CHRISTIANOPHOBIE DANS LA THEOLOGIE ISLAMIQUE

"Pour l'islam, chrétiens et juifs détiennent seulement une partie de la révélation abrahamique

et Jésus est, à l'instar des autres Prophètes et de Mahomet, un simple envoyé de Dieu purement humain qui n'est jamais mort sur la Croix. Les chrétiens sont accusés, comme les juifs, d'avoir falsifié (harrafa*) les Écritures, lesquelles auraient « annoncé la venue de Mahomet ». Plus grave encore, ils auraient commis l'erreur impardonnable de « diviniser » le Christ, donc de déifier un homme, pire des erreurs en islam, religion fondée sur le principe de l'unicité absolue de Dieu (tawhid*).

Aussi, le dogme de la Trinité (Le Mystère de la Trinité, érigé en dogme fondamental du christianisme lors du Concile oecuménique de Nicée convoqué par l'empereur païen Constantin en 325, a été reconnu par toutes les Églises chrétiennes, excepté l'Arianisme. Pour les musulmans, la Trinité est une résurgence du paganisme gréco-romain dont était imprégné Constantin reproché aux chrétiens, est dénoncé par le Coran sous le terme péjoratif de shurk* (« association »), qui désigne autant les idolâtres (mushrikin* : « associationnistes ») que les chrétiens trinitaires. « La foi en Dieu est commune entre vous, chrétiens, et les idolâtres, tandis que la foi musulmane n'est pas semblable à la foi chrétienne » expliquent les théologiens égyptiens d'Al-Azhar (Revue officielle de l'Université d'Al-Azhar, 1979, citée par Péroncel-Hugoz, in Le Radeau de Mahomet, p. 27) la plus importante université de l'orthodoxie islamique sunnite. Véritables « théophages », puisque lors de la communion ils mangeraient un « Dieu fait chair », les chrétiens sont, aux yeux des musulmans orthodoxes et des intégristes, bien plus proches des païens que des juifs. À la lecture de ces phrases incendiaires envers les chrétiens assimilés aux polythéistes, on comprend pourquoi les chrétiens coptes sont honnis par des millions d'Égyptiens fanatisés par les théologiens d'Al-Azhar. C'est également pour cette raison que, afin d'échapper à l'accusation « d'associationnisme », les chrétiens d'Orient ont pris l'habitude, au cours des siècles, de faire leur signe de croix en ajoutant, après « au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit (bismall 'ab, wal eben wa rouh al Qoudous), au « dieu unique amen » (Illahen wahed amin).

Pour justifier les massacres envers les chrétiens, les sourates du Coran les assimilant aux « idolâtres » (IX, 29, 30 ; XXXI, 13 ; IV, 48 ; XV, 94) apparaissent pour les intégristes plus adaptées à notre époque sécularisée que celles soulignant l'ascendance mosaïque et abrahamique commune. Dans la légis¬lation sunnite chaféite*, pourtant plus souple que les écoles sunnites hanbalite* et malikite*, si « le juif et le chrétien valent le tiers d'un musulman ; le pyrolâtre (zoroastrien), et même l'idolâtre, lorsqu'il a obtenu un sauf-conduit (amân), en vaut un quinzième » (Nawawi, Minhâdj at-Tâlibin, III, p. 152 ; El-Qayrawâni, La Risala, p. 245).

L'intégralité de l'être de l'Infidèle (kafir) est « impure », explique l'islamiste pakistanais Mawdoudi, qui inspire la plupart des intégristes du Pakistan prônant l'élimina¬tion des non-musulmans, « chaque organe de son corps — son cerveau même, ses yeux, son nez, ses mains, ses pieds —, se plaindra de l'injustice et de la cruauté qu'il leur impose. Chaque partie de son être le dénoncera devant Dieu qui, étant la source de la justice, le récompensera avec le plus grand châtiment qu'il
mérite. Cela est la conséquence misérable du Kufr »I. C'est d'ailleurs cette impureté intrinsèque des non-musulmans qui fonde l'interdiction, par le Coran (IX, 29), de leur présence sur les deux territoires sacrés et interdits (haramain) de La Mecque et de Médine, réservés aux seuls musulmans.

Enfin, le christianisme est encore plus dangereux aux yeux des musulmans que le judaïsme, car il a vocation à évangéliser l'humanité. Partout en effet en pays islamique, l'un des mobiles des violences antichrétiennes est le prosélytisme, véritable phobie des religieux musulmans. Dans la vulgate islamiste christianophobe, le prosélytisme, renvoie à la fois aux croisades, au colonialisme et à « l'impérialisme » des néo-conservateurs américains évangéliques qui ont envahi l'Irak et dont les missionnaires protestants tenteraient de « convertir les musulmans » avec l'aide des chrétiens autochtones."

Extrait tiré de "Pouruqoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? - La nouvelle christianophobie" d'Alexandre del Valle - éditions MAXIMA - Paris 2011.

dmc