L'ENFER EST-IL VIDE ?

La parole de Dieu est claire : Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés

et parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4 ; 2 P3, 9).

Simultanément, la même parole présente une réalité réservée à celles et ceux qui décident de se dérober à l'amour fraternel et à la miséricorde divine. Cette réalité, c'est l'enfer, qui est un thème majeur dans la prédication de Jésus : «Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges » (Mt 25,41).

Comment donc concilier la volonté du salut pour tous et la réalité de l'enfer pour certains? Jésus nous dit que «beaucoup sont appelés, mais peu sont élus » (Mt 22, 14). Cette phrase a donné lieu à une vaste littérature sur le salut des personnes, leur nombre ou leur prédestination... Face à ces thèses, certains auteurs ont développé l'idée d'un enfer « hypothétique » : l'enfer existe certes, mais il est possible d'espérer un salut universel où personne ne serait damné. L'enfer apparaît alors comme une possibilité, voire une menace, mais pas comme une réalité. C'est «l'espérance pour tous » (Hans Urs von Balthasar).

D'autres ont parlé de l'enfer « provisoire » : à la fin des temps, tous —  anges déchus et hommes "damnés" — seront rétablis dans la communion d'amour avec Dieu. Cette doctrine de la restauration universelle (apocatastase) défendue par Origène IIIe s.) a été reconnue par l'Église comme contraire à la parole de Dieu. Cette double conception de l'enfer comme «vide » ou « à la fin vidé » semble séduisante, mais elle s'oppose à deux principes essentiels de notre foi : l'amour infini et miséricordieux de Dieu, et la grandeur de la liberté humaine.

Le Dieu d'amour ne peut pas nous forcer à Lui dire « oui » : l'amour qui s'impose s'appelle un viol. Autrement dit, si Dieu est amour, l'enfer en est une exigence incontournable : au nom de l'amour, il est nécessaire qu'il y ait un « lieu » hors de Dieu pour que ceux qui refusent de L'aimer puissent ne pas se voir imposer sa « vision ». L'Apocalypse nous révèle qu'un tiers des anges se dérobèrent à l'amour et suivirent Lucifer dans sa chute (Ap 12, 4).

L'enfer est donc peuplé de ces anges déchus qui apparaissent pour nous comme une révélation de la grandeur de la liberté : celle-ci peut acquiescer à l'amour, mais aussi se dresser contre la miséricorde infinie de Dieu. C'est du sérieux ! La parole de Dieu au sujet des fins dernières constitue alors « un appel à la responsabilité avec laquelle l'homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel et un appel pressant à la conversion » (Catéchisme de l'Église catholique § 1036). Le cardinal Journet affirme qu'en enfer aucune créature n'aura même l'idée d'accuser Dieu de se trouver en ce lieu, tellement elle sait avec certitude que c'est elle-même qui a choisi ne pas vivre dans l'amour de Dieu.

L'Église, donc, affirme l'existence réelle de l'enfer et son éternité tout en priant sans cesse pour que personne ne se perde. À la question « Combien y aura-t-il d'élus? », Jésus répond en renvoyant à la responsabilité personnelle : «Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite ! » (Lc 13,23-28). «Oh when the saints, go marchin'in... » quand les saints s'avanceront, je veux être du nombre ! 

Nicolas Buttet -  Fondateur de la fraternité Eucharistein (Suisse - Valais - Epinnassey)(F.C.N°2080 du 25 novembre au 1er décembre 2017)

L'amour infini de Dieu et la grandeur de la liberté humaine s'opposent à un enfer vide.

dmc