Qu'est-ce qui s'est réellement passé?

C'est à la fin 1929 qu'ont eu lieu des contacts entre le supérieur des missions étrangères de Paris (Monseigneur Jean Budes De Guebriant) (Ancien Evêque de Kientchang et de Canton (Guangzhou)) et le prévôt des chanoines du St-Bernard (Monseigneur Théophile Bourgeois).

Mgr De Guebriant, ancien vicaire apostolique du Sichuan méridional était resté très ému de la précarité des caravanes notamment lors de son passage aux cols du Petit et Grand Sanglin en 1918, pour passer du Kientchang à Chengtou (Sichuan).

Fort également d'un coup de pouce de l'ancien Archevêque de Milan devenu Pape sous le nom de Pie XI, Pape qui avait pu apprécier l'hospitalité des religieux du St-Bernard, deux chanoines, Pierre-Marie Melly et Paul Coquoz sont envoyés dans les marches thibétaines pour prospection et voyage exploratoire; c'était en novembre 1930.

Le but principal de cette expédition était l'établissement d'un hospice en haute montagne et subsidiairement un ministère pastoral.

De retour, les deux "explorateurs" proposent au chapitre des chanoines, trois cols pouvant accueillir un hospice, à savoir :

  • Le Col du Dokerla (altitude 4'500 m) à cheval sur la frontière du Thibet interdit.
  • Le Col du Sila (altitude 4'000 m) unissant la vallée du Mekong à celle de la Salouen, mais exigeant le passage au préalable de deux autres cols de 4'000 et 4'300 m dont un fermé de novembre à juin (a priori, la congrégation avait une préférence pour ce col).
  • Enfin, le Col du Latsa (altitude 3'800 m) une journée suffit pour le franchir et c'est celui dont l'enneigement est le moins abondant et aussi le col le plus couru. Il a été considéré comme la route de l'avenir. (30'000 porteurs l'utilisaient chaque année). Voie naturelle entre la Chine, la vallée de la Salouen et le Kioukiang, pays des neufs fleuves en Haute Birmanie. C'est ce dernier col qui a été choisi.

C'est en janvier 1933 que la première expédition, composée des chanoines Pierre-Marie Melly et Paul Coquoz, du Frère Louis Duc et du Laïc Bob Chappelet, s'embarque pour l'aventure.

Déjà en juin 1934, paraît dans la lettre du Thibet l'annonce suivante :

"Moines St-Bernard – Thibet demandent renforts. Conditions à régler après coup. Bons traitements, pas de salaire. Toutes facilités pour apprendre le chinois et oublier l'allemand. Entrée le plus tôt possible."

Cette première expédition sera suivie en février 1936 d'une deuxième, composée du Chanoine Cyrille Lattion, du Séminariste Maurice Tornay et du Frère Nestor Rouiller; et une autre à fin 1938, des Chanoines Angelin Lovey et Henri Nanchen.

La quatrième et dernière expédition ayant pu arriver dans les marches Thibétaines date de fin 1947 et était composée des Chanoines Louis Emery, François Fournier, Alphonse Savioz et Jules Detry.

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A titre "d'anecdote", Maurice Tornay, dans une de ses lettres, nous indiquait que son voyage avait duré comme suit :

- Marseille à Haiphong (port vietnamien) : 28 jours en bateau;
- Puis Hanoi à Yunnanfou (actuellement Kunming) : 3 jours de train;
- Kunming à Tali : 2 jours de camion;
- Tali à Weixi : 10 jours de caravane.

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C'est aussi dans les années 1936/1937 que les Chanoines de St-Maurice sont appelés dans la province de Sikkim par la congrégation romaine de la propagande, en précisant que le fondateur de cette mission (appelée Thibet Sud) est le même qui a créé le poste de Yerkalo, à savoir le père Auguste Desgodins.

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DMC