DEUX ETENDARDS

« Une voie à laquelle nous disons « non » et

une voie à laquelle nous disons « oui ».

L'autre élément du rite baptismal est la parole, et cette parole se présente sous trois éléments renoncements, promesses, invocations_ Il est important que ces paroles ne soient donc pas seulement des paroles, mais soient un chemin de vie. Dans celles-ci se réalise une décision, dans ces paroles est présent tout notre chemin baptismal - tant pré-baptismal que post- baptismal - à travers ces paroles et également à travers les symboles, le baptême s'étend à toute notre vie.
Cette réalité des promesses, des renoncements, des invocations, est une réalité qui dure toute notre vie, car nous sommes toujours en chemin baptismal, en chemin catéchuménal, à travers ces paroles et la réalisation de ces paroles.

Le sacrement du baptême n'est pas un acte d'une heure, mais une réalité de toute notre vie, c'est un chemin de toute notre vie. En réalité, derrière cela, il y a également la doctrine des deux voies, qui était fondamentale au début du christianisme une voie à laquelle nous disons « non »et une voie à laquelle nous (lisons « oui».

Commençons par la première partie, les renoncements.

Ils sont au nombre de trois et je prends avant tout le deuxième « Renoncez-vous aux séductions du mal pour ne pas vous laisser dominer par le péché ? ».
Que sont ces séductions du mal ? Dans l'Église antique, et encore pendant des siècles, il y avait l'expression « Renoncez-vous aux pompes du diable ? », et aujourd'hui, nous savons ce que l'on entendait par cette expression « pompes du diable ». Les pompes du diable étaient surtout les grands spectacles sanglants, où la cruauté devient divertissement, où tuer des hommes devient quelque chose de spectaculaire le spectacle devient la vie et la mort d'un homme. Ces spectacles sanglants, ce divertissement du mal sont les « pompes du diable », où il apparaît sous une apparente beauté mais en réalité, il apparaît sous toute sa cruauté. Mais au-delà de cette signification immédiate de la parole « pompes du diable », on voulait parler d'un type de culture, d'un way of life, d'un mode de vivre où ne compte plus la vérité mais l'apparence, où l'on ne recherche pas la vérité, mais l'effet, la sensation, et, sous le prétexte de la vérité, en réalité, on détruit les hommes, on veut détruire et ne se créer que soi-même comme vainqueurs. Ce renoncement était donc très réel : c'était le renoncement à un type de culture qui est une anti-culture, contre le Christ et contre Dieu. On décidait contre une culture qui, dans l'Evangile de saint Jean, est appelée « kosmos houtos », « ce monde ». Avec « ce monde », naturellement, Jean et Jésus ne parlent pas de la Création de Dieu, de l'homme en tant que tel, mais parlent d'une certaine créature qui est dominante, qui s'impose comme si c'était cela le monde, et comme si c'était cela la façon de vivre qui s'impose.

Je laisse à présent à chacun de vous le soin de réfléchir sur ces « pompes du diable », sur cette culture à laquelle nous disons « non ». Être baptisés signifie précisément en substance s'émanciper, se libérer de cette culture.

Nous connaissons également aujourd'hui un type de culture dans laquelle la vérité ne compte pas; même si apparemment, on veut faire apparaître toute la vérité, seule la sensation compte et l'esprit de calomnie et de destruction. Une culture qui ne recherche pas le bien, dont le moralisme est, en réalité, un masque polir tromper, créer la confusion et la destruction. Contre cette culture, dans laquelle le mensonge se présente sous la forme de la vérité et de l'information, contre cette culture qui ne recherche que le hien-être matériel et nie Dieu, nous disons « non ».

Nous connaissons bien également à partir de nombreux Psaumes cette opposition entre une culture dans laquelle on semble intouchable contre tous les maux du monde, on se place au- dessus de tous, en particulier de Dieu, alors qu'au contraire, c'est une culture du mal, une domination du mal_

Et ainsi, la décision du baptême, cette partie du chemin néocatéchuménal qui dure toute notre vie, est précisément ce « non », prononcé et réalisé à nouveau chaque iour, même à travers les sacrifices qu'exige le fait de s'opposer à la culture dominante, en grande partie dominante, même si elle s'imposait comme si elle était le monde, ce monde : ce n'est pas vrai Et il y a également de nombreuses personnes qui désirent vraiment la vérité.

Ainsi, nous arrivons au premier renoncement : « Renoncez-vous an péché pour vivre dans la liberté des fils de Dieu ? »

Aujourd'hui, liberté et vie chrétienne, observance des commandements de Dieu, vont dans des directions opposées; être chrétiens serait comme un esclavage; la liberté signifie s'émanciper de la foi chrétienne, s'émanciper - en fin de compte - de Dieu.

Le terme de péché apparaît à de nombreuses personnes presque ridicule, car elles disent . « Mais comment! Nous ne pouvons pas offenser Dieu ! Dieu est si grand, cela ne l'intéresse pas si je conunets une petite erreur ! Nous ne pouvons pas offenser Dieu, son intérêt est trop grand pour que nous l'offensions ». Cela semble vrai, mais ce n'est pas vrai. Dieu s'est fait vulnérable. Dans le Christ crucifié, nous voyons que Dieu s'est fait vulnérable, Il s'est fait vulnérable jusqu'à la mort. Dieu s'intéresse à nous parce qu'il nous aime et l'amour de Dieu est vulnérabilité l'amour de Dieu signifie que notre première préoccupation doit être ne pas blesser, ne pas détruire son amour, ne nen faire contre son amour car sinon, nous vivons aussi contre nous-mêmes et contre notre liberté. En réalité, cette apparente liberté dans l'émancipation de Dieu devient immédiatement un esclavage de nombreuses dictatures du temps, qui doivent être suivies pour être considérées à la hauteur du temps.
Et enfin : « Renoncez-vous à Satan ? ». Cela nous dit qu'il y a un « nui » à Dieu et un « non » au pouvoir du Malin qui coordonne toutes ces activités et veut se faire le dieu. de ce monde, comme nous le dit encore saint Jean. Mais il n'est pas Dieu, il n'est que l'adversaire, et nous ne nous soumettons pas à son pouvoir ; nous disons «non» parce que nous disons « oui », un « oui » fondamental, le « oui » de l'amour et de la vérité.

«Croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant, Créateur ; en Jésus Christ et, enfin, en l'Esprit Saint et en l'Église ? »

La formule positive du baptême est aussi un dialogue elle n'est pas simplement une formule. Surtout, la confession de la foi n'est pas seulement une chose à comprendre, une chose intellectuelle, une chose à mémoriser - même si c'est aussi cela, bien sûr - elle touche aussi à l'intelligence, elle touche aussi avant tout à notre existence. Et cela me semble très important. Ce n'est pas quelque chose d'intellectuel, une pure formule. C'est un dialogue de Dieu avec nous, une action de Dieu avec nous, et notre réponse, c'est un chemin.

La vérité du Christ ne peut se comprendre que si sa voie est comprise. Ce n'est que si nous acceptons le Christ comme une voie en commençant réellement à être dans la voie du Christ que nous pouvons aussi comprendre la vérité du Christ.

La vérité qui n'est pas vécue ne s'ouvre pas; seule la vérité vécue, la vérité acceptée comme mode de vie, comme chemin, s'ouvre aussi comme vérité dans toute sa richesse et sa profondeur. Cette formule est donc une voie, c'est une expression de notre conversion, d'une action de Dieu. Et nous voulons réellement que cela soit présent dans toute notre vie également être en communion de chemin avec Dieu, avec le Christ. Et ainsi, nous sommes en communion avec la véi : en vivant la vérité, la vérité devient la vie et en vivant cette vie, nous trouvons aussi la vérité.

Lectio DIVINA- de Benoît XVI, le 11 juin 2012.

dmc