MON AMI FRANCOIS

Mon ami François
 
Allez dans le monde entier annoncer la Bonne Nouvelle... ces paroles sont tombées dans le coeur de François dès son plus jeune âge. Paroles brûlantes sur un tempérament de feu, et ce fut l'incendie qui a brûlé et consumé la vie missionnnaire de mon confrère et ami de prédilection, François Fournier.
 
La première étape de sa longue carrière missionnaire fut le Tibet. Dans ses années d'ardente jeunesse, François rêvait la conquête du «pays des neiges»: consacrer les lamaseries au Christ, porter en procession le Christ vivant dans les rues de Lhassa. Mais vinrent les communistes avec leur guerre et une idéologie bouleversante et ce furent eux qui firent la conquête du Tibet. Puis ce fut l'expulsion de tous les missionnaires de notre Mission du Tibet. François ramassa son balluchon et abandonna
ses illusions et, avec ses confrères missionnaires, s'en vint à Formose (Taiwan).
 
 
 Pendant trois ans j'eus la chance d'être son compagnon de travail dans le même district. Ce n'étaient plus les montagnes du Tibet mais les rives enchantées du Pacifique. Dans notre région la religion catholique était inexistante, nous partions de zéro. Très vite les conversions se multiplièrent, des villages entiers venaient à nous. François se lança corps et âme dans ce nouveau champ d'apostolat.
 
Oubliant santé et fatigue, il sillonnait le pays dans tous les sens, pionnier de la Bonne Nouvelle, exhortant les catéchumènes, stimulant les catéchistes, construisant chapelles et églises. Ce travail d'apôtre convenait à sa fougueuse nature. Il travaillait et se dépensait sans relâche, toujours dans la bonne humeur, le rire et l'humour.
 
Avec l'arrivée dans la région des autres missionnaires du Grand-Saint-Bernard, François s'occupa plus spécialement du district de Sioulin. Il y construisit la plus belle église de la région. Il fonda de nouvelles sociétés pour animer la vie chrétienne de la zone qui lui avait été confiée; les fêtes chrétiennes étaient rehaussées par une chorale aux exécutions de qualité et par une fanfare dont la renommée dépassait les limites du district.
 
La caractéristique de l'apostolat de François était le souci constant .les pauvres, des marginaux, des laissés-pour-compte. Les pauvres étaient devenus sa préoccupation majeure et occupaient toute la largeur de son coeur. Il critiquait volontiers les lenteurs et les hésitations de la hiérarchie ecclésiastique face à la pauvreté et à la misère des populations.
 
A intervalles assez réguliers François revenait dans son pays natal, Nendaz. Revoir les parents, les amis, écouter dans les matins calmes les cloches de son église baptismale, écouter les bruits encore familiers de son village. Je l'ai vu pleurer d'une émotion trop grande. Mais sa préoccupation pendant ces quelques mois de congé était de collecter quelque argent pour aider, aider les pauvres, les pauvres qui attendaient son retour.
 
Puis ce fut le déclin; le travail, la fatigue trop grande eurent raison de sa solide constitution de montagnard valaisan. A bout de force, il dut céder et se retira au petit hôpital de Hsincheng. Dans le calme et la sérénité, corps et âme usés par les longs travaux et les dures tempêtes, François s'endormit et s'éveilla dans la lumière éternelle.
 
Louis Emery c.r.