LE GRAND PASCAL ET LES MARCHES THIBETAINES DU YUNNAN

Notre Pascal a non seulement été président de notre brave ville de Martigny, mais également notre Président confédéral toute cette année (2008). Il fait la une des journaux au niveau national mais peut être aussi au niveau international. Il n'a pas peur de rencontrer les grands de ce monde et pourquoi pas le Dalai Lama (ce qu'il a fait postérieurement à ce qui aurait dû être qu'une lettre ouverte, rejettée finalement par ses conseillers) !

Martigny a eu et a encore un lien avec les marches thibétaines du Yunnan puisque la communauté des chanoines du Gd-St-Bernard a envoyé des leurs en exploration en 1930 et plus d'une dizaine d'entre eux ont vécu dans cette si belle région de 1933 à 1952.

Le 21 décembre 1929, le supérieur des missions étrangères de Paris (MEP) écrivait à M. le prévôt Théophile Bourgeois une lettre dans laquelle il ressort notamment les éléments suivants :

« J'ai vécu 31 ans dans la province la plus reculée au fond de la Chine, le Sichuan, aux confins du Thibet ; et pendant 19 ans, j'ai été chargé d'un district montagneux, le Kientschang, qui, en 1920, a été érigé en vicariat apostolique et dont j'ai été le premier évêque. Ce pays, grand comme deux fois la Suisse, n'est pas moins montagneux qu'elle. Le fond des vallées les plus creuses y est à 1'200 mètres d'altitude. Les villes principales sont à 1'500, 1800, 2'000 mètres et plus. Les cols où passent les routes sont souvent à 2'000, 2'500, 3'000, 4'000 mètres et plus. Les plus hauts sommets dépassent largement 5'000 mètres. Peu ou pas de neiges éternelles, le climat étant très sec en hiver et la latitude déjà voisine des tropiques.

C'est vous dire que les montagnes me sont aussi familières qu'à un religieux du St- Bernard et outre le Kientschang, j'ai visité et même exploré bien des régions qui lui sont contiguës et qui sont plus montagneuses encore tel le Yunnan et les marches thibétaines. Que de fois, en suivant les caravanes qui parcourent ces pistes difficiles, je me suis dit, au passage de col dangereux balayés par le vent et la neige : quels services rendrait ici un hospice tel que celui du St-Bernard et quel rayonnement exercerait sa bienfaisance au profit de la religion.

Assurément, il peut arriver à telle ou telle de ces routes ce qui est arrivé au Mont Cenis, au Simplon, au St-Bernard.... à savoir que la circulation atteignant plus ou moins ces parages, la circulation des voyageurs s'arrête. Mais dans les pays dont je parle et dont la superficie égale à peu près celle de la France, le choix serait immense. Parmi les chaînes de montagnes qui, par centaines, livrent passage à une circulation plus ou moins intense des voyageurs, cavaliers et piétons, il en est incontestablement où, durant peut être des siècles encore, les conditions ne varieront pas. Il faudrait préférer une route assez difficile pour qu'un hospice ait à y rendre de grands services, et d'autre part, assez peu fréquenté pour qu'il n'y ait pas un encombrement continuel d'allants et venants. ll existe des passages entre vallées — par exemple celle du Mékong et celle de la Salouen — où pendant 5 ou 6 mois de l'année le col (à 5000 mètres d'altitude) est fermé par les frimas, tandis que pendant les 6 autres mois un petit va et vient indispensable aux populations relie les deux vallées. De chaque côté se rencontre des groupes de chrétiens et les postes de missionnaires. Une formule de ce genre me semblerait assez satisfaisante. Or, je le répète, on la trouve réalisé sur un grand nombre de point différent entre lesquels le choix est libre. »

Fort de cet encouragement, les Chanoines du Gd-St-Bernard se sont mis à construire un hospice au coi du Latsa, col reliant un petit village du Haut Mékong dont les curés étaient le père Paul Coquoz et depuis 1946 aussi le père François Fournier et de l'autre, les villages de Bahang et Tchrongteu où se trouvaient des pères des missions étrangères de Paris et également dès 1946, le chanoine Louis Emery, et non loin, les chanoines Maurice Tornay et Alphonse Savioz (Houalopa) ; Angelin Lovey (Tsechung), Cyrille Lathion, Paul Marie Melly (Weixi).

C'est ainsi de 1936 à 1939 qu'a commencé la construction de l'hospice, et cela, dans des conditions assez extrêmes. Puisque vu les conditions atmosphériques à l'altitude de 3'900 mètres, les grandes difficultés de trouver des employés, l'hospice n'a pu être construit que pendant « la bonne saison » qui durait au maximum 3 à 4 mois. Les travaux ont dû être arrêtés vu la deuxième guerre mondiale et l'impossibilité de faire quoi que ce soit, cela d'autant plus vu les turbulences que devaient subir non seulement les missionnaires mais également tout le peuple chinois, et également les minorités locales tels que les tibétains, lissous et loutses.

L'hospice est encore dans le même état où il se trouvait il y a près de 70 ans.

Si notre grand Pascal voulait faire une oeuvre dont tant la Suisse que le Valais, voire et surtout Martigny, seraient fiers, il pourrait donner un coup de main ou mieux encore, afin d'aider à ce que cette oeuvre que les chanoines du Gd-St-Bernard n'ont pu terminer, se termine sous l'égide de l'aide Suisse ou autre. Ce ne serait certainement pas trop demander à Pascal, lui qui a été un fidèle servant de messe de la paroisse de Martigny, et qui ne cache pas la foi qu'il a reçu à son baptême.

Daniel CIPOLLALATTION-MELLY-TORNAY-ROUILLER-TOLO ET LES PROBANISTES C69-8f