Tiré du chapitre 3 du mémoire de licence (juillet 1986) de Frédéric Giroud intitulé "La mission des chanoines du Grand-Saint-Bernard au Thibet (1933-1952)

Option adoptée par l'expédition Coquoz-Melly

La consigne donnée aux deux explorateurs était de chercher un endroit qui se prêterait à l'oeuvre hospitalière des Bernardins. A priori, la Congrégation avait une préférence pour le Sila, elle n'en soumettra pas moins l'arrêt définitif au rapport que déposera la mission de reconnais¬sance à son retour. Par voie de conséquence, les deux émissaires s'empressent, dès que le Sila est à nouveau praticable, de s'y rendre :

"Ils avaient acquis la certitude qu'ils pouvaient atteindre sans retard Bahang, le but de leur voyage. Bahang leur était proposé pour base si le Conseil de la Congrégation acceptait de fonder un Hospice aux abords du Sila (Gore – op. cit. p.314)."

Mais cette passe ne comble pas leur attente, et les Chanoines se décident en fin de compte pour le Latsa. Une Lettre du Thibet, pourtant bien posté¬rieure à la décision, en fait mention :

"Envoyé en 1930 par le Chapitre pour examiner la situation tout d'abord au Sila, nous avons trouvé qu'il ne valait pas le peine de construire un Hospice sur cette montagne. Par contre il a été jugé fort utile d'en élever un sur le col de Latza (Lettre du Thibet, N° 28 de décembre 1935)."

Comment expliquer ce revirement, et pourquoi s'est-on arrêté sur le plus méridional des trois passages?
Fin février 1931, les Pères Coquoz et Melly séjournent à Siao-Weisi, poste le plus rapproché du Latsa, qu'ils visitent avec le curé du lieu au début du mois suivant. Avec le P. Nussbaum, les deux Chanoines s'entretiennent de la question relative au choix du col. Suivant le Père des M.E.P., aucun n'est plus indiqué que le Latsa-Pass.

Les arguments développés par le missionnaire français pour motiver sa résolution sont convaincants à plus d'un titre, en particulier le fait que quantité de voyageurs y transitent :

"Ce passage est suivi par de nombreuses caravanes : plus de trente mille porteurs l'utilisent chaque année (P. Nussbaum cité par Daniel–Rops : op. cit. p. 224-112)."

Etape de la route du thé qui relie commercialement la Chine et le Tibet, ses usagers pâtissent fréquemment des cruautés de l'hiver et des assauts renouvelés des brigands. La proximité de Siao-Weisi et ses rizières contribuent à faire pencher la balance.
La décision définitive n'est pas prise à la légère, mais seulement une fois les autres sites entrant en considération estimés moins appropriés:

"C'est sur la passe de Latsa qu'après de minutieux examens de divers emplacements se fixa le choix des chanoines de Grand–Saint–Bernard pour la construction de leur hospice (Simonnet Christian : Thibet voyage au bout de la chrétienté – Paris – Ed "Monde nouveau" – 1949 – p.136)

En Suisse, on a esquissé avant que ne s'en aillent les deux éclaireurs les grandes lignes de l'édifice. Ainsi les deux Pères peuvent procéder, dans les premiers jours de mars 1931, et sur le col même, aux premiers arpentages. Daniel-Rops décrit le travail préparatoire de MM. Coquoz et Melly :

"Les deux prêtres suisses examinèrent donc soigneusement les lieux, notèrent tout ce qui serait utile pour que l'installation, pût se faire sans trop de risques, puis ils rentrèrent au Grand-Saint-Bernard rendre compte à leurs supérieurs (op. cit. p. 224-225)."

Le rapport des voyageurs, dûment circonstancié, fut des plus convaincants, puisqu'il enleva l'adhésion du Chapitre de la Congrégation :

"Il (N.d.l.r. le P. Melly) donna les raisons pour lesquelles le col de Latsa avait été choisi, en vue d'ériger le futur hospice, traita la question des capitaux nécessaires, le problème de la main d'oeuvre, du ravitaillement Melly P.-M. : (Récit du premier voyage vers le Thibet)."

D'autre part, il est nécessaire de relever que :

"(...) cette région de Latsa (est) choisie comme futur centre principal de notre Mission (GSBT juillet -1950, p. 75)."

Durant l'intervalle temporel séparant le premier groupe de son départ, une pièce s'ajoutait au dossier, qui allait conforter les Chanoines dans leurs choix. Entre 1932 et 1932, le Père des M.E.P. Georges André, desservant de la station de Bahang dans le Loutzekiang, prend sur lui de tracer, avec l'accord des autorités chinoises, une piste caravanière entre le Mékong et la Salouen, via le Latsa. Le P. Goré commente comme suit cette initiative :

"Ce faisant, il préparera les voies à nos collaborateurs qui ont adopté le projet de construire leur hospice aux abord du col, sur le versant du Mékong (Goré – op. cit. p.327)"

Pourtant, en dépit de cette allégation, et alors que les premiers missionnaires du Saint-Bernard sont sur le point de fouler la terre chinoise il n'est pas indubitable que la Maison du Mont-Joux ait tranché, quant au lieu d'établissement de son oeuvre principale. C'est du moins ce qui transparaît dans une lettre du Vicaire général, le P. Goré annonçant dans le Bulletin des Missions-Etrangères (N°136 d'avril 1933, p.286) l'arrivée de leurs associés :

"Les nouveaux missionnaires s'établissent provisoirement à Weisi, d'où ils se renseigneront pour fixer l'emplacement définitif de leur hospice (Lettre de P. Goré du 30.12.1932)."

En définitive toutefois, les Religieux valaisans en sont restés au Latsa. Le P. Melly énonce les motifs qui ont fait la décision :

"Ce col a été choisi de préférence aux deux autres, situés respectivement à 100 et 150 kilomètres plus au nord, parce qu'il est la voie naturelle entre la Chine, la vallée de la Salouen et le Kioukiang pays des neuf fleuves en Haute-Birmanie. Avant même que l'on ait entrepris d'édifier les assises de l'Hospice, tout faisait prévoir que le Latsa serait la route de l'avenir. Pour moi cependant, il suffisait de savoir que cette passe était très fréquentée, longue et dangereuse pour les nombreux voyageurs qui l'affrontaient." (GSBT octobre – 1949, p. 112)