LES PEUPLES OUBLIES DU TIBET

 En 1936, l'explorateur André Guibaut, en compagnie de son équipier géographe

Louis Liotard, séjourna le temps d'un hivernage dans la mission de Bahang Lu. Ils ont vécu plus de trois mois en compagnie des pères Burdin et Bonnecause (en réalité Bonnemin). Guibaut, athée convaincu, anticlérical et franc-maçon, a livré dans son livre Missions perdues au Tibet un portrait saisissant de ces missionnaires.

Guibaut disait « Les missionnaires sont, tout comme les marins et pour les mêmes raisons – isolement, manque de distractions – d'excellents conteurs. » La plupart ont sillonné les contrées les plus sauvages autant par amour de l'exploration et de l'aventure que par souci d'évangélisation. Maintenant loin de leur terre d'adoption, on sent que tout ce qui touche à leur chère Asie est auréolé de mystère. Ce continent fut en quelque sorte leur épouse. Elle s'est montrée gracieuse ou terrible, souvent magique, parfois impitoyable. Les Gauloises circulent, certains fument la pipe. Le tabac, c'est une tradition chez les missionnaires des MEP ; en Asie, il a son effet apostolique ! 

En 1861, Mgr Thomine-Desmazures, pris d'une fougue apostolique organise une expédition vers le Thibet. Son plan, totalement utopique et passionné, est de déménager son archevêché de Kangding (Tatsienlou) à Lhassa.

Il y a aux frontières du Thibet de vastes territoires compris entre le 27e et 34e parallèle de latitude nord et le 18e et le 102e parallèle de longitude est, qui sont de populations thibétaines et de religion lamaïque. Ces régions sont rattachées aux provinces du Sichuan et sont, comme tout le Thibet, couverts de montagnes aux proportions démesurées, et sillonnés par les cours supérieurs des plus grands fleuves d'Asie. On les appelle les « marches thibétaines ». Je vous ordonne de ne pas chercher à vous établir sur le territoire tihbétain proprement dit, mais de vous fixer aussi solidement que possible dans les régions des marches. 

Lorsque les Anglais chassent du Sikkim les troupes thibétaines, en représailles, les autorités de Lhassa donnent ordre aux lamas de la frontière de se débarrasser des missionnaires. En 1887, une deuxième fois les postes de la frontière sont renversés. A cette époque, les missionnaires chrétiens devinrent aux yeux des Tibétains des diables indésirables. A certains endroits, la peur qu'ils éprouvèrent d'eux devint presque pathologique. Cette même année, ils attaquèrent les missions françaises de la frontière sino-tibétaine. Détruisant entièrement les bâtiments, massacrant les convertis et forçant les prêtres à un nouvel exil. Le zèle évangélique des missionnaires ne fut nullement refroidi par un épisode de ce genre, qui coûta la vie à certains d'entre eux.

Tout va pour le mieux jusqu'en 1904. C'est alors que les Anglais, avec plus de deux mille hommes, entrent en force au Thibet et s'emparent de Lhassa. La Chine, devant le succès britannique, renforce ses positions dans le Thibet oriental, et ce aux dépens des roitelets thibétains et des monastères qui n'entendent pourtant pas se laisser faire. L'anarchie s'installe, le climat s'envenime et les lamas, qui ne peuvent lutter contre les armes modernes anglaises et chinoises, se vengent sur les plus faibles, c'est-à-dire les missionnaires et les convertis. 

Dans l'état actuel, le peuple est à la lamaserie ce que l'agneau est au loup qui le dévore. Qu'on lui accorde enfin la liberté religieuse sacrée entre toutes, et le peuple thibétain, naturellement religieux, se convertira au christianisme. Et les lamaseries ? Mais les lamaseries sont loin d'être unies dans la haine du christianisme, pas plus qu'elles ne sont unies dans une foi et une doctrine communes. Bon nombre d'entre elles, les rouges surtout, vivent en bonne intelligence avec la Mission, et quelques-uns de leurs membres ont même brisé leur écuelle pour devenir chrétiens. Quant aux lamaseries turbulentes, un mot de l'autorité suffirait pour les maintenir dans l'ordre. Au cours des invasions et des troubles de ces vingt-cinq ans, les ordres venus de Lhassa ont été respectés, les missionnaires et leurs chrétiens n'ont pas été spécialement inquiétés.

« Mais l'histoire de Noushenfu (Nanchen)(en réalité ce chanoine s'est noyé dans le Mékong note de dmc), je m'en souviens, II a disparu soudainement, alors qu'il était parti se promener. Inquiets, les missionnaires firent des recherches pour retrouver leur camarade. Le troisième soir, il était toujours absent. On placarda des affiches expliquant qu'il y aurait une récompense pour celui qui retrouverait le missionnaire. C'est seulement douze jours plus tard qu'un enfant aperçut entre des rondins son corps flottant. » Aussitôt, chacun se met à parler, donnant sa propre version des raisons de sa mort. Mireille est catégorique, elle affirme, en mimant de sa main : « Il a été tué par des brigands lissou » A l'époque, cette minorité belliqueuse était accusée de tous les maux dans le pays, surtout par les Naxi, lui, est quasiment certain qu'il fut assassiné par un méchant lama – la lamaserie la plus proche est à deux jours de marche –, mais personne ne semble vouloir croire à la version la plus probable : une glissade sur une pierre trop humide ou une baignade qui tourne mal. Ici, il suffit qu'un chasseur ait vu quelque chose d'indéfinissable qui bouge entre les buissons pour qu'en fin de veillée sa vision prenne la forme d'un ours. Comment croire un Tibétain, fût-il catholique ! 

« Quoique prêtre, je serai toujours heureux toutes les fois que je pourrai me rendre utile à la Science, à la Géographie et à l'Histoire », écrivait le père Krick lorqu'il vadrouillait dans les confins sud-tibétains. Le regard du missionnaire de la rue du Bac porte plus loin que son bréviaire, sa croix ou son Evangile. Attentifs aux oeuvres de la Création, les pères Goré, Desgodins, Giraudeau, Krick, André et Génestier, entre autres, furent souvent cités et primés dans les sociétés d'ethnologie, de géographie et botanique. 

Découvrant ce pays, soixante ans après le passage du père Renou, le géographe et thibétologue Jacques Bacot écrit : « Gorges parallèles, démesurées, absolument pareilles, il n'y a rien de si géométrique au monde. » Vu du ciel, on aperçoit de ce pays trois grands fleuves, issus des neiges des plus hautes montagnes du monde : le Yangzi, le Mékong et la Saluen. Leurs cours sont si proches et si symétriques que les géographes ont employé le terme religieux de « miracle géographique » ! Pour les missionnaires, la réalité vue à l'échelle humaine les pousse à employer celui de « galère géographique » ! 

II (Dubernard) ajoute : « Vous savez, Tsekou est un pays de bosses et de trous hérissés de rochers de montagnes, où séjournent toutes sortes de bêtes sauvages, avec des chrétiens misérables. D'autres diront que c'est un affreux pays, n'en croyez rien, c'est une médisance, non, c'est une calomnie. Mon pays d'adoption est le plus beau de la terre... C'est là que je veux finir mes jours. » C'est à coups de sabre mal aiguisé qu'il recevra cette grâce.

Dans l'épreuve, les pères suisses viennent soulager les Français. « Pays neuf pour nous certes, mais qui n'est pas sans présenter quelques similitudes avec nos régions suisses par l'austérité de son relief, son paysage totalement minéral de certains lieux, ses hautes cultures de céréales, le type primitif de ses habitants, leur mode de vie, leurs ingéniosité à tirer parti de tout pour survivre, les missionnaires suisses ne sont pas trop dépaysés », d'ailleurs les missionnaires helvétiques ont surnommé cette région les « Alpes yunnanaises ».  (Maurice Tornay)

Le missionnaire a plusieurs flèches à son arc : prêtre, mais aussi médecin, ouvrier, vigneron, architecte, explorateur, ethnologue, juge, instituteur... Rapidement les églises des missions se doublent d'écoles. Les cours sont dispensés en langues tibétaine et chinoise, certains élèves étudient même le français et le latin. Pour cela, les missionnaires sont aidés par des laïcs, puis par des religieuses.

L'église du Sacré-Coeur (Tsedzhong), Alibert (Zumpo) en connaît tous les secrets qu'il mêle volontiers à des souvenirs d'enfance enjolivés. De style sino-gothique, elle fut solennellement bénie en 1911 par le père Monbeig. C'est après les persécutions et destructions de la mission de Tsekou en 1905 que le père eut cette idée folle : construire un « cathédrale » au milieu des rizières. « Il fallait rebâtir et agrandir. Or, avant même que les bâtiments indispensables fussent reconstruits, ce projet s'enhardit dans l'esprit du prêtre : il voulait avoir une église semblable à celle de France. Elle serait toute en pierre, elle aurait son clocher, et, dans son clocher, une belle cloche. Toute hasardeuse qu'elle parut de prime abord, cette oeuvre a été réalisée, et elle restera comme un monument durable de la persévérante initiative de notre confrère », écrit en 1914, Mgr Giraudeau, évêque du plus haut diocèse du monde, sûrement le plus grand et le plus irrationnel.

Avant d'entrer, on remarque, sur le fronton, une inscription gravée en latin « Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis ». La maxime évangélique avait aussi été écrite en chinois et thibétain, mais elle disparut dans la tourmente de la Révolution culturelle. La cloche connut le même sort que celle de l'église de Xiao Weixi. Juste avant d'être fondue, elle sonna les heures dans une caserne de Deqin puis fut brisée par un militaire maladroit.

« Les motifs et les couleurs sont d'origine », explique notre ami. L'artiste qui a peint ce plafond n'était ni tihbétain ni occidental, mais bai. Les Bai sont les « Arméniens » ou les « Libanais » du Yunnan : architectes, orfèvres ou commerçants.

« Le gouvernement a financé la restauration du presbytère où vivaient les pères », me dit Alibert. Mais je soupçonne l'affreux bandit nommé par le gouvernement d'avoir malencontreusement fait une erreur de calcul lorsque l'argent fut versé à l'Agricultural Bank de Deqin, L'église n'a bénéficié d'aucune restauration, mis à part deux ou trois tuiles que les oiseaux migrateurs ont vite dû faire tomber ! 

Là, notre professeur nous montre deux gros clous fixés à deux poutres. « Ils servaient à accrocher le hamac de M. Chappelet. »

Comme dit le père Goré, « cet homme (Chappelet) ne craint pas le chômage » ; cet aventurier de grande classe avait pratiqué, entre autres, les métiers de chef de chantier, brocanteur, valet de ferme, opérateur de cinéma, dresseur de chiens pour aveugles, garçon d'hôtel, sergent suisse, violoniste, menuisier et, enfin, capitaine dans l'armée américaine durant la guerre sino-japonaise, où il était chargé de commandement de résistants chinois dans la province du Henan.

Dans le livre du père Goré, on peut lire : « Le 25 juillet 1930, après huit jours de maladie, mourait le père Ouvrard, il n'avait que cinquante ans. Ceux qui l'ont connu ou seulement approché sont unanimes à proclamer que la bonté fut le trait distinctif de son caractère : bonté envers ses chrétiens, bonté envers ses confrères, bonté envers les voyageurs... » 

Lorsque arrivait un nouveau missionnaire, quel était le cadeau de bienvenue que lui faisaient les chrétiens ? Un superbe cercueil ! 

Le père Dubernard n'a franchi qu'une fois l'équateur, il a pu profiter du magnifique cadeau que lui ont fait ses chrétiens de Tsekou ; ce gros et gras cercueil comme on n'en fait qu'en Chine. Aux MER, à cette époque, on aimait raconter que « les dix ou douze premières années sont les plus dangereuses pour les missionnaires. S'ils ne meurent pas avant quarante ans, il faudrait les tuer pour qu'ils ne deviennent pas centenaire ». Le père Duvernard avait soixante-quatre ans lorsqu'il se fit couper la tête par ses bourreaux incompétents. 

Sur la rive droite du Mékong, nous trouvons le père Dubernard, un des vétérans de la mission du Thibet, venu il y a vingt-huit ans sur cette région des Marches ; depuis cette époque, c'est la seconde fois qu'il voit des voyageurs européens. La première ce fut l'Anglais Cooper... La concession du père est assez grande et s'étend jusqu'à la crête de la chaîne de séparation des bassins du Mékong et de la Salouen, des villages s'échelonnent à diverses hauteurs, le dimanche, on compte près de trois cents chrétiens qui descendent à la messe. Lorsque je le vois administrer ses sujets, aidant les malheureux, soignant les malades, surveillant les révoltes, faisant des provisions pour les imprévoyants, instruisant les enfants, il m'apparaît comme un bon seigneur du Moyen Age, que le lecteur ne s'effarouche pas du mot, ou plutôt comme un vrai socialiste. N'est-il pas le parfait socialiste, celui qui vit de la vie de ses administrés, qui est riche de leur richesse ou pauvre de leurs misères, qui s'égaye de leurs joies, souffre de leurs douleurs, se tourmente de leurs craintes ? Nous avons devant nous un tableau de l'ancien communisme chrétien et, durant les trois semaines que nous restons à Tsekou, nous pouvons nous étonner de la bonne entente qui règne entre les coadministrés et l'administrateur... Le père Dubernard est vénéré dans la région   on le regarde ; on regarde comme un grand sage, et il est le bienfaiteur du pays.

II était dans un état pitoyable, raconte le père Monbeig. Il me demanda si je croyais à l'apparition des âmes après la mort. Je lui répondis qu'avec la permission de Dieu, la chose est possible. Alors, dit-il, je suis rassuré et je puis vous dire que j'ai été sauvé par le bon M. Dubernard. Tandis que j'errais tout seul dans les montagnes et les torrents, le père m'apparut quatre soirs de suite, sans dire un mot, il m'indiquait continuellement de son bras la direction que savais à suivre. Sans ce secours, je serais certainement tombé aux mains des lamas, Cet Anglais âgé de vingt-huit ans est un presbytérien d'Ecosse et jamais pendant les trois mois qu'il passa à Tsekou il ne mit les pieds à l'église pour prier. Sa conduite cependant était irréprochable. Jamais aussi dans son travail de botaniste il n'avait exploré la région par laquelle il dut fuir lors de l'arrivée des Thibétains à Tsekou, Il a lui-même raconté ce fait à son consul au Yunnan, M. Wilkinson.

Un proverbe chinois dit : « Quand tu pues aussi fort que ton voisin, tu trouves qu'il n'a pas d'odeur » ; il semble que nous avons battu les Thibétains. (p. 76)

Vraiment le Tibet m'intéresse, et puis même si je ne trouve rien, c'est tellement beau ces montagnes, le peu que j'en ai vu, je reviendrai rien que pour ces paysages... 

A l'étage, nous bavardons avec l'ouvreuse de porte. Elle s'appelle Joanna, elle est catholique, originaire du village de Tsekou_. Nous lui racontons les grandes lignes de notre périple, elle nous surprend en nous disant que c'est un miracle que nous ayons manqué et bus de mercredi : « Il est tombé dans le Mékong avec ses dix-sept passagers, qui sont tous morts... ! (sauf erreur fin 1999) » 

Comme tu n'as pas lu ce livre fétiche ("Lost Horizon"), voici un résumé de l'histoire. Dans son roman, qui révèle une certaine utopie romantique, James Hilton met en scène quatre Occidentaux à bord d'un avion détourné qui va s'écraser dans une vallée perdue de l'Himalaya. A leur grande stupéfaction, ils sont accueillis dans un monde inconnu, pacifiste, où les hommes connaissent une longévité miraculeuse, c'est le royaume de Shangrila. La lamaserie de ce pays est gouvernée par un ancien jésuite, le père Perrault...(Zongdian) Depuis, paraît-il, on entend dans les temples des vallées du Shangrila aussi bien le Te Deum laudamus que Om Mane Padme Hum. C'est à ce stade que les points convergent et nous intéresse. » Je rends à Mario son précieux livre ; spontanément, il l'ouvre à la bonne page. « Ecoute bien ! Au XVllle siècle, les jésuites installèrent, fait remarquable que bien des Européens d'aujourd'hui ignorent, une mission chrétienne, qui a existé pendant trente-huit ans, à Lhassa même. Pourtant, ce n'est pas de Lhassa, mais de Pékin qu'en 1719 quatre capucins se sont mis en route à la recherche des traces de la foi nestorienne qui pourraient survivre à l'intérieur du pays... « De son long voyage un seul survécut et découvrit la vallée du Shangrila. II fut accueilli par une population nombreuses et amicale. II convertit, remplaçant l'ancienne lamaserie par un monastère chrétien. »

Mais ne nous éloignons pas du sujet. Cette fabuleuse légende du prêtre Jean va trouver un secoud souffle tout au début du XVlle siècle. Le père Bento de Gois rencontre alors, au Turkestan chinois, un prince tibétain prisonnier des musulmans. Après un entretien en persan — la langue internationale de la région, à cette époque —, notre curé conclut un peu hâtivement que les Tibétains sont chrétiens ! Quelque temps auparavant, un marchand portugais, un certain Diego de Almeida, de retour du Ladakh avait fourni les mêmes informations à l'évêque de Goa. Convaincus par ces dires, des jésuites établis en Inde décident alors de lancer une expédition dans cette muraille naturelle qu'est l'Himalaya. Ce monde de montagnes, de pics et de glaciers que jamais Occidental n'a franchi cache sûrement ce royaume mythique. De mon père juif, je tiens qu'une prophétie d'Isaïe proclame que la fin des temps surviendra après la conversion « d'une nation vivant sur une très haute montagne d'où coulent des fleuves puissants. » 

« Les deux jésuites rechaussent leurs sandales et repartent vers les sommets. Dans ce royaume situé à l'extrême ouest du Thibet, proche du Népal, ils sont favorablement accueillis par le monarque et son épouse, et leur offrent des images pieuses ! L'amitié entre le roi et le père Andrade grandit. C'est là qu'apparaît le malentendu. Le père pense que le bouddhisme tibétain est un christianisme « abâtardi », qu'il convient de revivifier. Le roi traite son hôte comme un grand lama, sorte de sage venu d'ailleurs. Le père Andrade croyait reconnaître, dans le culte tibétain, plusieurs éléments du christianisme : la confession, la croix la Vierge et la Sainte Trinité. » 

« Ce n'est que pendant la deuxième décennie du XVllle, soit un siècle après le père Andrade, qu'une mission s'établit de nouveau au Tibet. En 1716, une expédition de capucins, dont le père Orazio Della Penna, parvient à Lhassa. A leur grande stupéfaction, les capucins y rencontrent un jésuite ! Le père Ippoliti Desideri, arrivé six mois plut tôt. Excusez-moi d'être un peu chauvin, mais il était italien. Les pères séjournent sept ans dans la Rome tibétaine et, en 1725, une chapelle catholique est rasée. 

Hilton nous a pourtant bien mis en garde "Les cartes, vous pouvez toutes les consulter, mais je puis peut-être vous éviter la peine de chercher. Vous ne trouverez Shangrila sur aucune." Depuis 2001, le nom de la ville de Zhongdian est devenu Shangrila City, inscrit en gras sur toutes les nouvelles cartes du Yunnan. Avec une appellation si prometteuse, la ville espère gagner une renommée touristique et économique et pouvoir concurrencer Lijiang sa rivale.

La première fois que je suis allé à Lijianq, c'était en février 1998.- Deux ans exactement après le terrible tremblement de terre qui avait ravagé une partie de la vieille ville et fait plus de trois cents morts. Ce cataclysme a joué un rôle crucial pour la ville. Voyant la plupart des maisons naxi en miettes, le gouvernement voulait reconstruire la ville à neuf, en béton, bref faire du solide. Lijiang était voué au style d'architecture que l'on trouve presque partout dans la chine nouvelle, des provinces les plus reculées de l'Ouest aux confins du Nord-Est. Certains se sont émus à la perspective de ce désastre et, avec l'aide de l'Unesco, la ville a été sauvée. Des fonds internationaux et l'aide d'experts ont été accordés afin de reconstruire un Lijiang traditionnel. 

Les Naxi sont une des cinquante six "minorités nationales chinoises". De groupe thibéto-birman, ils sont donc apparentés aux Yi, aux Lissou, aux Mosuo... Comme eux, ils descendent de cette fière peuplade que furent les Qiang. Il y a six cents ans, l'arrivée des soldats de Nankin sinisa leurs moeurs "A l'origine, me raconte mon chinois, les Naxi vivaient sous un système totalement matriarcal puis, avec l'influence chinois, le contrôle passa aux hommes. Le pouvoir impérial plaça une forme de protectorat pour gouverner ces zones d'influence barbare. Avec l'apparition des systèmes de tusi, Lijiang était dirigé par la famille Mu, aujourd'hui, le vocabulaire naxi a quelques particularités prouvant cette influence féminine sur les choses courantes, par exemple les noms et adjectifs à consonance féminine traduisent les idées de force, de grandeur, de puissance ...; à l'inverse, les noms et adjectifs masculins évoquent la faiblesse, la petitesse, la peur..." 

Les dongba sont les prêtres de la religion npxi, mélange de paganisme et de chamanisme auquel s'est ajouté un peu de lamaïsme. 

Il (Nu Jiang) portait toujours, il y a encore quelques dizaines d'années, ce surnom digne d'une attraction d'un OK Corral, celui de "la vallée de la Mort". 

Un dicton populaire disait : « Celui qui se rend dans ce pays (Nu Jiang) doit avant de partir s'acquitter en vendant sa femme ! ». 

Cet avion vient réveiller en moi tous les récits de pilotes que j'ai lus sur ce fameux pont aérien entre l'Inde et la Chine. La Hump Road – "route des bosses" – fut l'axe périlleux de ravitaillement des Américains pour aider la résistance chinoise face à l'invasion japonaise durant la Seconde Guerre mondiale. A l'occasion de cette épopée aérienne, où il fallait successivement franchir de prodigieuses chaînes de montagnes, naquit la fameuse escadrille des Tigres volants. 

Si les Lissou, comme certains l'affirment, étaient les premiers occupants des vallées du fleuve Bleu, du Mékong et de la Saluen, et ils n'ont été repoussés vers le sud qu'à l'époque des invasions tibétaines, ils font actuellement une marche en sens inverse, ceux de la Saluen en particulier remontent vers le nord, menaçant l'existence même de la tribu loutse... Quoi qu'il en soit, les Lissou préfèrent les montagnes aux rives des fleuves et ont conservé le goût de la chasse... Excellents chasseurs, ils se livrent à la chasse du petit et gros gibier, ne dédaignant même pas le rat de montagne dont ils sont friands. 

Pour armes, il n'a qu'un long sabre, une arbalète et ses flèches dont il sait admirablement tirer parti... II faut avoir assisté à un marché entre Chinois et Lissou ou à une de ces foires qui attirent le Lissou pour juger la moralité de ces négociations commerciales. On enivre d'abord le Lissou et quand il est « mûr », on parle commerce, parfois on profite de son état d'ébriété pour lui enlever son modeste gain. La réaction ne se fait pas attendre et de temps à autre on apprend que les Lissou sont « révoltés » ! Les Lissou ne travaillent pas, mais lorsqu'ils ont besoin de quelque chose, ils viennent le voler dans les régions que nous traversons. 

Relié seulement par cette route, le district, placé dans un cul-de-sac de montagnes, est sûrement le plus excentré de Chine Gongshan est bâti à flanc de montagne et domine le fleuve. 

Je m'endors en imaginant tous ces lieux dont j'ai tracé le nom : Dimalo, Bahang Lu, Zhongde, Jionatong..., mais surtout Bonga. La mission du père Renou, la première et la dernière mission au Thibet. Pas de nouvelles de ce village depuis le voyage du père Goré dans les années 1930. 

De leurs cous pendent des ficelles raboutées avec des médailles de la Vierge, des saints, parfois un crucifix. Nous voilà à Dimalo ; le village rassemble plusieurs cabanes en bois regroupées autour d'un terrain de basket. 

La porte de l'enceinte est ouverte. C'est un monument entièrement fait du bois, dont les lignes originales sont un savant mélange d'architecture. Les toits recourbés font penser à une pagode taoïste, les peintures sur la façade à un temple bouddhisme, enfin le clocher avec sa croix indique tout de même qu'il s'agit d'une église. 

Ame me tend un bol rempli d'un liquide jaunâtre. « Ami ! Bois ! C'est le shui jiu, la boisson des Loutse. » Je suis ravi de pouvoir partager avec lui ce breuvage à base de maïs dont la composition se devine facilement à l'épaisse pellicule de grumeaux qui recouvre le bol. La question ne se pose pas, ce lait froid et ambré est évidemment alcoolisé. Dans mon investigation des différentes curiosités alcoolisées de Chine, le shui jiu des habitants de Bahang Lu reste le plus spectaculairement écoeurant. Avant de trinquer, Ame fait un signe de croix. Et hop ! En trois gorgées, il a déjà fini son bol. Je finis donc le mien par politesse ; aussitôt il me remplit à ras bord, et se signe à nouveau. Boire en Chine est plus une épreuve qu'un plaisir. A Bahang Lu, c'est un sacrifice, une pénitence, un acte de charité. 

Andréa est un Loutse taïwanais ! Il fait partie de ce groupe de six hommes qui, dans les années 1950 (cf sur site le témoignage de Zacharie), ont préféré l'exil au sort de Shi Guanrong. Le récit de leur fuite vaut en aventures celle du dalaï-lama. 

« Avec moi, il y a avait Zacharie, José, Jacoba... – j'ai oublié le nom des deux autres. Nous avions décidé de rejoindre l'Inde, où nous savions que nous pourrions être accueillis par des missionnaires. La route était dangereux à cause des montagnes, des brigands et des soldats de l'Armée rouge, c'est pourquoi nous avions demandé de l'aide à des amis bouddhistes du village d'Aben, qui de temps en temps faisaient un peu de banditisme pour arrondir les récoltes. Unis contre le même front, et vouant une grande amitié aux missionnaires, ils acceptèrent sans condition. Ils avaient des armes et savaient viser sans trop user de poudre ; nous aussi, nous possédions des fusils, des carabines de chasse laissées par le père André. Notre arsenal manquait de gros calibres, mais restait dissuasif s'il fallait se défendre.

C'est seulement il y a vingt ans que Zacharie a réussi à revenir au pays, retrouvant sa femme et ses sept enfants. II ne les avait pas vus ni n'avait donné de nouvelles depuis près de trente ans. Je suis moi aussi revenu juste après. Maintenant que les choses vont mieux, je passe la moitié de l'année ici, l'autre à Taiwan où vivent ma femme et mes trois enfants, » 

Je suis les flammes des torches, la procession se dirige vers la maison d'Agatha, une soeur d'Andréa. Ici comme dans la vallée du Mékong, ces flibustiers du Christportent tous les noms bibliques. Ils s'appellent Benedicta, Maria, Julia, José, Elisa, Madalina, Andréa... 

Encore une fois nous descendons à travers de magnifiques et sauvages forêts, profondément, dans la vallée du Doyong où, sur un piton de 8200 pieds d'altitude, est situé le dernier avant-poste d'une mission chrétienne, le tibétain Bahang Lu ou le Perhalo des Chinois. Pour moi c'est le plus aimable des postes missionnaires que je connaisse : là vit tout seul un jeune prêtre, le père André, dernier. Maintenant, en ce poste perdu, il se trouve complément isolé du monde. Aucune lettre ne peut l'atteindre durant ce temps. Au nord à deux jours de là, il y a le Thibet interdit, et au sud, à deux jours, la région traîtresse des Lissou noirs. II y a dix-huit huttes à Bahang Lu situé autour de la montagne, dont l'église et la mission occupent le sommet. Par deux fois elles ont été brûlées par les lamas tibétains de Tchamouto et deux fois l'intrépide père Génestier qui vit encore dans la vallée de la Saluen, à Kionatong, a dû s'enfuir pour sauver sa vie et chercher un abri auprès des Lissou, à l'extrême sud. Il est le seul survivant du massacre de 1905. Les Loutse qui habitent cette partie de la Saluen et dont le père André est le pasteur sont de pauvres gens. Ils se nourrissent uniquement de grain, leur nourriture de base, dont ils font une liqueur qu'ils boivent en grande quantité. 

Andréa s'arrête, souffle, fume et me dit : « En 1952, avec d'autres chrétiens dont Zacharie, c'est nous qui avons porté le père André durant toute l'ascension de la montagne, et il faut passer deux cols de quatre mille et quatre mille et quatre cents mètres.

Andréa reprend son témoignage : « Arrivés à la mission de Weixi, nous étions obligés de repartir. Je me souviens, Zacharie se traînait à genoux, s'agrippait à ses jambes et criait sa douleur. Nous pleurions tous, c'était la séparation inéluctable. Alors, le père a regardé une dernière fois vers l'ouest, le visage inondé de larmes. Soutenu par d'autres missionnaires, il s'est mis debout et a tracé un grand signe de croix en direction du Thibet. » 

Le Loutse a un caractère doux et de moeurs relativement pures. D'un tempérament peu énergique, si le Loutse ne se tue pas au travail, du moins il n'est ni voleur ni querelleur. Le fléau de la race est la voisson qui détériore muscles et cerveaux. Ainsi, une grande partie des récoltes passe en bière et alcool. Pour toute occasion, mariage, mort, procès, les habitants d'un village se réunissent et la bière ou l'alcool font les frais de la réunion. A la suite de ces beuveries, vient inévitablement la famine, on ne vit plus que de courge ou de racines. 

Après avoir tenu en respect quelques jours les envahisseurs, il fut obligé de fuir avec ses partisans. Jusque-là, il n'avait pas eu à utiliser son fusil ; mais, dans la retraite, en escaladant le col d'Halo – montagne qui sépare Bahang Lu et la vallée de la Saluen–, il se heurta à un fort parti ; un lama le coucha en joue, le mandarin croisé n'attendit pas de voir ce qui allait arriver et lui logea une balle dans las tête.

Le mandarin de Zhongde est mort à petit feu, usé par tant d'histoires vécues. « Tu peux te reposer en paix, père Génestier, et le glas peut à présent se taire. Tu mettras beaucoup de temps à mourir tout à fait dans ce Loutsékiang où l'on parlera longtemps du vieux berger, avant que s'efface son souvenir dans un halo de légende. » Cette épitaphe, c'est Guibaut qui l'écrit. 

Heureux les simples et les pauvres, ils verront Dieu N'est-ce pas ? » Du temps des missionnaires on avait coutume de dire : « Un homme est de la religion qui le nourrit » ; depuis l'arrivée des communistes, le dicton dit plutôt : « Sauve qui peut ! » 

Regarder Zhongde, c'est observer les événements au microscope. Si nous élargissons notre vision à l'ensemble des marches tibétaines – provinces du Yunnan et du Sichuan –, nous remarquons qu'aux temps des premiers missionnaires, ces régions des marches, régions de frontières, étaient un véritable ramassis de peuples, de cultures, de religions, de langues et de coutumes. Sur cette « terre des dieux », la religion lamaïste formait pas un corps homogène, les sectes fleurissaient : bonnets rouges, jaunes, blancs, chamans, dongba, prêtres, sorciers... Les pouvoirs changeaient de main selon les zones, selon les districts ; l'autorité émanait d'un mandarin, d'un moquât, d'un seigneur, d'un tus/ ou d'un bouddha vivant. Ici, depuis l'arrivée du père Génestier, résidait un mandarin.

La cause des quatre plus grandes vagues de persécutions est due principalement à l'hégémonie britannique sur le Toit du monde. Le père Goré explique clairement les raisons politiques de ces persécutions « Ces périodes de troubles coïncident précisément avec des dates d'événements politiques entre les autorités locales, Lhassa et Londres : campagne du Niarong (1865), lutte dans le Sikkim (1887), retrait des troupes anglaises de Lhassa (1905), chute de l'empire (1912). » Dans toutes ces circonstances, les lamaseries ont obéi à l'autorité supérieure, « le caractère tibétain est fait de servilité envers les forts et d'arrogance envers les faibles. Il peut aussi facilement se convaincre qu'il n'a pas besoin d'un déploiement de force considérable pour chasser ou tuer quelques missionnaires sans défense, persécuter leurs fidèles ou détruire leurs résidences ».

La vision missionnaire tient en peu de mots : le sang des chrétiens est une semence. Le répandre, c'est la multiplier ! En dépit de ces vents contraires, l'Eglise dite du Tibet comptait, en 1877, six cents fidèles, en 1889, mille deux cent quatre chrétiens, en 1920 elle avait quatre mille cinq cents baptisés, et en 1952, plus de sept mille. D'après Zacharie, ils seraient plus de dix mille aujourd'hui.

Lieu unique (Saluen), déjà décrit par les intrépides explorateurs Guibaut et Liotard : « C'est probablement une des plus impressionnantes gorges du monde entier... Elle a une influence considérable sur le climat, en arrêtant la mousson d'été ; ce serait la frontière de l'Asie centrale aride et de l'Asie périphérique humide. » 

C'est la dilution culturelle, inévitable et brutale... Cette gorge était l'une des petites entrées du Thibet, un sentier mythique décrit et emprunté par les missionnaires, Alexandra David-Néel, Jacques Bacot et André Guibaut, l'illustre botaniste Kingdom Ward... 

Tôt le matin, je vais me recueillir sur la tombe du père Ly, visiter la chapelle, le village et l'école de Kionatong, qui réunit les enfants de trois villages. Ils sont majoritairement loutse, auxquels s'ajoutent quelques Tibétains et deux Han — la minorité dans ces régions reculées.

Baishuitai. veut dire « marche d'eau blanche », car, par un miracle écologique, l'eau, très calcaire, a formé une succession de bassins plus ou moins grands, étagés sur la pente de la montagne, comme les marches d'un escalier de marbre géant. D'après les Naxi, ce lieu étrange est l'endroit où est née la religion dougba. 

Depuis les origines, les Khampa ont revendique leur identité propre. La tradition place parmi les terres de ce peuple de guerriers le pays de Ling, royaume du héros mythique Guesar. Les dalaï-lamas eux-mêmes ont longtemps mené une lutte contre les Khampa ; les nobles et les religieux de Lhassa craignaient ces farouches guerriers insoumis qui venaient jusqu'aux confins ouest du Tibet pour rançonner les bergers les caravanes et parfois même certaines villes.

On dit que marcher dix jours avec quelqu'un, c'est vivre dix ans avec lui ; avec Falk j'avais déjà franchi cette étape.

II y a quatorze ans, je tombai sur un numéro de Life contenant un article d'un Américain, Leonard Francis Clark, qui prétendait avoir établi par ses observations que l'Amnyé Machen, le sommet que nous avions aperçu du col, était la plus haute montagne du globe. Se faisant l'écho de légendes, il laissait entendre que tout comme le tombeau de Toutankhamon, cette montagne frappait de malédiction les Occidentaux. Il citait la mort sur les pistes du général anglais Pereira qui l'avait découverte, celles de Dutreuil de Rhins et de Wilhelm Filcher, tous deux assassinés dans la région ; il racontait les mésaventures d'un original, le fameux Reynold, roi du stylo à bille aux Etats-Unis, qui en 1948, pris du désir subit de mesurer l'Amnyé Machen, avait engagé un pilote de raid, Bill Odom. L'affaire s'était mal passée : après un survol terminé par un accident d'atterrissage, l'équipage avait été détenu par les Chinois ; peu de temps après, Reynold perdait son siège de président de société, Odom faisait une chute mortelle, et un jeune géographe chinois qui les avait accompagnés mourait subitement.

« Les Tibétains considèrent volontiers comme sacré, bénéfique et digne de devenir lieu de culte pratiquement tout ce que la nature produit d'exceptionnel. La nature est un musée, les plus belles oeuvres sont en elles, et c'est en pèlerinage qu'on les visite. » 

On n'ose imaginer ce qui arrive la nuit aux moinillons. De l'aveu même des Tibétains, la pédérastie e toujours été généralisée aux époques de décadence monastique. 

« Les lamas sont parfois une caste odieuse », écrivait Alexandra David-Néel. Cf sur site texte de ADN) Ici, le bouddhisme tibétain a hissé la simonie au niveau d'une mafia monacale. Seules quelques vieilles Tibétaines tournent autour des temples en remuant les moulins à prières jusqu'à l'abrutissement, pendant que les lamas engraissent en regardant des DVD et en écoutant de la pop dans leurs cellules. 

Voilà donc le Thibet que j'ai vu, réalité en flagrante contradiction avec les versions idéalisées et aseptisées de l'Occident, de Pékin et de Dharamsala. Voilà donc ce peuple inouï, naïf et brutal, fervent insolent, crasseux et magnifique. Enfin, un monde vrai, réel, humain, en chair et en os, si différent des nuées fantomatiques vaguement anthropomorphes qui peuplent les mégalopoles climatisées.

Au-delà de l'exotisme inévitable, ces expériences ont été le grain de sable qui a fait dérailler une existence qui semblait tracée en ligne droite. En retrouvant les tombes de ces missionnaires français, qui avaient tout quitté pour une destinée dépouillée en moi une marque profonde, indélébile comme une cicatrice. Je me revois encore, face à ces pauvres croix plantées dans un décor gigantesque. J'en fus ému au point de vouloir partir moi aussi, sans regarder en arrière. Je jurai intérieurement de ne pas revenir. 

Notes
Pékin et Lhassa jouent au jeu qui leur convient à tous deux, La Chine conserve un semblant de souveraineté sur le Tibet, le gouvernement le Lhassa évite par ce moyen directement avec une quelconque puissance étrangère. Autre point, ces vallées furieuses et ces montagnes indomptables ont su créer un cloisonnement. Cet environnement géographique fut en quelque sorte une protection expliquant en partie l'indépendance de ces Tibétains par rapport aux pouvoirs de Lhassa et de Pékin. (p. 291)

Jean Baptiste Goutelle (1821-1895). Ce père est décédé un mois avant le passage de l'expédition de l'explorateur Henri d'Orléans, Du Tonkin aux Indes, Calmann-Lévy, 1896. Shenfu est le mot chinois pour désigner un prêtre catholique. 

Ces manifestations de surnaturel existent dans la tradition lamaïste. Pour les bouddhistes, il n'y rien d'anormal à aller se recueillir sur la tombe d'un « lama d'Occident », même s'il est d'une autre religion. S'il est capable de produire des miracles, c'est que c'est un saint, donc on peut l'adorer. Le père Dubernard, pour les animistes de Tsedzhong, est devenu en quelque sorte le dieu de l'agriculture. En Chine, le père Matteo Ricci, pour se faire valoir, avait offert des horlogers de Shanghai ! 

Lost Horizon, le livre de James Hilton, a été traduit en français sous le titre les Horizon perdus. Il a été réédité dans une anthologie de romans : les Mondes perdus, Omnibus, 1993.

 Om Mane Padme Hum : « Salut ô toi, fleur de lotus. » Prière bouddhiste que récitent continuellement les Tibétains lorsqu'ils égrainent leur chapelet. (p. 294)

Les Portugais au Tibet, les premières relations jésuites (1624-1635), traduites et présentées par Hugues Didier,Chandeigne, 2002.

Laurent Deshayes et Frédéric Lenoir, L'Epopée de Tibétains, Fayard, 2002.

La lamaserie de Zhongdian a été fondée il y a trois cents ans, mais comme un grand nombre de temples tibétains elle fut détruite avec un acharnement sans nom en 1959.

Le soulèvement de 1959 en rappelle un autre. En 1956, la rébellion hongroise était une tentative pour rompre avec l'Union soviétique. Mao recommanda aux Russes d'écraser le soulèvement, ce qu'ils firent après un moment d'hésitation. Trois ans plus tard, Mao, se souvenant du précédent hongrois, préconisa alors une « guerre totale » pour éliminer les opposants tibétains. Le baroud d'honneur des cavaliers khampas, abandonnés du monde, évoque irrésistiblement l'insurrection désespérée de Budapest face aux blindés soviétiques.

« A quelque secte qu'ils appartiennent, les lamas ont toujours une croix attachée à leurs chapelets de cent huit grains. Leurs habits sont faits d'une étoffe émaillée de croix. Tous attribuent à la croix la vertu de chasser le diable, de préserver de tous les dangers. » 

L'une des plus nombreuses minorités du Yunnan. Peuple de pasteurs et de bergers, les Yi ou Lolo sont réputés dans les récits d'explorateurs pour
pratiquer, entre autres, la traite d'esclaves.

Trois livres décrivent bien la société mosuo : Cai Hua, Une société sans père ni mari. Les Na de Chine, PUF ethnologie, 1998 ; Bernard Allanic, La Voie blanche, entre Chine et Tibet, La Digitale, 1994 ; Yang Erche Namu et Christine Mathieu, Adieu au lac mère, Calmann-Lévy, 2005.

Le Bôn est un bouddhisme très influencé par une variété d'animisme encore plus primitive que le tantrisme. On retrouve dans le Bôn ce qui devait être le religion originelle du Tibet. Dans le passé, ses rites admettant les orgies sexuelles, l'adoration du démon, le cannibalisme, les sacrifices humains... Durant plusieurs siècles, les Bôn furent martyrisés par les Gelupka. C'est pourquoi on ne rencontre les adeptes du Bôn mosuo, c'est prendre l'habit d'une abbaye de Thélème version lamaïque. Les lamas ne sont soumis à aucune règle monacale. « Fais ce que voudras ! » Porter la robe pourpre ne les empêche pas de boire ou de partager des filles, bien au contraire.

Le massif du Kawakarpo fait parie des montagnes sacrées du Tibet. Le pèlerinage (kora en tibétain) consiste à en faire le tour dans le sens des aiguilles d'une montre. En moyenne, il faut deux semaines pour le faire entièrement- L'affluence est très importante lors de l'année de la chèvre, tous les douze ans. L'affluence est d'autant plus exceptionnelle lors de la réunion du signe de la chèvre et de l'eau, tous les soixante ans : la dernière s'est produite en 2003.

Une des nombreuses traductions de cette prière est : « 0 i Salut à toi, fleur de lotus. »   Michel Peissel. Un barbare au Tibet, Seuil, 1998 ; Les Cavaliers du Kham. La guerre secrète au Tibet, Robert Laffont, 1972.

Extraits tirés de "LES PEUPLES OUBLIES DU TIBET" de  Constantin de Slizewicz - Perrin -- 2007