VISITE A LA CHRETIENTE DE BAHANG

 
Compte rendu ...  En route tout s'est bien passé. A Kunming et surtout à Gonshang, chef-lieu du district duquel relève Bahang, il a été invité à plusieurs banquets officiels. Des éboulements dans la vallée de la Salouen ont retardé de deux jours son arrivée à Bahang.
 
Dans la vallée de la Salouen, spécialement à Bahang,
les catholiques sont bien plus nombreux qu'autrefois. Ce sont surtout des jeunes ou de nouveaux convertis, car beaucoup d'anciens sont morts par suite de maladie ou de sévices subis spécialement durant la Révolution Culturelle. Pendant seize ans, il était absolument interdit de posséder le moindre objet religieux ou de réciter les prières, même en famille. Par chance les chrétiens de Bahang sont restés unis et, à part quelques exceptions, ne se sont pas dénoncés mutuellement.
 
Plusieurs faits extraordinaires - miracles - ont fortement impressionné les gens de Bahang. Ces faits expliquent en partie le flot de nouveaux convertis.
 
Lors de la Révolution Culturelle, les habitants de Bahang furent contraints de démolir leur église. L'ordre fut donné d'aller mutiler les deux anges sculptés dans le bois, au sommet des deux colonnes principales de l'église. Un jeune appose une échelle contre une des colonnes et y monte jusqu'à la hauteur de l'ange. Il lève son coutelas et l'abat de toutes ses forces sur la sculpture. Mais voilà que, en frappant l'ange de bois, le coutelas ne produit qu'une petite éraflure, se brise par le milieu et tombe à terre. Personne n'osa poursuivre la démolition de ces deux colonnes qui actuellement sont à nouveau au centre de la nouvelle église reconstruite sur les décombres de l'ancienne.
 
Lors de la mutilation des statues de l'église, Nicolas récolte le plâtre de certaines d'entre elles et essaye d'en faire une nouvelle pâte pour modeler de petites figurines. Quelques années plus tard, la lèpre commence à ronger ses mains, puis la maladie l'emporte dans la fleur de l'âge.
 
Avec un petit couteau, Lin perfore de droite à gauche le buste d'une statue - probablement désirait-il voir ce qu'il y avait à l'intérieur. Par la suite, un énorme abcès se développa sur son côté droit. L'abcès se transforma ensuite en une plaie purulente qui lui transperca la poitrine et finit par sortir sur son flanc gauche. Peu de temps après, il en mourut.
 
Robert était un catholique énergique qui avait fait plusieurs années de travaux forcés, vers 1955. Durant la Révolution Culturelle, comme la plupart des chrétiens, il avait jugé plus prudent d'enterrer dans un lieu secret l'unique statue qu'il possédait encore. Par malheur, un de ses jeunes fils l'avait observé. Par inadvertance l'enfant vendit le secret. Accusé par les gardes rouges, Robert plaida de son mieux :
 
«Oui, je le reconnais, j'ai enterré une statue, mais il s'agit d'une statue abîmée qui n'est plus bonne à rien et dont je ne savais pas comment m'en débarrasser». On lui demande alors d'aller déterrer la statue en question. Robert s'arrange pour briser en douce le pied gauche de sa statue afin d'étayer ses affirmations. Quelques années plus tard, des abcès se développèrent sur son pied gauche. Rebelles à toutes médecines, ils devinrent purulents et il en mourut.
 
Nicolas, Lin et Robert ont accepté leur maladie avec une foi sereine, en réparation pour leurs fautes passées et leur manque de respect à l'égard des choses de Dieu. Tous trois se sont éteints l'âme pacifiée et fortifiée par les prières des chrétiens.
 
Toujours durant la Révolution Culturelle, un fils de Zacharie, Natan, sur les conseils de sa mère, s'en va dans la montagne avec une statue du Sacré-Coeur. Sous un gros caillou, il creuse un trou dans la terre et y enfouit la statue. Durant les deux années suivantes, Natan est très souvent malade. Finalement, il se dit en lui-même: si je ne ramène pas la statue à la maison, je finirai par mourir. Avec son frère, il monte déterrer la statue. A leur grand étonnement, bien qu'ayant passé plus de deux ans dans l'humidité de la terre, elle est absolument intacte: le bois n'a aucune trace de pourriture et les couleurs ne se sont même pas ternies. Par la suite, Natan jouit à nouveau d'une très bonne santé.
 
Durant la Révolution Culturelle, Cécile, la femme de Zacharie fut conduite en jugement populaire. Comme c'était une personne qui jouissait d'un certain ascendant, les jeunes du village qui étaient chargés de l'amener au lieu du jugement se contentèrent de lui lier les mains derrière le dos avec des fils de fer et sans lui serrer très fort. On ne lui attacha pas de pierre au cou, comme on le fit à de nombreux autres condamnés.
 
Arrivé au lieu du jugement, un catholique d'un autre village - il devait probablement en vouloir à la famille de Zacharie, ou bien voulait-il prouver devant les gardes rouges son zèle pour la Révolution - tira de toutes ses forces sur les fils de fer en s'écriant : «Est-ce ainsi qu'on attache les coupables !» Cécile ne fut pas condamnée car la personne qui devait l'accuser déclara : « Oui, je le reconnais, cette femme nous a invités à travailler pour elle, mais elle nous a toujours payé notre salaire; de plus elle nous donnait même davantage que le prix convenu».
 
Par la suite, un des bras de Cécile se mit à enfler de plus en plus. Le mal finit par monter au cerveau. Dès lors elle eut des crises de fièvre et elle perdit connaissance de plus en plus souvent. Avant de mourir, elle fit promettre à ses fils de ne jamais tirer vengeance de la personne qui l'avait brutalisée. Durant ses derniers instants, tandis que l'un de ses fils priait à voix basse à son chevet, deux de ses filles se tenaient à distance et surveillaient les environs, de peur d'être surpris en flagrant délit, car à cette époque il était absolument interdit de prier. Ainsi, après plus de deux ans d'une pénible maladie, elle s'endormit dans la paix du Seigneur.
 
En juin dernier, durant son séjour à Bahang, Joseph eut toutes les peines du monde à calmer son petit frère qui voulait absolument profiter de la présence de Joseph pour donner une bonne correction à la personne qui avait brutalisé leur maman.
 
Conclusion
 
Ces heureuses nouvelles concernant les Catholiques de Bahang nous apportent une grande consolation : Jésus n'abandonne jamais ses disciples lorsque surgit l'épreuve. Au milieu des persécutions, les chrétiens de Bahang sont restés unis entre eux et fermes dans la foi en Jésus, le Christ. Dieu les a bénis et, maintenant qu'ils jouissent à nouveau d'une certaine liberté religieuse, le bon grain tombé en terre germe et porte des fruits de vie éternelle. Puisse leur exemple nous affermir dans la foi et nous stimuler dans notre mission de chrétien : vivre en témoin de Jésus-Christ au milieu d'un monde qui essaye de s'imposer comme l'Unique!
 
G. Délèze c.r.    (1988)
 
CHRETIENS DE TCHONGTREU - 2006 
 
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