FAN WEN TEMOIGNAGE INSPIRE

FAN WEN – écrivain chinois

Inspiré par le témoignage de nos missionnaires

Il y a des moments dans une vie qui peuvent changer totalement sa direction. L'écrivain chinois Fan Wen, né en 1962 dans la province du Sichuan, a vécu un tel moment en 1999. Voyageant à travers le sud-est de son pays, il s'est trouvé tout à coup au cimetière catholique du petit village de Yanjing (Yerkalo) en face de l'inscription tombale écrite en latin, tibétain et chinois de Maurice Tornay.Une question monta alors en lui et ne l'a alors plus quitté : « Pourquoi cet étranger est venu jusqu'ici, dans ce petit village de montagne oublié du monde ? » Fan Wen a trouvé à ce moment, en face de la tombe de ce missionnaire suisse, sa « sainte vocation » (sic !) .

En effet, durant la recherche d'une réponse à sa question, il a commencé à s'intéresser au catholicisme et à l'histoire de la mission. Un intérêt qui l'a tellement pris qu'il s'est fait baptiser en 2004 après un catéchuménat de plusieurs années (événement qui fut même mentionnée dans le journal semi-officiel du gouvernement « China Daily » ) et un intérêt qui depuis lors est la matière principale de son travail littéraire. Ainsi, l'époque historique de la mission dans les marches tibétaines avec les interactions et les conflits entre les bouddhistes et les catholiques qui y sont liés forment (même s'il présente les faits souvent d'une manière étrange et déformée) le contenu de son ouvrage le plus célèbre à ce jour, sa trilogie tibétaine, qui comporte les livres Shuiru dadi (pays d'harmonie), paru en 2004, Beimin dadi (pays de la compassion), paru en 2006, et Dadi yage (louange sur le pays), paru en 2010.

La traduction française du premier livre de cette trilogie vient d'être publiée (en avril de cette année) sous le titre « Une terre de lait et de miel » dans l'édition renommée Editions Philippe Picquier. Dans ce roman, Fan Wen raconte la vie d'un petit village multiculturelle dans la vallée du Lancangjiang (le nom chinois du Mékong). Il parle des querelles entre d'arrogants missionnaires catholiques venu d'Europe, des fonctionnaires incompétents avec leurs troupes qui se livrent au pillage, des chamanes naxis et des moines tibétains dominants qui ne mènent pas toujours une vie paisible dans leurs monastères.

Fan Wen compte aujourd'hui parmi les écrivains chinois contemporains les plus célèbres. En Chine comme à l'étranger, il a reçu de nombreux prix littéraire. Ainsi, il a reçu en 2005 le « national outstanding book award », puis la distinction très convoitée « 1st dream of the red chamber award » et le prix pour le «mondialement meilleur roman en langue chinoise ».

En 2010, lors du festival de culturescapes (un festival culturel en Suisse allemande, dans lequel, depuis 2003, chaque année est présentée la culture d'un autre pays), Fan Wen était invité pour la première fois à se rendre dans notre pays. Il a donné des conférences à Berne et à Bâle et il s'est rendu pour une brève visite à Martigny, où il rencontra notre prévôt, Jean-Marie Lovey, et à Orsières où il visita la maison natale du bienheureux Maurice Tornay. Durant ce séjour, il y a eut aussi des contacts avec la télévision Suisse. Ces contacts ont abouti à une visite d'une équipe de la RSI (radiotelevisione svizzera) qui a tourné dans les marches tibétaines un documentaire sur lui. Ce documentaire devrait être diffusé ce printemps.

L'année passée, la ville Stein am Rhein a contacté l'association d'écrivains chinois pour inviter un de ses membres à vivre durant trois mois dans son atelier Chretzeturm. Le choix s'est porté spontanément sur Fan Wen. Celui-ci a donc vécu de fin octobre à fin décembre dans cette ville au bord du lac de Constance. Durant son séjour, il a à nouveau donné dans plusieurs villes suisses des conférences qui avaient presque toujours comme contenu son unique œuvre traduit pour l'instant en allemand « Ein Bär auf Seelenwanderschaft » (un ours sur sa vadrouille de l'âme). Dans ce court récit, il suit un vieux lama le long de chemins sinueux entre le passé et le présent.

Il a aussi profité de son temps en Suisse pour se rendre de nouveau à Martigny où il fut accueilli par notre ancien prévôt Benoît Vouilloz et par notre confrère chinois Joseph Yang. Lors d'entretiens avec nos confrères, Fan Wen a fait quelques recherches sur le bienheureux Maurice Tornay, la mission des Chanoines du Gd. St Bernard comme aussi sur l'histoire et la spiritualité de notre Congrégation. Ces recherches lui sont très utiles pour son prochain projet : sous le titre « Jésus au Tibet », il veut écrire un roman sur la vie de Maurice Tornay. Ce projet lui fera certainement profiter une nouvelle fois de l'hospitalité de notre maison prévôtale et ainsi nous pouvons nous réjouir d'approfondir notre amitié avec lui, un converti de Maurice Tornay bien après sa mort.

La semence de nos confrères aux marches tibétaines continue à porter des fruits, dès fois, des fruits –comme Fan Wen- qui sont beaux et bien surprenants! Que notre Congrégation ne délaisse pas son héritage missionnaire ni l'abandonne à d'autres groupes !

Chne Daniel Salzgeber