AMOUR DE DIEU

Quand parut en langue française L'Éveil de mademoiselle Prim, un roman d'une profondeur rarement inégalé ces derniers temps, L'Homme Nouveau avait pu réaliser un entretien avec son jeune auteur, Natalia Sanmartin Fenollera (cf. L'HN n° 1564 du 12 avril 2014). Journaliste au quotidien économique espagnol Cinco Dias, celle-ci n'a pas seulement conquis des millions de lecteurs (son livre a été traduit en de nombreuses langues),

mais elle ne cesse de porter son regard sur les réalités souvent les plus invisibles aux yeux embrumés de l'homme moderne. Elle a bien voulu nous faire le grand honneur de nous autoriser à publier cette méditation sur le plus immense des sujets : l'amour de Dieu.

Si quelqu'un n'ayant pas la foi me demandait lequel des enseignements du christianisme il m'a été le plus difficile d'accepter, je n'aurais pas à méditer longuement pour trouver la réponse. Il n'y a rien dans le Credo qui m'ait posé problème. Pas plus que dans les Commandements, ce qui ne signifie pas qu'il soit facile, bien au contraire, de les observer.

Je n'ai pas rencontré d'obstacles à la lecture de l'Évangile et je n'ai pas souvenir d'avoir une fois quelconque douté de la valeur des sacrements. Non, cela a été l'amour de Dieu, aussi surprenant que cela puisse paraître, ce qui m'a coûté tout un monde de douleur, d'effroi et de reconnaissance — exactement dans cet ordre — à accepter et à croire. C'est la charité divine comme don, qui est pour moi le mystère le plus grand de la foi chrétienne. L'idée d'être aimés jusqu'à l'extrême, d'être aimés avec nos blessures et cicatrices, de l'être comme un petit troupeau d'enfants fatigués et sales du voyage, comme l'exprime R. H. Benson dans ses merveilleuses Confessions d'un converti (1913) [1].

Le mystère que nous soyons aimés en dépit des trahisons et des chutes, quoique nous criions « Hosanna » un jour et « Crucifie-le !» le lendemain, alors que nous sommes incapables d'aimer ainsi les autres et que très curieusement nous le sommes pour nous aimer nous-mêmes : là réside pour moi la leçon la plus difficile du christianisme. Et elle l'est parce qu'il est très facile de la déformer. Il y a une part de notre coeur qui résiste à croire que nous puissions être aimés tels que nous sommes et qui conçoit la relation avec Dieu comme un examen fort difficile dont l'objectif est d'obtenir une note juste et méritée. Et il y a une autre, je ne sais si plus dangereuse mais en ce moment historique sans doute plus forte, qui comprend par être aimés de cette façon, celle de l'être sans avoir à renoncer au mal, l'assumant et l'accueillant comme une partie inséparable de nous-mêmes, une partie qui pour Dieu n'a aucune importance puisque Lui, il est amour.

Se regarder soi-même

Lorsque nous sommes enfants, on nous enseigne à aimer le pécheur et à haïr le péché. C'est une belle formule pour exprimer quelque chose de profond, de complexe, qui n'est pleinement possible qu'à Dieu. C.S. Lewis se plaisait à dire que pour seulement apprendre cette leçon, nous devons nous regarder nous-mêmes : nous connaissons nos défauts mais, pour autant, nous ne cessons de nous aimer.

Je ne sais pas si c'est une bonne image, parce qu'il n'est pas toujours facile de se pardonner à soi-même ; il ne l'est pas même quand on sait avoir été pardonné par Dieu. C'est la tentation de Judas et l'abîme de ceux qui abandonnent la foi quand ils se sentent indignes du pardon, fatigués d'eux-mêmes et de leur insuffisance, déçus de leurs tentatives pour se maintenir sur le chemin étroit, incapables de comprendre comment ils peuvent encore être aimés étant si sales de par le voyage.

Dieu est un grand pédagogue, avait pour habitude de dire un vieux prêtre qui a consacré toute sa vie à enseigner la foi aux enfants. Son école possède de nombreuses méthodes d'apprentissage. Pour certains, ainsi qu'il est advenu à quelques saints, il échoit ce que l'on pourrait appeler la méthode magique. Comme pour saint François d'Assise, jeune homme riche et gâté, embrassant un beau jour un lépreux pour qui il avait toujours ressenti une peur et une répugnance non point héroïques, mais assurément fort humaines. À d'autres leur est donnée la méthode de la douleur physique, comme ces malades qui rencontrent Dieu et comprennent son amour dans une vie de souffrance. Un autre groupe apprend avec les coups et les malheurs, avec la perte d'êtres chers, par les revers de la vie. Et il y a aussi une bande, située au fond de la classe, celle où nous apprenons par les chutes. Non en vertu de la chute elle-même — il n'y a pas trace de bien en cela —, mais par l'amour envers Dieu qui fait naître en notre coeur la grâce imméritée et gratuite du pardon.

Elle a beaucoup aimé parce qu'on lui a beaucoup pardonné, dit l'Évangile. Et c'est lorsque l'on contemple ce miracle qu'il est permis d'être conscient que le Saint des Saints aime avec passion les enfants sales du voyage ; Je les aime quoiqu'ils se baignent la plupart du temps parce qu'ils savent devoir se baigner, pas même parce qu'ils désirent se baigner, bien qu'ils détestent le bain et sont ravis de jouer dans la boue. C'est alors que l'émerveillement, la reconnaissance et la charité, dans cet ordre, ont prise dans l'âme. Il y a un mystère de joie et de magie en cela. Une joie mêlée de douleur, car tomber au sol fait mal la blessure fait mal, le sol fait mal, il est douloureux d'abandonner le jeu qui a occasionné la chute, il est douloureux de savoir que le lendemain peut-être on pourra de nouveau trébucher, mais c'est à la fois mystère et joie. Et quand cela se produit, quand on peut se placer dans une position correcte face à Dieu qui, physiquement, n'est autre que de s'agenouiller ou, mieux encore, de se prosterner au sol comme le font les chrétiens orthodoxes, c'est alors qu'il devient possible de se pardonner à soi-même et d'apprendre peu à peu et très maladroitement à aimer les autres.

Les contes de fées nous apprennent que, pour être aimable, d'abord durcissez} disent aup avec cette transcrite souffrant face au r notre coet de Dieu, avec notre le bien, lE si elles étt est pure fabriquor et qui est avec la do n'avons le grand Que Lui qui résiste à croire que nous puissions être aimés tels que nous sommes et qui conçoit la relation avec Dieu comme un examen fort difficile dont l'objectif est d'obtenir une note juste et méritée. Et il y a une autre, je ne sais si plus dangereuse mais en ce moment historique sans doute plus forte, qui comprend par être aimés de cette façon, celle de l'être sans avoir à renoncer au mal, l'assumant et l'ac¬cueillant comme une partie inséparable de nous-mêmes, une partie qui pour Dieu n'a aucune importance puisque Lui, il est amour.

Se regarder soi-même

Lorsque nous sommes enfants, on nous enseigne à aimer le pécheur et à haïr le péché. C'est une belle formule pour exprimer quelque chose de profond, de complexe, qui n'est pleinement possible qu'à Dieu. C.S. Lewis se plaisait à dire que pour seulement apprendre cette leçon, nous devons nous re¬garder nous-mêmes : nous connaissons nos défauts mais, pour autant, nous ne cessons de nous aimer.

Je ne sais pas si c'est une bonne image, parce qu'il n'est pas toujours facile de se pardonner à soi-même ; il ne l'est pas même quand on sait avoir été pardonné par Dieu. C'est la tentation de Judas et l'abîme de ceux qui abandonnent la foi quand ils se sentent indignes du pardon, fatigués d'eux-mêmes et de leur insuffisance, déçus de leurs tentatives pour se maintenir sur le chemin étroit, incapables de comprendre comment ils peuvent encore être aimés
étant si sales de par le voyage.

Les contes de fées nous apprennent que, pour être aimable, une chose doit d'abord être aimée. « N 'endurcissez pas vos coeurs » nous disent auparavant les Psaumes avec cette splendide beauté transcrite depuis le Ciel. Si la souffrance et la désespérance face au péché endurcissent notre cœur et nous éloignent de Dieu, si elles en finissent avec notre aptitude à distinguer le bien, la vérité et la beauté, si elles étouffent cette joie qui est pure magie que nous ne fabriquons pas nous-mêmes et qui est compatible même avec la douleur, c'est que nous n'avons pas encore accepté le grand mystère.
Que Lui est amour.

Natalia Sanmartin Fenolera - OXFORD {ANGLETERRE), OCTOBRE 2016. Trad. Christian de Cussac. -  Extrait tiré de la revue bi-hebdomadaiire de l'"HOMME NOUVEAU"

(I). R.H. Benson, Confessions d'un converti, Éd. de L'Homme Nouveau, 260 p., 15 €.

dmc