MISSION REMEDE AU DIOCESE

Dans la vision ecclésiologique du Concile, il est inconcevable que l'Eglise, après s'être structurée intérieurement comme une communion qui la fait vivre et après avoir été modelée par l'Eucharistie, ne se sente pas poussée à partir pour aller évangéliser.

Telle est la réflexion que j'ai été souvent amené à faire comme chrétien, comme prêtre et comme évêque. Et en tant qu'évêque cette réflexion a comporté pour moi comme un poids plus grand de responsabilité. Une Eglise qui ne ressent pas cette dimension missionnaire n'est pas, à mon avis, une Eglise selon le plan de Dieu.

Ce devoir d'exercer la mission peut s'entendre dans un sens géographique en vertu duquel il faut aller dans le monde entier, mais aussi dans un sens plus large, en vertu duquel il faut aller vers l'homme tout entier et prendre à coeur tous les problèmes qui nous entourent. Il faut porter tout le Christ à tout l'homme.

Peut-être sommes-nous encore incapables de faire le saut nécessaire par-dessus la palissade pour aller parler avec tant de gens qui ne viennent jamais à l'église. La réalité et le défi porté par la société post-chrétienne devraient nous saisir, nous tourmenter et nous faire comprendre que nous ne sommes pas au point devant Dieu.

Beaucoup de gens n'arrivent pas à comprendre le sens de la présence de l'Eglise. Ces gens n'ont plus les données nécessaires pour comprendre: ils font usage d'un code différent du nôtre. Je considère donc que mon Eglise est bénie dans la mesure où s'épanouit en elle l'ouverture missionnaire, parce que plus elle donne, plus elle est Eglise, et mieux se réalise la mission du Christ.

Dans mon expérience d'évêque se trouve une souffrance particulière. Plus je visite mon diocèse, plus je découvre des prêtres qui sont des hommes de grande valeur. Et je constate qu'arrivés à un certain âge, autour de la quarantaine, alors que l'homme se trouve dans sa pleine maturité, ils sont capables de réaliser des choses de nature à leur donner pleine satisfaction. Ce sentiment de satisfaction est important pour qu'un homme puisse réaliser pleinement son oblation à Dieu dans une consécration totale à lui seul.

Faute d'une vraie autoréalisation, le prêtre risque d'entrer en crise, d'éprouver une profonde frustration. Dans une zone de mon diocèse vivent 7500 personnes et 15 prêtres. Parmi eux quelques-uns sont vraiment de grande valeur; niais ils vivent dans de très petites paroisses d'à peine 300 âmes. A 45 ans, un prêtre trouve fastidieux de rester dans une telle situation. Alors il demande à être transféré dans une paroisse plus importante; mais, dans cette zone, il n'y en a pas. Alors il court le risque de tomber dans une profonde crise psychologique et même spirituelle.

Dans cette zone, il suffirait de 4 prêtres qui s'entendent bien et soient profondément unis dans leur tâche d'évangélisateurs et d'éducateurs. Là où existe une saturation excessive de prêtres, là risquent de naître des discordes; et les discordes détruisent le bien réalisé par l'ensemble des prêtres.

Cette réflexion je la fais souvent; et je crois que dans ce cas c'est vraiment l'Esprit qui suggère de nouvelles prospectives. Il y a au Brésil des diocèses très pauvres, qui ont un énorme besoin de clergé. Je suis convaincu que nos prêtres demanderaient à y rester, s'ils les visitaient. C'est là une inégalité profonde et injuste.

S'il y a en nous charité et miséricorde, nous devrions être disposés à partir pour nous rendre dans le monde entier. Nous donnerions de la sorte une réponse à tant de gens qui attendent sans espoir et qui vivent un vrai drame. En même temps se résoudraient des situations telles que celles décrites ci-devant.

Quand je pense qu'au Brésil il y a un diocèse de 600 000 habitants, avec seulement 5 prêtres âgés et un évêque malade depuis deux ans, je sentirais le besoin d'aviser. Et il ne peut en être autrement, car j'ai été ordonné évêque pour mon Eglise locale et pour l'Eglise universelle. Et si je ne vivais pas dans cette optique, alors je courrais le risque de ne pas bien accomplir mon devoir d'évêque dans mon propre diocèse. Par conséquent, j'ai l'obligation de partager les préoccupations du Pape, celles de l'Amérique, du Banglasdesh et de l'Eglise entière. Si je ne nourrissais pas ces préoccupations et si je n'en faisais pas part aux autres, je ne serais pas fidèle à mon mandat.

Relativement à nos besoins, 550 prêtres dans mon diocèse de Novare sont insuffisants: il nous en faudrait 1000. Mais si je raisonne avec la logique du futur, je pense que même 300 pourraient suffire et que les autres pourraient être employés dans des tâches proportionnées à leurs capacités et à leurs exigences spirituelles. Parfois je pense que le Seigneur, à travers la pénurie des vocations au sacerdoce, veut nous faire comprendre qu'il nous a donné beaucoup d'ouvriers dans son Eglise, mais que nous sommes des prodigues et que nous ne les utilisons pas comme il faut. Parce que le prêtre finit par faire tout lui- même et qu'il ne respecte pas le plan de Dieu qui veut que les laïcs soient de vrais constructeurs de l'Eglise avec leurs charismes, leurs tâches et leurs dons.

Tout comme mes confrères dans l'épiscopat, je souffre de cette vision de l'Eglise encore trop centrée sur le prêtre comme unique protagoniste du Royaume de Dieu. C'est là une mentalité trop répandue qui devrait être corrigée à la racine selon les principes énoncés par Vatican II. Donnons donc davantage de place aux laïcs, afin que, mus par l'Esprit-Saint, sans craintes ni complexes d'infériorité, ils puis¬sent jouer leur rôle dans l'Eglise.

Il arrivera que les laïcs, travaillant dans l'Eglise avec cet esprit, entendront eux aussi cet appel à la vocation missionnaire et qu'ils comprendront qu'ils sont les bâtisseurs non seulement de l'Eglise diocésaine, mais aussi de l'Eglise universelle.

Je pourrais éprouver un de ces jours à venir le besoin de partir et d'aller en mission pour quelques années et même pour toujours. La grâce de l'évêque, qui consiste à être destiné non seulement à s'occuper de sa propre Eglise locale, mais aussi de l'Eglise universelle. C'est aussi la même grâce qui modèle le laïc, lequel comprend que le fait d'être membre de l'Eglise, l'engage à partager ce souffle universel que le Christ a donné à sa Communauté.

Mgr Aldo del Monte   évêque de Novare
(Traduit de l'italien, par Mgr Angelin Lovey, prévôt du Grand-Saini-Bernard.)