisé par les pélerins, et praticable l'année durant ou presque. Pourtant, la proxi¬mité du Tibet indépendant, il est à cheval sur la frontière, et la distance importante le séparant du poste le plus rapproché, Tsechung, d'où un problème de ravitaillement, conduisent à l'écarter.

− le SILA et les BAMBOUS JAUNES

Le trajet unissant le Mékong et la Salouen exige, à la hauteur de Bahang-Tsechung, le franchissement de deux cols relativement élevés (4300 et 4000 mètres), ce qui représente un désavantage certain. Le premier est de plus fermé de novembre à juin en raison de l'abondance des chutes de neige, qu'explique son exposition vers l'est. L'absence d'habitation sur le parcours et sa faible fréquentation achève de rendre cette passe impropre à l'usage des missionnaires valaisans.

- le LATSA

Les arguments qui militent en sa faveur sont multiples : une forte journée suffit pour passer d'une vallée à l'autre, son altitude basse relativement aux précédents (3850 mètres), assurance d'un enneigement moins abondant, et finalement le grand nombre de passages, qui en font le col le plus couru de la région, exception faite du Dokerla. Relevons également qu'il ne réunit des paramètres positifs qu'on ne retrouve pas plus au nord :

− voisinage de deux vallons peuplés de Lissous,
− proximité du Mekong
− distance reduité avec le poste de Siao Weixi.