FRERE LOUIS DUC

Je viendrai comme un voleur... et Heureux celui qui veille et qui attend la venue de son Maître... !

Ces paroles de mise en garde et d'encouragement de l'Evangile nous sont venues spontanément à l'esprit. à l'annonce du décès subit du cher Frère Duc. A vrai dire. ces réflexions nous les fîmes dès que nous parvint la nouvelle de la grave hémorragie cérébrale dont avait été frappé notre confrère dans la matinée du 23 mai et qui devait l'emporter. un jour après, sans qu'il eût repris ses sens.

Subitement. nous étions privés de tout contact et de toute communication avec celui que nous connaissions depuis tant d'années et qui en avait passé une notable partie avec nous en Mission. dans une intimité et une collaboration dont naissent des liens qu'on voudrait éternels.

La mort. sans doute, ne rompt pas ces liens d'amitié. mais elle les situe sur un autre plan et leur donne une nouvelle dimension : le dialogue est possible et normal entre la terre et le ciel. entre les disparus et ceux qui les pleurent. Mais. avant la mort. il v eut cette longue agonie de vingt-quatre heures, cette agonie pire que la mort. puisque, par la paralysie totale des facultés. elle coupait tout pont de communication entre les âmes ! Dans ces moments. seule la prière est efficace : seule. aussi. elle console !...

Né à lcogne paroisse de Lens. le 25 octobre 1899. d'André et d'Adèle Bagnoud. Louis Joseph ne tarda pas à se distinguer par son intelligence, sa piété et son application au travail. Ses études primaires achevées. il s'initia au métier de tailleur qu'exerçait son père : celui-ci l'emmenait parfois au Grand-Saint-Bernard. à l'occasion des séjours qu'il y faisait comme tailleur de la Communauté. Point étonnant. dès lors. que le jeune homme se sentît attiré vers la vie religieuse, dans une situation en rapport avec sa formation professionnelle.

De fait. il fut admis au rang de postulant Frère lai. en la solennité de la Nativité de la Vierge. le 8 septembre 1918. Un an après. il revêtait l'habit des novices et. dès le 23 octobre 1920. il s'offrait à Dieu et à sa nouvelle famille religieuse. par la profession des trois voeux de religion. Le 10 avril 1926. le Frère Louis Duc était reçu comme membre définitif de la Congrégation du Grand-Saint-Bernard. par l'émission des voeux solennels.

Il eut. un moment donné. le désir de devenir prêtre afin de se dévouer davantage encore au service des âmes. Mais. l'âge. la longueur des études le firent réfléchir. Il s'en ouvrit à son Père-Maitre et demeura frère convers.

Après avoir exercé avec dévouement et abnégation ses divers talents à l'Hospice du Grand-Saint-Bernard. il fut envoyé en renfort au Simplon, où il demeura de 1930 à 1933.

A cette époque. la Congrégation du Grand-Saint-Bernard. pour accéder au désir de Pie XI. accepta de prendre part au travail missionnaire. Frère Duc sollicita et obtint de Mgr Bourgeois la permission de faire partie du premier groupe. qui devait quitter la Suisse pour le Thibet. le 10 janvier 1933. L'on se souvient encore de l'intérêt et de l'intense émotion que souleva ce premier départ. Frère Duc n'en perdit ni son calme ni sa simplicité ni sa bonne humeur.

Que de fois ces qualités essentielles n'auront-elles pas l'occasion de s'exercer au cours des 15 années qu'il passera en Mission ! Simple présence d'un confrère. d'un ami. plus précieuse aux missionnaires fatigués. découragés, abattus. que tous les services matériels qu'il leur rendait et qui n'étaient pourtant pas de minime importance !...

Que de fois Frère Duc n'a-t-il pas parcouru les longues et rudes routes du Thibet et de la Chine, convoyant des marchandises. les bagages des nouveaux arrivants ou se portant au-de¬vant de ceux-ci. épargnant ainsi aux missionnaires, pour leurs travaux d'apostolat, des semaines et des mois précieux.

C'est ainsi que Frère Duc se rendit tant de fois de Weisi à Tali: avec sa canne. son chapeau et sa bouffarde. il affrontait en souriant les 600 km. que représentait ce voyage. aller et retour. Il aimait à se rendre à Tali et. à Tali. les Pères de Bétharram. avec leur charité

Avant d'être expulsés de Chine et du Thibet. comme ce devait être sous peu le cas des confrères qu'ils n'avaient pu rejoindre. Il n'est pas nécessaire d'être grand clerc pour imaginer le crève-coeur et la souffrance intime que furent pour Frère Duc ce retour forcé et la ruine des Missions de Chine. Il en résulta pour lui un réel dépaysement. lequel n'aura pas peu contribué à son usure prématurée ; ce n'était plus le même homme que nous avions connu jadis. joyeux. boute-en-train et spirituel: spirituel. il le demeura jusqu'au bout, mais avec une pointe d'amertune et d'humour noir. qui n'étaient guère dans ses cordes. autrefois...

Cependant, Frère Duc reprit vaillamment le collier. et durant 12 ans encore, il devait consacrer cc qu'il lui restait de forces, dans les tâches obscures mais combien belles et méritoires aux veux de Dieu de portier, à Martigny. puis au Collège Champittet à Lausanne. C'est là que la mort est venue le prendre, mais non le surprendre, nous en avons la conviction.

Heureux l'homme qui attend le retour de son Maître ! je vous l'assure, Il se ceindra, le fera asseoir à sa table et le servira lui-même ! Quelle plus belle consolation pour nous qui le pleurons . que de penser que le cher Frère Duc est désormais assis, avec Dieu, les anges et les élus. au Banquet de l'éternité et qu'il y reçoit la récompense de sa longue et humble fidélité !

ANGELIN LOVEY C.R.

Prévôt du Grand-Saint-Bernard.

DUC ET EMERY AVEC LE CHIEN BIZET

DUC-EMERY ET LE CHIEN BIZET

LATTION ET DUC

DUC ET LATTION A WEIXI