Le Tibet vu par Maurice TORNAY

(Tirés Des écrits valaisans et tibétains – éditions Brepols – 1993)

Le Tibet, c'est une autre terre, au-dessus de notre terre, que deux murailles, l'Himalaya au sud, le Kouen Lun au nord, soutiennent, en la dépassant, à une altitude de 4 – 5 – 6 mille mètres. De là, dit la légende, il ne reste plus qu'à gravir, par les degrés du ciel, ce qui s'élève encore des chaînes bordières pour dépasser le toit du monde et arriver au séjour des dieux.

Ce ne devait être, primitivement, qu'une mer intérieure, une mer prisonnière, là haut, entre les montagnes. Puis, par une dépression vers l'est, face à la Chine, l'eau réussit à s'évader en quatre fleuves : l'Irraouadi et toutes ses ramifications, la Salouen, le Mékong et le Fleuve-Bleu. L'ancienne mer n'est plus que glaciers et marécages; mais, les quatre fleuves continuent leur éternelle naissance. Ils forment quatre vallées, d'abord à peu prés parallèles : il faudrait dire quatre Valais comme le nôtre dans la région de Conches avec, toutefois, des versants plus abrupts et beaucoup plus élevés. Vous avez ainsi, dans les plaines, les interminables rivières, plus haut, les champs, les forêts et les neiges; en un rien de distance, toutes les cultures. Vous voyez donc le Tibet comprend deux régions très différentes : la région des hauts plateaux – la terrasse et une région plus basse – l'affaissement de cette terrasse. Maintenant quand on parle du Tibet, il ne faut penser qu'à cette première partie; l'autre appartient à la Chine depuis le 18ème siècle. (pages 197-198)

(Toute la partie orientale du Tibet était depuis trois siècles sous souveraineté chinoise. La région automne du Tibet – le Tibet interdit ne comptait guère qu'un million et demi de tibétains d'origine). (Note 154)

Aussi, c'est par erreur qu'on nous place au Tibet. Nous sommes aux frontières du Tibet, dans la vallée du Mekong, en territoire chinois, à 30 étapes de Lhassa…. (pages 197 – 198).

Je ne sache pas d'homme plus voyageur que le tibétain. La route lui est plus familière que la maison. (page 205)

La région de Yerkalo appartenait au Tibet. Productrice de sel et prospère – d'où le nom administratif de district des Salines – elle avait été sous protectorat chinois jusqu'en 1932, date où le pouvoir de la lamaserie de Karmda se substituera à celui, d'ailleurs souvent nominal, de l'autorité chinoise. La paroisse de Yerkalo, fondée en 1865, comptait alors environ 300 chrétiens. Le Père Tornay y avait été nommé curé en mars 1945, à la mort du Père Burdin. Le prédécesseur immédiat de celui-ci, le Père Nussbaum, des Missions Etrangères de Paris, avait été assassiné en 1940 (page 245 – note No 97).

DMC