PROJET D'HOSPICE SELON LES MEP

Projet d'hospice sur la ligne de partage des eaux Mékong-Salouen.

Le but principal de la Congrégation fondée par Saint Bernard de Monjoux est de créer des Hospices aux abords des cols pour venir en aide aux voyageurs.
Messieurs les Chanoines Melly et Coquoz et leurs collaborateurs, le frère Duc et Monsieur Chappelet, tout en se préparant à Weisi, par l'étude de la langue chinoise à leur ministère de charité, ont, en 1931 et en 1933, cherché

un site convenable à la construction de l'Hospice en projet.

Vers le 28 de latitude Nord, exactement entre Latsa au Nord et Siao Weisi au Sud, la vallée du Mékong, profondément encaissée, est à 2.000 m. d'altitude environ. A la même latitude, la Salouen est à quelque 2 ou 300 m. au-dessous du Mékong. La chaîne, qui sépare ces deux fleuves, est à une altitude moyenne de 4.500 m. et quatre passes principales donnent accès d'un bassin dans l'autre. Ce sont du Nord au Sud :

Le Dokerla ( col de la pierre blanche ) 4.500 tn.. Cette passe située à l'extrémité du massif du Khaouakarpo 6.000 m. ) est très fréquentée par les pèlerins qui viennent nombreux vénérer le génie de la Neige Blanche ". Proche du massif qui, formant écran, retient les pluies sur le versant Salouen. cette passe, malgré son altitude est ouverte presque toute l'année.

Un hospice toutefois y aurait son utilité. Vers 1860, les premiers missionnaires du Thibet l'avaient compris, qui avaient acheté sur le versant Salouen un vaste terrain pour y construire un établissement hospitalier. Toutefois à cause de la proximité du Thibet indépendant, de la distance qui sépare le Dokerla de la Mission de Tsechung la plus rapprochée et partant de la difficulté du ravitaillement, la prudence conseilla de remettre à plus tard un établissement de ce genre.

Au pied du Dokerla est le hameau de Longdjreu ( 2.400 m. ) au confluent de deux torrents dont l'un vient du Khaouakarpo au N.-W. et l'autre du pic May ( pic Francis Garnier) 4.500 m., qui domine au Sud le col du Jedzongla ( col du carrefour) 4.000 m.. Cette passe qui constitue la route d'Atentze au Loutsekiang ou Salouen pourrait être ouverte toute l'année si les voyageurs étaient plus nombreux.

Généralement, les retardataires peuvent encore l'aborder dans les premiers jours de janvier et, dès le commencement d'avril, les courriers peu chargés peuvent l'emprunter. Le village de Long-djreu étant à la jonction des routes du Dokerla et du Jedzongla serait tout indiqué pour un hospice s'il n'était pas tant éloigné des cols ( 30 kilom. pour le Dokerla et 20 pour le Jedzongla ).

Derrière Tsechung, à l'ouest se dressent l'arête du Tchrana ( 3.200 m. ), le col du Sila ( 4.300 m.) et le col des Bambous jaunes ou Ghineseria ( 4.100 m.) qui séparent Tsechung de Bahang. Sur tout le parcours (45 à 50 kilom. ) il n'y a pas d'habitation. Le Sila ( passe froide exposée au Nord) ou col Giraudeau, à cause de son altitude, de son orientation et de l'abondance des pluies est impraticable de novembre à juin.

Le 9 juillet 1931, comme j'ai pu le constater, la passe présentait encore une croûte de neige de deux mètres ; sur le versant Mékong, les pentes étaient parsemées de champs de neige et la cuvette centrale disparaissait sous un pont formé par les avalanches. On comprend que. dans de telles conditions, le trafic ne soit pas considérable. Provisoirement, à défaut d'hospice, deux ou trois refuges solidement construits. pour remplacer les abris de fortune installés par les missionnaires, seraient d'une grande utilité pour aborder le Sila, le paradis des botanistes en attendant qu'il devienne celui des skieurs.

Reste enfin la passe de Latsa, au Sud ( du nom du village de Pra Latsa, sur la Salouen ). Elle est encore appelée Alola du nom du vallon dont les eaux se jettent dans le Mékong un peu au-dessus de Takhiao, ou Passe Dubernard en souvenir du missionnaire de Tsekou qui mourut martyr en 1905. Nom prédestiné et qui pourrait devenir définitif puisque les Chanoines du Grand-Saint-Bernard ont fait choix de cette passe.

Le Père André les a aidés dans cette tâche en construisant une piste qui rejoint la vallée de la Salouen à celle du Mékong. Cette route présente de nombreux avantages : elle permet de passer du Mékong dans la Salouen en une forte journée ( 13 h. ), elle n'offre qu'un col au lieu de deux ou trois ailleurs, et ce coi n'a que 3.800 m. d'altitude. Dès maintenant, cette route est plus fréquentée que celles que nous avons indiquées ci-dessus, le Dolterla excepté, et la fondation d'un hospice contribuerait encore à développer les relations. De plus le voisinage de deux vallons peuplés de Lissous, la proximité de la vallée du Mékong et de la Mission de Siao Weisi présentent des avantages qu'on ne trouve pas réunis plus au Nord.


Espérons que les difficultés diplomatiques ne viendront pas s'ajouter à celles de la nature.

dmc

ETE 1938 REALISATION 1ER ETAGE HOSPCIE