Tiré du chapitre 3 du mémoire de licence (juillet 1986) de Frédéric Giroud intitulé "La mission des chanoines du Grand-Saint-Bernard au Thibet (1933-1952)

Situation du col de Latsa

ROBERT CHAPPELET ET FRERE DUC EN CHEMIN VERS LE LATSA

Le chanoine Melly expose le contexte géographique de la passe :

"Le col de Latsa (...) est situé dans la province du Yunnan, à la triple frontière de la Chine, de la Birmanie et du Tibet, au 27ème degré de latitude nord et relie directement la vallée du Mékong à celle de la Salouen, au nord-ouest de Siao-Weisi." (P. Melly cité par Robert Loup– Martyre au Thibet : Maurice Tornay – Fribourg – Ed Grand–Saint–Bernard/Thibet – 1950 – p.89).

Partant de Siao-Weisi dans le Mékong, ultime poste missionnaire avant le Col, dont il est éloigné d'environ trente kilomètres à vol d'oiseau, après avoir longé le fleuve durant deux heures et demi en direction du nord, on atteint le hameau de Gain-oua. A cet endroit, on traverse le Mékong, sur une pirogue aux eaux basses (hiver), sur un câble de bambou aux eaux hautes. La rive opposée gagnée, on quitte la plaine et l'on se met à gravir les premières rampes conduisant au Latsa-Pass. Chemin faisant, on traverse deux villages, le premier, Tapintze, habité conjointement par Chinois et Lissous, le second, Kiatze, après deux heures d'effort depuis le fleuve et 2500 mètres d'altitude, exclusivement lissou. Des berges du Mékong, on parvient au Col en huit ou neuf heures de montée.
Partant de la vallée de la Salouen, le chemin est plus pénible : en six heures de marche, on passe de 1500 mètres à près de 4000 mètres! Du village de Latsa au bord du fleuve, on arrive à Métaka, dernier hameau lissou, en trente minutes. De ce point, il faut s'élever jusqu'à 3500 mètres pour être rendu à un abri, la cabane de Sekidomé, dont le Col est distant d'une heure.

Du point culminant de l'ascension, Maurice Tornay donne cette indication:

"Nous sommes, si l'on compte les heures de montée continuelle, alors à sept heures de la Salouen et à neuf ou dix heures du Mékong (Lettre de P. Tornay à ses confrères, du 19 septembre 1936)."

L'implication d'une telle constatation n'est pas sans importance pour celui qui emprunte cette route :

"Comme on le voit, la traversée de la montagne, d'un village à l'autre, est trop longue pour être faite en un jour par des porteurs de marchan¬dises (GSBT – juillet 1950, p. 75)."

Que l'on s'attaque à la montagne par un versant ou par un autre, l'infor¬tuné commerçant - pèlerin doit dormir sur le chemin, à la belle étoile, faute de refuge. Le brouillard et les bourrasques de neige peuvent de surcroît l'égarer. A l'affût, les bêtes féroces guettent le pauvre hère rendu plus vulnérable encore par l'épuisement. Souvent, la trop longue étape connaît une issue fatale (loups, panthères, chacals, ours, tigres).

La faim et la fatigue, le froid et la neige se conjuguant, il n'est pas rare de trouver au printemps, à faible distance de la passe, les dépouilles mortelles de malheureux s'y étant risqués :

"Au dire des indigènes, chaque année six à sept personnes trouvent la mort, victimes des intempéries ou des brigands, en voulant passer le col (GSBT – octobre 1949 – p.114)."

Il est vrai que les caravaniers sont nombreux à circuler sur ce trajet de haute montagne, avec des mulets chargés, au retour de Lhassa, d'étoffes et de cigarettes "Made in India". Certains articles empruntent le parcours inverse, d'ouest en est :

"Entre les deux vallées, un commerce intense se fait échanges de marchandises, introduction (depuis le Mékong) de produits chinois (bientôt japonais), vers la Salouen et les frontières de la Birmanie (Lettre de P. Tornay à ses confrères du 19.09.1936)."

Au total, on considère que cinquante, à soixante personnes le franchissent quotidiennement. C'est dans le but de rendre le passage d'un bassin à l'autre moins critique que le P.André a voulu améliorer l'accès au Col. Le chemin muletier construit par le curé de Bahang, avec l'aide des Lissous tantôt soumis à la corvée tantôt dûment payés, est large de 0,5 à 1 mètre, soutenu par des pieux, des murets ou de bons talus. Il a fallu jeter des ponts sur des ravins et tailler la pierre pour enjamber des rochers. Cette route se substitue avantageusement à la piste rudimentaire marquée au gré des passages. Un utilisateur reconnaît de bonne grâce les mérites du bâtisseur :

"Le P. André introduit dans le pays la piste rationnelle, en longs lacets, de pente toujours égale, qui réduit au minimum la fatigue des hommes et des bêtes. (Simonnet C. op cit. p.159). "

Taillée à la pioche et à la hache, la route du P. André rend bien plus commode le parcours entre les hameaux des deux vallées. De surcroît, on peut aller du Mékong dans la Salouen en treize ou quatorze heures, sans avoir forcément à passer la nuit dehors.

Ce progrès notoire, bien loin de rendre le dessein des Chanoines superflu, rend sa réalisation encore plus nécessaire, entre autres parce que l'étape entre Latsa et Gain-oua serait ainsi scindée en deux.

Le laïc de la Mission, Bob Chappelet, en ce qui le concerne met en avant la clause du besoin pour justifier la construction de l'oeuvre :

"Des gens meurent encore dans la neige et il en mourra jusqu'au jour où, leur hospice terminé, les Chanoines seront là pour arracher les victimes à la montagne (GSBT – avril 1948 p. 49). "

D'autre part, le nombre de passants sur le Col ne fera qu'augmenter, du fait de l'abandon progressif des passes plus septentrionales, conséquence du surplus de confort qu'offrira le franchissement du Latsa.

Nous étions restés précédemment au point culminant du trajet Mékong-Salouen, sans spécifier autrement l'emplacement exact de la construction.
Sachons en premier lieu que l'Hospice ne trouvera pas place sur le faîte du Col. Il est à noter qu'il en est deux qui se succède, l'un à 3750 mètres fait communiquer par leurs sommets deux vallons latéraux du Mékong, l'autre est le véritable Latsa-Pass. Pour atteindre ce dernier, il suffit de longer l'arête, à la déclivité peu marquée, durant une quarantaine de minutes. C'est non loin du premier col, qui répond au nom de "l'Encoche", que se dressera l'édifice :

"L'Hospice est admirablement situé dans un repli de terrain qui l'abrite du vent, à 10 minutes du col (P. Fournier in GSBT – avril 1948 – p.38). "

Maurice Tornay énonce d'autres avantages appréciables qu'offre cet emplacement, et auxquels le Supérieur des Chanoines en terre chinoise, le P. Melly, n'est pas resté insensible :

"C'est parce qu'il sera plus facile de l'(N.d.l.r. l'Hospice) entretenir, de l'éclairer à l'électricité, de l'approvisionner." (Lettre du P. Tornay à ses confrères du 19.09.1936)

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