PIERRE-MARIE MELLY 1900-1994

La Mission du Grand-Saint-Bernard vient de perdre son pionnier. En effet, le Père Melly s'est éteint le 31 janvier (1994) au Home Soeur-Louise-Bron, de Fully, où il était hospitalisé depuis quatre ans.

Né à Saint-Jean, dans le val d'Anniviers, le 3 septembre 1900,

Le jeune Pierre-Marie était doté d'une solide constitution; cependant, s'étant endormi un jour dans le verger familial sur un pré humide, il contracta une pleurésie qui parut devoir lui être fatale : le médecin avertit famille et curé de lui faire faire sa première communion avant l'âge prescrit, le pronostic étant défavorable.

Heureusement, les médecins se trompent parfois. L'enfant fut envoyé au mayen: le bon air, le repos complet et une suralimentation: viande séchée, pain de seigle, beurre et fromage, lait de chèvre, finirent par le tirer d'embarras. Le retard scolaire fut rattrappé une fois la santé rétablie.

Après ses humanités au Collège de Saint-Maurice, le jeune Pierre-Marie, suivant l'exemple de son oncle Fabien, vint frapper à la porte du Monastère du Grand-Saint-Bernard où, après le noviciat, il fit sa philosophie et sa théologie.

Ordonné prêtre, il célébra sa première messe le ler avril 1929 à Sierre, où sa famille s'était définitivement établie. Il fut clavendier (porteur des clés), c'est-à-dire économe de l'Hospice du Grand-Saint-Bernard. Puis, en 1930, il fut chargé d'une mission d'enquête en vue de l'ouverture d'un hospice sur l'un des cols menant de Chine au Thibet. Le P. Paul Coquoz l'accompagna durant ce voyage d'exploration. Leur rapport fut présenté au Chapitre de juillet 1931, qui lui fit un accueil favorable. Le principe de prendre part à la Mission des Marches thibétaines fut accepté par ce même Chapitre.

Après une préparation sérieuse, bien que sommaire (étude de l'anglais, d'un minimum de médecine élémentaire, etc.), le premier départ eut lieu en janvier 1933. Le groupe comprenait quatre missionnaires sous la direction du Père Melly.

Arrivés à Weisi, accueillis par les Pères des Missions étrangères de Paris, nos missionnaires se mirent à l'étude du chinois sous la férule d'un ancien séminariste (Tolo) qui parlait parfaitement le latin, leur servant à la fois de maître et d'interprète auprès des gens et des autorités.

La grande question était d'obtenir la permission de construire l'hospice projeté. Quelle pouvait bien être la motivation de ces étrangers de construire un grand bâtiment sur la montagne? Y auraient-ils découvert en secret un trésor, un filon d'or, des pierres pré
cieuses?

Construire un hospice
 pour dépenser de larges sommes
 sous forme d'hospitalité envers les 
passants, cela dépassait la menta
lité païenne. Il fallut l'intervention 
des ambassades et de l'autorité su
périeure de l'Eglise pour décrocher
enfin les permissions nécessaires.
Ces délais permirent de mieux
choisir l'endroit définitif où se fe‑
rait la construction. A cet effet, plu
sieurs visites hivernales sur les
lieux furent effectuées pour s'assu
rer que l'endroit était à l'abri des
avalanches et que l'approvisionne‑
ment en eau potable était possible.
Ces problèmes de base résolus,
on n'était pas pour autant au bout de ses peines.

Sur un col situé à 3800 m, la bonne saison est très courte. Or, l'été, la main-d'oeuvre est difficile à trouver parce que tout le monde est employé aux travaux des champs; de plus, l'été est la saison des pluies et les gens vêtus d'une simple cotonnade ou de chanvre ne résistent guère à la pluie en haute montagne.

Bref, à force de diplomatie et de salaires triples de ceux de la plaine, un premier bâtiment, servant d'abri et de magasin, de cuisine et de dortoir, s'éleva assez rapide-ment. Mais quand il fallut poser les fondations d'un vaste hospice à deux étages, les choses allèrent plus lentement.

Quand au printemps de 1939 le Père Melly, atteint dans sa santé, dut regagner la Suisse, les murs en étaient à la hauteur du ler étage. Puis, la Deuxième Guerre mondiale vint interrompre tous les travaux, faute de ressources. Malgré une timide reprise après la guerre, ils ne montèrent guère plus haut. La lutte à mort entre nationalistes et communistes, puis l'expulsion des missionnaires firent que le rêve d'un hospice entre Chine et Thibet, comme moyen d'évangélisation, en resta au stade de rêve.

Quant au Père Melly, sa santé se rétablit rapidement en Suisse. Il fut nommé directeur d'un juvénat que la Congrégation avait ouvert à Fribourg, au château de Pérolles. Puis, il fut désigné comme promoteur de la Mission. C'est à ce titre qu'il lança la revue Grand-Saint-Bernard Thibet, devenue aujourd'hui Mission du Grand-Saint-Bernard, revue dont il assura la rédaction et l'administration durant trente six ans.

Quelle somme de travail et de dévouement pour faire connaître notre Mission et lui assurer les fonds nécessaires à son développement à Taiwan, où tout était à faire à partir de zéro. La Providence y pourvut grâce aux bons soins du Père Melly.

Un autre champ d'activité au-quel le Père Melly travailla avec ardeur: la Cause du Père Maurice Tornay. Il publia pensées et articles du Serviteur de Dieu et fit rédiger par Robert Loup une première biographie du futur bienheureux: Martyr au Thibet, livre qu'il fit traduire et éditer aussi en allemand, en italien, en espagnol et en anglais. Là aussi quelle somme de travail, quel monceau de lettres, quelles démarches n'a-t-il pas entreprises...

Vraiment, on peut dire qu'il a été un grand promoteur de la Mission et aussi de la Cause du Père Tornay ! Que Dieu l'en récompense!

A 82 ans, il prit sa retraite à Martigny, s'intéressant toujours à ce qui avait été sa vie: la Mission et la Cause du Père Tornay. Son activité se poursuivit dans la prière: messe, bréviaire, lecture spirituelle et chapelet ou, plutôt, le rosaire, car il récitait tous les jours trois chapelets. Sa correspondance se fit rare, car sa mémoire l'abandonnait de plus en plus.

On peut penser qu'il vivait intensément les mystères douloureux de son chapelet, surtout à partir du jour où il dut être hospitalisé dans un home de vieillards, loin de sa communauté et de tout ce qui nous attache à cette terre, où la Providence nous a mis dans l'attente de la vraie vie, celle qui ne finit jamais.

Il nous est doux de penser que le Père Pierre-Marie Melly, entré dans l'éternité bienheureuse, continue à s'intéresser à nous et qu'il nous attend sur le seuil du paradis avec la même cordialité avec laquelle il nous accueillait chez lui à Fribourg.

Angelin-M. Lovey, C.R.B.