INVENTAIRE MISSIONNAIRE

INVENTAIRE MISSIONNAIRE (1933-1952)

Lorsque les chanoines du Grand-Saint Bernard débarquent dans les marches Thibétaines du Yunnan (1933), le personnel missionnaire était le suivant :

Tout d'abord, à Tchrongteu (vallée de la Salouen) se trouvait le vétéran et mythique patriarche du Loutsekiang, à savoir Annet GENESTIER (1858), Il était plus ou moins de la même volée que le premier supérieur général des MEP, soit Jean-Baptiste Budes de Guébriant et les deux se connaissaient et avaient fait le séminaire Rue du Bac ensemble...

Le RP Genestier venait de terminer la première Eglise de Tchrongteu, dédiée au Sacré Cœur ! Il mourut d'une crise d'urémie plus ou moins dans les bras des explorateurs Guibaud et Liotard, lesquels assistèrent à ses funérailles ce qu'ils ont raconté dans « Missions perdues au Tibet » par Guibaud André, et cela, le 19 janvier 1937.  Sa tombe se trouve près de la nouvelle eglise de Tchrongteu et a été entièrement restaurée.

Non loin de là se trouvait au moment du décès du Patriarche celui que les explorateurs ci-dessus ont appelés pudiquement Bonnecause , mais qui était en réalité Victor BONNEMIN (1904), missionnaire qui déprimait quelque peu et s'ennuyait à mourir !

Ce père et le vicaire apostolique de la partie yunnanaise de la Mission, à savoir Francis GORE (1883-1954) sont venus recevoir les Chanoines à Weixi le premier avril 1933.

Il y avait là le premier supérieur de la petite équipe de chanoines, soit Pierre-Marie MELLY et aussi le dynamique Paul COQUOZ, entourés du frère Louis DUC et de ce que l'on appellerait après le concile Vatican II un missionnaire laïc dénommé Robert CHAPPELET.

Paul COQUOZ s'établit plus ou moins rapidement à Siao Weixi, tandis que RP Bonnemin remplaçait à Bahang le RP ANDRE Georges (1891) lequel devait se rendre en France pour liquider la succession familiale.. Le père ANDRE était arrivé dans la mission du Thibet en 1921 après la fin de « la der des der », lors de laquelle il avait servi comme adjudant, ce qui l'avait marqué énormément, et il en parlait souvent à ceux qu'il appelait les « voleurs de mission » ! Il avait une autre particularité, celle d'avoir jamais vu son Evêque en mission !

Le RP chinois LY Vincent remplaça le père Genestier à Tchrongteu et finalement Bonnemin Victor alla remplacer Ly à Kionatong au fin fond de la vallée de la Salouen, non loin du Tsarong et surtout de la première station missionnaire de Bonga.

Hormis le vicaire qui se tenait à Tsechung / Tsekou, soit le RP GORE Francis (1883) (sinologue et tibètologue averti et hyper-compétent, son livre « Trente ans aux portes du Thibet interdit (1908-1938) Hong-Kong 1939, réédité par Kimé en 1992 – est une « bible » pour tous ceux qui s'intéressent à cette mission), il y avait encore les RRPP NUSSBAUM Michel Victor (1884) qui lui se trouvait dans ce qui était appelé le Thibet interdit, soit Yerkalo, et le jeune BURDIN Emile (1909) qui avait remplacé le RP André à Bahang.

Le chanoine MELLY occupa la mission restée inoccupée de Weixi, car pour les missionnaires bernardins ce devait être là (sous-préfecture) que les décisions se prenaient, soit pour obtenir l'autorisation de construire un nouveau Grand-Saint-Bernard, comme l'avait suggéré le RP de Guébriant. Il était assisté par frère Louis DUC.

Le laïc Bob CHAPPELET s'établit au début avec le chanoine COQUOZ à Siao Weixi, qui était la station la plus proche du chemin menant au col du Latsa. Là, Bob était dans son élément, homme à tout faire, de menuisier à constructeur en passant par voyageur au long court. Pour lui, les caravanes (c'est lui qui participa à « l'intronisation du Bouddha-vivant (trulku) de Sogun), c'est ce qui l'intéressait le plus avec les contacts humains en particulier avec les lissous.(cf "LA CROIX TIBETAINE" de l'excellent Jean-Louis CONNE - www.editionsmondialis.com )

En 1936, arrivât la deuxième volée de chanoines emmenée par le RP LATTION Cyrille accompagnée du séminariste TORNAY Maurice et de frère ROUILLER Nestor, lesquels s'établirent tout d'abord à Weixi, le séminariste Tornay devant suivre des cours que lui donnaient ses confrères.

Au printemps 1938, le futur RP TORNAY dut se rendre à Hanoï pour recevoir tant le diaconat que la prêtrise (22-24 avril) par Mgr CHAIZE. Il fut accompagné par son ami Robert CHAPPELET.

Pourquoi Hanoï et non pas Tatsienlou (Kangting)(Sichuan) ? - Il était plus rapide (grâce au train Kunming – Hanoï) et surtout moins dangereux d'aller dans ce qui est actuellement le Nord Vietnam que de se rendre où se trouvait le vicaire apostolique (évêque) de la mission du Thibet dans la partie sichuanaise des marches !

En 1939, arrivèrent le RRPP LOVEY Angelin et NANCHEN Henri, le premier devint vicaire du père Goré à Tsechung et l'autre resta à Siao Weixi. avec le père Coquoz. Malheureusement une tragédie arriva et le Père Nanchen se noya dans le Mékong en 1941.

En 1940, une autre "mésaventure", le RP NUSSBAUM qui se trouvait au poste de Yerkalo, fut assassiné par des brigands à Pamé et le RP BURDIN le remplaça à ce poste « mythique » !  Cette mission était entourée de trois lamaseries : Lagong – Karmda et Sogun !!

Pendant ce temps, les efforts des missionnaires se focalisèrent d'une part sur le « juvénat » de Hua-lo-pa et d'autre part, sur la construction de l'hospice au lieu finalement choisi du LATSA, soit entre les deux vallées du MEKONG (LANCANG) et la SALOUEN (NUJIANG).

C'est surtout le Père Tornay qui s'occupa du Probatoire et il se révéla un éducateur de première ligne et un très fin psychologue. Il vit toutes ses journées en compagnie de trente-neuf « sauvageons » auxquels il doit tout d'abord apprendre à se moucher et à se laver. Puis, « surmontant l'obstacle de leur paresse, de leur distraction et de leur soif de liberté, il leur enseigne la doctrine chrétienne, le latin (!) et les rudiments de plusieurs sciences ».

C'est le Père MELLY, le supérieur des chanoines qui s'occupa, jusqu'à son départ en Suisse pour ennuis de santé (en 1939), de la construction de l'hospice après avoir obtenu un permis de construire avec l'aide de l'archevêque de Kunming, Monseigneur Deruineau, et également avec l'aide efficace de Chappelet qui, lui s'était établi dans la Salouen et avait établi des liens très profonds tant avec les tribus Lissoutes que les Loutses (autre nom les Nu).

Si les chanoines avaient plus fait confiance au débrouillard laïc plutôt qu'à un entrepreneur chinois opiomane et profiteur, la construction de l'hospice aurait pu progresser plus rapidement et certainement plusieurs étages auraient pu être érigés ! (que le début du premier étage et le refuge étaient terminés en 1939 , les famines , les conséquences de la guerre civile et de la deuxième guerre mondiale ont réduit à néant tous les espoirs mis dans ce si beau projet.

Le 16 février 1945, le RP BURDIN, curé de yerkalo, seule paroisse du Thibet indépendant, mourait de la typhoïde dans les bras du Chanoine Lovey qu'il venait de soigner du même mal !

C'est le chanoine précité qui assura l'intérim en attendant la nomination d'un remplaçant et ce fut sur TORNAY que la charge ou la « croix » tombât" !!

La dernière volée de chanoines arriva en 1946, composée des chanoines DETRY Jules, FOURNIER François, EMERY Louis et SAVIOZ Alphonse. Le premier et « chef de groupe » devait y rester que le temps de ramener films et images pour la "propagande", les autres s'y établirent, Fournier comme vicaire à Siao Weixi, avec pied à terre à Kitchra (au bord du Mekong), EMERY dans la Salouen, plus précisément à Tchrongteu et enfin Savioz à Atunze (Deqin).

Une autre volée est même partie en 1949 du Grand-Saint-Bernard (Suisse) composée des chanoines PETOUD et  DROZ et de frère DUC (retour après s'être fait soigner en Suisse) . Malheureusement les « tensions en Asie » empêchèrent l'arrivée en mission de ces derniers « futurs eventuels broussards ».

Vu l'avènement du communisme triomphant, le RP Coquoz quitta volontairement Siao Weixi en 1951, puis la situation dégénéra, tous les pères furent mis sous « surveillance » ou mieux en « résidence surveillée, d'abord à Tsechung, puis à Weixi,  avec interdiction totale de tous contacts avec les chrétiens!

Les RRPP Goré, Lovey, Fournier, Savioz furent expulsés de Chine en 1952 et arrivèrent à Hong-Kong le 12 mars 1952.

La chose en alla différemment pour les missionnaires de la Salouen. Tout d'abord, le tremblement de terre du 15 août 1950 avait causé d'importants dommages aux voies de communication et il était impossible d'utiliser le chemin le long du fleuve Salouen (Nujiang).

Ils utilisèrent le passage par les hauts pour rejoindre Tsechung dans la vallée du Mekong ; mais la neige était abondante et au surplus le père André était très malade et difficilement transportable. Plus de quarante volontaires chrétiens de Bahang les accompagnèrent pour franchir deux cols de plus de 4000 mètres (les Bambous Jaunes et le Sila), ils arrivèrent à Hong-Kong le 31 juillet 1952 après des « escales » à Niapatong / Tsekou, Weixi et Kunming (cf cassette (18/21) de Robert Chappelet se trouvant sur le site sous son nom).

DMC  22-07-2013

 

Notre Dame du Thibet Photo 229 - copie