ORDINATIONS DU 16 JUIN 2018

MÉTAMORPHOSES Deux des prêtres qui célébreront la messe avec le pape jeudi à Palexpo (Geneve-CH) ont été ordonnés samedi. Dans une autre vie,
l'un d'eux, Valaisan, était un

grimpeur d'élite.

En ce samedi 16 juin à Vérolliez (VS), 2000 personnes sur leur trente et un trépignent assis sous une tente au fond de laquelle trône un autel. S'il n'y avait pas tant de scouts et de curés en soutane, on jurerait qu'ils s'apprêtent à assister à un mariage. Et en un sens, c'est de cela qu'il s'agit. L'un des deux «héros» du jour s'appelle Didier Berthod. Dans quelques minutes, le Valaisan de 36 ans sera ordonné prêtre. Il rayonne. «Pour nous, c'est comme un mariage avec Dieu», lâche Johannes d'Autriche, son camarade (lire ci-contre).

Père Berthod ne sera jamais un curé lambda. Non pas parce que, comme Johannes d'Autriche, sa première messe sera concélébrée ce jeudi en compagnie du pape à Palexpo, mais car son chemin de foi de Bramois (VS) était le petit prince de l'escalade en fissure. Le documentaire «First Ascent» témoigne de cette autre vie. Celle «d'un clochard de luxe», alternant boulots en Suisse et séjours à l'étranger en quête de voies. <deux boîtes de conserve suffisait à nous nourrir 24 h. On grimpait toute la journée, et dormir à la belle étoile n'était pas rare. Ça se voulaut punk mais j'étais en réalité un ado gâté qui, au moindre problème, avait un camp de base chez papa maman», lâche Berthod.

Un passé "rock'n'roll»

L'ordination se déroule au pied de la falaise de Saint-Maurice qui cache un ermitage, où en un sens tout a commencé, et quelques voies d'escalade... Berthod les connaît bien. Son ami Fred Moix, , qui immortalise la cérémonie pour lui, aussi. «Je respecte les choix de Didier même si je n'y adhère pas totalement», assume le quadragénaire. Le grimpeur-photographe est l'un des rares amis du passé à être resté en contact avec Berthod. Très peu d'autres ont accepté son soudain changement de vie. Plusieurs le voient d'ailleurs toujours comme un «pétage de plombs».

Au temps de la grimpe, seul le crucifix au cou de leur ami laissait présager de sa métamorphose. Dans la tribu des grimpeurs, le Valaisanne dépareille que par son talent. Sa gueule d'ange, son sourire d'homme-enfant et son corps musculeux font craquer les filles. «Un jour en l'espace de 24 heures, j'aurais pu être l'amant de quatre femmes», se souvient-il, sans préciser à quel point il avait résisté à la tentation. Le prodige ne crache pas non plus sur un joint de temps en temps, et il lui arrive de grimper «du THC ou de l'alcool dans les veines».

Changement de voie radical

Mais c'est l'escalade qui devient sa véritable «addiction», et elle est de plus en plus souvent synonyme de «semi-dépression». Dès 2001-• Berthod y trouve de moins en moins l'élévation qu'il y cherchait entre une lecture de saint François d'Assise et une de Platon, et se l'avoue de plus en plus. La foi l'habitant depuis l'enfance le pousse dans ses retranchements, comme sa mère Yvonne l'espérait. «J'ai toujours su que Didier deviendrait prêtre. Gamin, il priait beaucoup», confesse, radieuse, cette fervente catholique avant la cérémonie. Elle est accompagnée de son mari et de leurs trois autres enfants. Deux d'entre eux sont guides de montagne. Didier, leur aîné surdoué, aurait dû être le troisième.

Malgré ses doutes, plaquer l'escalade l'effraie. Il fuit cette peur, et sa fuite a pour nom «Cobra Crack», une voie canadienne, qui est le saint Graal des grimpeurs d'alors. Didier se promet d'être le premier à la «libérer». Mais la «providence» et les ligaments de son genou droit en décident autrement. Le 3 juin 2006, jour de la Pentecôte, ils lâchent alors que le Valaisan est à deux doigts de réussir. «Je l'ai immédiatement accepté, se souvient-il. Cet événement me libérait de la détresse dans laquelle m'avait plongé le décalage entre mon idéal chrétien et ma vie...»  Derrière cette soufrance se cache aussi une histoire de femmes difficile à digérer. «J'en parle lorsqu'on m'interroge mais je ne souhaite pas le faire dans un article», précise l'ex-sportif.

Expérience mystique et sevrages

Une expérience mystique suivra. Le soir même de sa blessure, alors que Didier Berthod est assis dans la pénombre sous sa tente, une lumière s'impose en lui et la présence de Dieu avec. Elle lui révèle sa face ténébreuse, son narcissisme et son égocentrisme jusque-là cachés derrière un personnage de petit prodige sympa. «Il y avait en moi une grosse part d'orgueil blessé. Je voulais être reconnu et j'avais fini par ressembler à celui que je ne voulais pas être...», avoue Berthod. Les deux premières années de sevrage» de l'escalade au sein de la Fraternité Eucharistein sont corsées. Au fil du temps, frère Didier fait face à ses angoisse. Il les pèle comme il pèlerait un oignon Chaque couche enlevé le rapproche de sa nature véritable. Et ce jusqu'à le retrouver en prosternation au pied de l'autel, en ce samedi d'ordination, tandis qu'un choeur de voix cristallines entonne des chants sacrés. Devant le trentenaire, une magnifique icône spécialement réalisée pour l'occasion, résume tout. On peut y lire: "Pour moi, vivre c'est le Christ". . .Laurent Grabet - Le Matin du 19 juin 2018

Un jeune prêtre au sang bleu - JOHANNES D'AUTRICHE

«Un jour de 2007, lors d'une messe, j'ai compris avec le coeur que j'étais fait pour Dieu et  Dieu pour moi», explique Johannes d'Autriche. Tout comme son «frère» Didier, pas grand-chose dans son passé ne semblait l'y préparer. Ce Fribourgeois d'adoption de 37 ans est l'un des arrière-petits-fils de Charles de Habsbourg, dernier empereur d'Autriche. Avant de se lancer dans des études de théologie puis dans la prêtrise, il fut un banquier d'affaires à succès à Paris. « Extérieurement, j'étais comblé en tout point mais, intérieurement, je me sentais seul et vide», confesse-t-il. Son chemin s'inscrit dans la tradition familiale, car Charles et Zita de Habsbourg étaient connus pour leur foi et leur souci des pauvres. Trois de ses sept frères et sœurs ont également choisi la vie religieuse au sein de la Fraternité Eucharistein. Ce parcours atypique n'a d'ailleurs p échappé à nos confrères de «Point de vue», le magazine du gotha, qui couvrait l'ordination.

FRATERNITÉ EUCHARISTEIN

Si le médiatique Père Nicolas Buttet n'avait pas passé cinq ans en ermite dans la falaise de Saint-Maurice (VS), ni Didier Berthod ni Johannes d'Autriche ne seraient peut-être devenus prêtres! Le Valaisan de 56 ans a un passé d'étudiant surdoué, d'homme à femmes, de député PDC et d'avocat aux dents longues. Sa rencontre avec le sadique de Romont, dont il était un représentant, a joué un rôle important dans son changement de vie. «Être confronté à quelqu'un capable du mal absolu m'a bouleversé et mis sur un chemin de foi.» Ce chemin passera donc par l'ermitage de Notre-Dame¬du-Scex. «Des jeunes en recherche ou en difficulté sont montés me voir là- haut. Certains venaient «se faire le tronc» et d'autres se suicider», se souvient Nicolas Buttet, qui avait sauvé deux de ceux-là. L'idée de fonder une communauté naît là. Le don providentiel d'une grande ferme voisine à Épinassey fait le reste. La Fraternité Eucharistein compte aujourd'hui quatre maisons.Une quarantaine d'hommes et de femmes, dont les Pères Berthod et Johannes, y vivent de dons dans fa chasteté. Ils y accueillent des personnes rencontrant des problèmes de drogue, de prostitution ou de violences. Certains participaient d'ailleurs joyeusement à l'ordination. Longtemps mal vue et taxée de secte, la communauté est aujourd'hui mieux acceptée en Valais. Mais elle avait dû passer par Mgr Rey, évêque  di diocèse de Fréjus-Toulon, qui présidait aux ordinations samedi, pour obtenir une  reconnaissance officielle de l'Eglise.  

(Le Matin du mardi 20 juin 2018 - Laurent Grabet).

dmc en la fête de Saint Benoit 

Soeurs et fréres de la FRATERNITE EUCHARISTEIN sur le champ des martyrs de la légion thébaine

fraternite EUCHARISTEIN Le 16.06.2018

 

Idem avec l'Evêque du diocèse de Fréjus-Toulon, de l'archevêque maronite de Damas, et l'Evêque du diocèse de Sion, et lors des ordinations étaient aussi présents entre autres le Père Abbé de Saint Maurice et le Prévôt des Chanoines du Grand Saint Bernard

VOEUX DEFINITIFS 16.06.18