LE R.P VICTOR BONNEMIN - MEP

BONNEMIN VICTOR   MEP  1904-1960

La notice nécrologique suivante aurait dû paraître dans le Numéro d'octobre dernier. Cependant, certaines données chronologiques ou autres regardant l'enfance et la jeunesse du P. Bonnemin jusqu'à son arrivée en Mission. ne nous étant pas parvenues en temps utile, il fallut se résigner à attendre... Mais, notre Revue ne pouvait pas passer sous silence la disparition d'un missionnaire du Thibet qui, de plus, s'est acquis de nombreux titres à la reconnaissance de nos pionniers des Marches thibétaines.

Ce fùt lui qui, souvent, accompagna les Pères Melly et Coquoz et leur servit d'interprète.. lors de leur premier voyage d'exploration à travers la Mission du Thibet, en 1931. Ce fut encore lui qui accueillit ces mêmes Pères, ainsi que le Frère Duc et M. Chappelet, à leur arrivée à Weisi, le 1er avril 1933, et les installa dans la résidence de l'endroit. Plus tard, en novembre 1934, quand le P. Coquoz fut désigné pour le poste de Siao-Weisi, le P. Bonnemin l'initia aux problèmes locaux et lui céda gracieusement sa résidence et ses approvisionnements.

Enfin. comme le rappelle la notice nécrologique, le P. Bonnemin rendit à tous nos missionnaires les plus signalés services, durant ses années de Kunming, spécialement après l'arrivée des communistes, en assurant le relais des nouvelles, d'Europe vers le Thibet ou vice-versa. Sa mémoire mérite donc notre souvenir ftdète et reconnaissant !

Le 6 août 1960, décédait subitement à l'Hôpital de Grenoble. d'une crise cardiaque, le R. P. Victor Bonnemin, M. E. P., ancien mission¬naire du Thibet et de Kunming, au Yunnan, Chine.

Les funérailles se déroulèrent dans l'intimité de la Communauté des Missions Etrangères de Paris de Voreppe, en présence d'un petit groupe de parents et d'amis, dont trois Chanoines du Grand-Saint-Bernard, anciens missionnaires du Thibet, comme le défunt. Né aux Ecorces (Doubs), le 25 mars 1904, d'Augustin et d'Honorine Ligier, le futur missionnaire reçut à son baptême le prénom de Victor, présage des vic-toires qu'il (levait remporter sur l'esprit du monde et le paganisme. En effet, très humble et effacé, le petit Victor fut toujours pieux, sans nulle ostentation, droit et dévoué. Ces traits essentiels de son caractère se retrouveront tout au long de son existence.
Dieu l'ayant marqué pour le sacerdoce, ses études primaires achevées, le jeune Victor se dirige vers le Petit Séminaire de Maiche, où il entre en octobre 1916, puis vers celui de Faverne . Enfin, il frappe au Séminaire de la rue du Bac, où il accomplira ses études de philosophie et de théologie.

Entre-temps, la Patrie l'appelIe sous les drapeaux. Incorporé au 16e Régiment de tirailleurs tunisiens, il est envoyé en Syrie, la nuit de Noël 1925, pour calmer la révolte des Druses. Blessé lors de la prise de Souéida, en avril 1926, il est (l'abord hospitalisé à Beyrouth, puis renvoyé en France, en congé de convalescence. Cité à l'ordre du Corps d'Armé et décoré de la croix de guerre. il est bientôt libéré de ,son ser¬vice. Dès l'automne, il regagne son Séminaire de la rue du Bac, où il a le bonheur d'être ordonné prêtre, le 29 juin 1929. Affecté à la Mission du Thibet, le P. Bonnemin s'embarque le 8 septembre, à Marseille, et par-viendra à Tsechung durant l'hiver suivant. A peine arrivé, il doit assurer l'intérim à la mort du P. Ouvrard puis, il v poursuit ses études de chinois et de thibétain, durant deux ans, sous l'experte direction du P. Goré.
En novembre 1932, il est appelé à succéder à Siao-Weisi au P. Nuss-baum, nommé à Yerkalo. Deux ans plus lard, il ira à Bahang remplacer le P. André, qui rentre en France pour un congé prolongé. Dès l'hiver 1936-1937, sa santé laisse sérieusement à désirer et la présence d'un jeune confrère, le P. Burdin, lui permet de tenir le coula jusqu'à l'ouverture de la montagne. Il doit alors gagner le Tonkin pour se soigner. De retour avant l'hiver, il est affecté cette fois-ci à Kionathong, le P. I.,y ayant pris la relève du P. Genestier à 'l'chrongteu. Toutefois, en juin 1940, le P. Bonnemin quitta définitivement la Mission du Thibet et s'en vient chercher à Kunming un climat plus clément.

Pendant cinq ans, il remplit au Petit Séminaire de Pélongtan les fonctions d'économe. En 1945, il est appelé à remplir ces mêmes fonctions à l'évêché de Kunming. Jusqu'au printemps 1952, il se dépense de toutes manières au milieu des troubles de la Libération » pour rendre service à ses confrères ou. aux missionnaires du Yunnan, soit en leur communi-quant les nouvelles en des formules auxquelles la censure rouge ne voyait que du bleu, soit en les accueillant à l'évêché, lors de leur voyage d'expulsion. Il fut le père-nourricier de son évêque, S. Exc. Mgr Dérouineau, et de plusieurs de ses confrères, consignés à l'étage supérieur de l'évêché et gardés à vue jour et nuit par des sentinelles. Expulsé le tout dernier, il ne fit que passer par Hong-Kong et arriva à Besançon, le ll août 1952, jour anniversaire de sa première Messe, chantée en sodé village des Ecorces, vingt-trois ans plus tôt.

Après quelques mois de congé passés en son pays natal, le P. Bonnemin fut affecté au Sanatorium de Montbeton, puis à la maison de repos de l'oreppe. Malgré sa santé déficiente, le P. Bonnemin sut toujours se rendre utile à son entourage. Comme tous les missionnaires expulsés de Chine ou du Thibet, il gardait la nostalgie de sa Mission et il n'est pas déplacé de croire qu'à défaut du sang de ses veines, il a versé le sang de son coeur pour ses chers Loutzes et ses chers Thibétains de la Salouen et du Mékong.

Maintenant que le cher Totor, comme nous l'appelions familièrement entre nous, repose en paix dans le petit cimetière de 'Voreppe, auprès du P. Coré et de tant d'autres anciens missionnaires de Chine ou du Thibet, il nous est doux d'espérer que, par ses mérites et ses prières, il hâtera le jour de la vraie libération de cette Chine et de ce Thibet, auxquels il a consacré sa vie, ainsi que le retour des missionnaires qui en ont. été violemment expulsés par un Régime, ennemi de Dieu et des hommes
Requiescat in puce !

ANGELiN LOVEY, C. R.
Abbé et Prévôt du Grand-Suint-Bernard.

 

BONNEMIN