Tsekou par le Père Dubernard des MEP

➢ Le fondateur et pionnier de cette mission est le Père Jules Etienne DUBERNARD (1840-1905) ; il est né à Ussel (Corrèze) le 8 août 1840. Ses parents, avec sept enfants, exploitaient un hôtel sous l'enseigne « Au Lion d'Or ».

➢ Il est ordonné prêtre le 19 décembre 1863 par l'Archevêque de Paris, Mgr DARBOY (qui est tombé en faiblesse après avoir consacré les prêtres par l'imposition des mains, avec pour résultat qu'il a dû être réordonné par Mgr Thomine DESMAZURES, vicaire apostolique du Thibet, de passage à Paris).

➢ Il est parti à la mi-mars 1864 pour la mission thibétaine avec le Père Félix BIET, via Messine, Le Caire (le Canal de Suez pas terminé), Aden, Ceylan, Singapour, Saïgon et Shanghaï.

➢ A partir de Shanghaï, ils remontent le Fleuve Bleu en vapeur américain pendant 4 ou 5 jours, soit de Shanghaï jusqu'à Hangzhou, puis ils utilisent des barques pendant 50 ou 60 jours, ils passent à Chongqing. Peu après, le fleuve est encaissé entre deux murailles de granit qui s'élèvent à perte de vue avec une lutte perpétuelle contre le courant, parfois avec jusqu'à 20 à 30 hommes pour tirer la corde du bateau, le tout jusqu'à Kuitchoufou et enfin Chengdu. Enfin, après 12 jours de marche, ils arrivent à Tatsienlou (actuellement Kangtin).

➢ Ils arrivent à Tatsienlou le 5 octobre 1864, ils sont reçus par le Père GOUTELLE (chassé du Tibet par les lamas), supérieur de la mission jusqu'à l'arrivée du vicaire apostolique Thomine DESMAZURES.

➢ Le Père DUBERNARD est envoyé auprès du Père FAGE à Kiangka et les Pères Félix et Alexandre BIET devront essayer de se rendre à Bonga et, le Père CRABOUILLET à Bathang.

➢ Le Père DUBERNARD fait le voyage avec les Pères BIET (en route pour Bonga) jusqu'à Lithang, puis Batang (responsable le Père FAGE – qui avait laissé à Kiangka ses orphelins), puis Kiangka.

➢ En octobre 1864, les Anglais sont à huit jours de Lhassa et menacent d'envahir le pays.

➢ En « octobre » 1865, les missionnaires sont chassés de Kiangka (où est enterré le Père RENOU – premier missionnaire thibétain) (et destruction totale de Bonga (incendie)). Les premiers missionnaires étaient, hormis le Père RENOU, les Pères DESGODINS, GOUTELLE et FAGE.

➢ Les pères et les chrétiens se réfugient à Kionatong (qui se trouve à un jour de Bonga) ; ils sont tout de même toujours poursuivis par les lamas, Le Père DURAND voulait fuir mais le Père Alexandre BIET voulait attendre l'orage ; ainsi, le Père DURAND, arrivé au bord du fleuve (Salouen), se laisse glisser le long de la corde qui sert de pont. Alors qu'il était au milieu du fleuve, une balle l'atteignit, les uns disent en pleine poitrine, les autres à la tête. Son corps inerte tombe dans les eaux et ne fut retrouvé que 22 jours plus tard.

➢ Ainsi, les missionnaires quittent la vallée qui mène au Tsarong ; les Pères Auguste DESGODINS et Félix BIET s'établirent aux Salines (Yerkalo). Les Pères Alexandre BIET et Jules DUBERNARD s'établissent à Tsekou. C'est surtout ce dernier qui s'occupa de cette communauté de chrétiens, assez souvent seul, de 1865 à sa mort en 1905.

➢ En 1868, visite à Tsekou d'un Anglais dénommé COOPER.

➢ En 1869, arrivée de deux renforts soit le Père BRIEUX, qui se fixe à Batang, et le Père GIRAUDEAU à Yerkalo (ce dernier parlait le thibétain au bout de deux mois, il était capable de prêcher après trois mois d'exercice).

➢ En 1880, visite à Tsekou de riches voyageurs Hongrois, ce qui entraîne des soulèvements et des ordres de Lhassa de chasser les missionnaires de Tatsienlou, Batang, Yerkalo, Atentse et Tsekou.

➢ Ainsi, la maison du Père GIRAUDEAU à Yerkalo a été incendiée trois fois en 1880.

➢ En 1881, arrivée d'un renfort à Tsekou, à savoir le Père LEARD, qui va ensuite fonder la mission de Siao Weisi.

➢ Le 8 septembre 1881, le Père BRIEUX est tué sur le chemin de Batang à Yerkalo, lors du transport de caisses de matériel.

➢ En 1881, le Père DESGODINS est allé à Calcutta faire imprimer en thibétain toute une série de livres de religion.

➢ En 1887, les missionnaires sont chassés de Yerkalo et le Père DUBERNARD de Tsekou. Ils trouvent refuge à Yetche. De plus, la résidence d'Atentse (Deqin) est la proie des flammes.

➢ En 1889, le Père BOURDONNEC, chassé de Yerkalo, vient aider le Père DUBERNARD pour le catéchisme et reste compagnon du Père DUBERNARD pendant 4 ans et aussi aide du Père GENESTIER.

➢ En 1891, visite à Tsekou d'Henri D'ORLEANS.

➢ En 1897, le responsable du vicariat apostolique du Tibet est Mgr GIRAUDEAU, le Père SOULIE se trouve à Yaregong, le Père GRANDJEAN à Batang et le Père GENESTIER à Atentse (ce dernier eut pour mission de fonder une mission dans le Loutsekiang (Nujiang – Salouen) en 1899).

➢ En 1901, arrivée à Tsekou du Père Théodore MONBEIG. Ce dernier fonda, en 1904 un noviciat de vierges destinées à devenir maîtresses d'écoles et catéchistes.

Suite à l'expédition conduite pas le Colonel anglais Younghusband à Lhassa (août 1904), le pouvoir lamaïque fait renvoyer tous les pères étrangers, sauf dans la Salouen.

➢ Ainsi en 1905, de nouvelles violences s'abattent sur les missions thibétaines :

a. Le 03.04.1905, le Père MUSSOT, à Batang, a été torturé pendant 6 ou 8 jours, fut attaché en croix et a servi de cible aux balles des lamas jusqu'à ce que mort s'en suive.
b. Le 13 avril 1905, le Père SOULIE a été fusillé à Yaregong et jeté à l'eau. Il avait été compagnon du Père DUBERNARD à Tsekou.
c. Le 22 juillet 1905, le Père BOURDONNEC, exilé de Yerkalo, tomba dans une embuscade près de Yetché et meurt sous les balles des Thibétains. Sa tête, son cœur et son foie sont apportés aux chefs de la révolte.
d. Le 26 juillet 1905, le Père DUBERNARD eut la tête tranchée après le 3ème coup de sabre et cela sur la rive droite du Mékong. Il est précisé que les Thibétains voulaient emmener tant le Père BOURDONNEC que le Père DUBERNARD à la lamaserie d'Atuntse afin de les exécuter à cet endroit-là.
e. Les têtes des Pères DUBERNARD et BOURDONNEC sont rapportées à lamaserie d'Atuntse, têtes qui furent récupérées par un chrétien lors du siège d'Atuntse et rapportées à Siao Weisi. Les Pères DUBERNARD et BOURDONNEC ont été enterrés à la droite de la chapelle du Sacré-cœur à Tsekou.

Propos tirés de « Tibet, Mission Impossible » - lettres du Père Etienne Jules DUBERNARD (1864-1905). Edition Le Sarment – Fayard, 1990

DMC