Tiré du chapitre 3 du mémoire de licence (juillet 1986) de Frédéric Giroud intitulé "La mission des chanoines du Grand-Saint-Bernard au Thibet (1933-1952)

Contrat avec un entrepreneur pour l'Hospice (1936-1937)

A la suite des déconvenues provoquées aussi bien, par le climat que par les ouvriers, on pourrait se demander (GSBT N° avril 1975 – note de la page 59) pourquoi le chanoine Melly n'a pas, dès le départ, remis la direction des travaux à un constructeur de la région, qui aurait été mieux à même de composer avec les conditions climatiques et de traiter avec la main-d'oeuvre.
A la mi-septembre 1935, MM. Chappelet et Coquoz font visiter les lieux de travail à leur futur associé Lieou-se-hiong. Ce dernier constate ce qui a été fait et évalue ce qui reste à faire.
Les négociations s'engagent peu après à Siao-Weisi entre le Supérieur de Weisi et l'entrepreneur. Natif de Kientchouan, au nord de Tali, celui-ci peut se prévaloir de solides références, et a déjà à son actif plusieurs réalisations pour le comtpe des M. E. P. Soit construction de l'église du P. Genestier (M. E. P.) (Tsechung), édification de l'église, construction de la résidence et de l'église de Siao-Weisi

Après trois journées de palabres, on tombe d'accord, le 18 septembre, sur une plat-forme de contrat. Le protocole est signé, avec pour témoin Ly Yong Tchen, syndic de Siao-Weisi. Il énumère toutes les mensurations portées sur les plans, approuvées d'emblée par les deux parties, et donne le :gros oeuvre pour un forfait (environ 17.000 francs de l'époque). D'après Maurice Tornay, le prix fixé est tout à fait acceptable :

"Pour ce qui regarde l'Hospice, il faut franchement féliciter M.Melly. Pour une résidence beaucoup plus petite, avec le même ingéniqur, un Père des Missions–Etrangères a payés beaucoup plus cher (Lettre du P. Tornay au Procureur, du 5 juillet 1936)."

Le cahier des charges stipule d'autres clauses, distinctes de la construction de l'édifice principal. Soit couvrir le premier compartiment du refuge, terminer celui-ci en ajoutant deux compartiments et entourer l'Hospice d'un mur d'enceinte haut de deux mètres. Au moment où il est conclu, une disposi¬tion prévoit son annulation en cas de désapprobation du Conseil de la Communauté. Cette éventualité ne se produit pas, car le 15 novembre à Weisi, on réceptionne un télégramme de Monseigneur Bourgeois, à la formulation des plus lapidaires : "Accepté, lettre suit" (Mgr Bourgeois).
L'Hospice aura d'imposantes proportions, avec des bases solides (longueur 30 mètres ; largeur 15 mètres) et des murs imposants (1,3 mètre d'épaisseur). Le sous-sol renfermera les provisions de fourrage et de bois de chauffage, abritera les caravanes de mulets ; le rez-de-chaussée accueillera la chapelle, le dispensaire, la cuisine, les chambres des domestiques et des voyageurs ; à l'étage sera installée la clôture, avec les chambres des Religieux.
Le 15 juillet 1936 reprennent les travaux, sous la direction du Lieou. MM. Melly et Chappelet restent toutefois sur la montagne, les Bernardins se faisant un devoir d'être en permanence représentés au Latsa :

"Que faisons-nous ici ? Nous surveillons les travaux. (...) Il faut être là pour contrôler la rectitude des lignes, la solidité des murs et bien des chose que vous savez (Lettre du P. Tornay à ses confrère de 19 septembre 1936). "

Les problèmes de l'année précédente font leur réapparition au tout début août, pas même quinze jours après le nouveau départ :

"Quelques maçons embauchés par le Lieou (entrepreneur) auraient déjà quitté la passe à cause du froid et du mauvais temps continuels. D'autre part, les ouvriers n'ont pas l'heur de plaire à l'entrepreneur (Lettre du Thibet N°36 d'août 1936)."

Tout ceci n'empêche pas les missionnaires de faire des projections pour le moins optimistes ;'on lit en date du 10 août dans la Lettre du Thibet :

"Le P.Melly croit fermement que l'hospice sera construit au bout de trois ans (Lettre du Thibet N°36 d'août 1936)."

L'avance de la construction ne contredit pas le chroniqueur de la Mission, tout au moins au commencement :

"Les ouvriers ont commencé à creuser les fondements du bâtiment pal, tandis que les refuges s'élèvent (...) doucement (Lettre du Thibet N°36 d'août 1936)."

Au début septembre, les deux derniers compartiments du Refuge sont édifiés et les tranchées qui vont accueillir les fondations sont profondes. A la mi-septembre, le constat est plutôt satisfaisant :

"Un temps meilleur que celui des mois précédents permet aux ouvriers d'activer les travaux. Un refuge est terminé. Les fondements de l'hospice se creusent et bientôt les soubassements s'élèveront solides (Lettre du Thibet N°37 de septembre 1936)."

Simultanément, les Pères valaisans peuvent commencer à pratiquer leur office caritatif, 'D Latsa, Maurice Tornay écrit à ses confrères d'Europe :

"On exerce l'hospitalité! Souvent, les passants viennent demander des remèdes et boire du thé. L'hospice fonctionne avant d'être construit (Lettre de P. Tornay à ses confrères du 19 septembre 1936)."

Divers accrocs viendront perturber cette belle ordonnance. A plusieurs reprises, il faudra suspendre les travaux, les premiers signes de la mauvaise saison apparaissant. Et les journées de travail, censées durer sept heures et demi environ, sont perpétuellement interrompues par de violentes averses. Si bien que l'édification aurait tendance à s'immobiliser.
A la mi-octobre, on attaque les murs du bâtiment, la saison est bien avancée déjà! Rapidement, d'abondantes chutes de neige contraignent le Lieou à fermer le chantier pour cette année. Les Lissous étant rentrés dans leurs foyers, après avoir réclamé leur dû il ne restait plus comme ouvrier sur le Col qu'une trentaine de Chinois.

Juillet 1937 est à peine commencé lorsque M.Chappelet et. le chanoine Melly se retrouvent sur la Passe. Le 9 juillet, l'entrepreneur et douze maçons les y rejoignent : on peut recommencer à bâtir. Quelques jours plus tard, on reçoit un renfort d'une dizaine d'ouvriers.
Malencontreusement, il pleut tous les jours de septembre, et les murs ne s'élèvent qu'avec lenteur. A la mi-octobre, ils n'atteignent que neuf pieds (trois mètres environ) :

"Les murs sont à la hauteur du premier étage, où les menuisiers placent actuellement les premières charpentes (Lettre du Thibet N° 50 d'octobre 1937)."

Contre–coup des intempéries, l'exode massif des travailleurs : au début du mois d'octobre, ne sont actifs sur le chantier que trois maçons, quatre menuisiers et une douzaine d'hommes de peine!
A la fin du mois, le froid s'abat sur la région, et les vents se font plus violents : les constructions stagnent. Les 25 et 28 octobre, le chanoine Melly et le frère Duc se retirent les derniers du col de Latsa.