LES VICTIMES COLLATERALES DES MINES DE JADE

Suite à un glissement de terrain dans une mine de jade dans l'État Kachin, dans le nord de la Birmanie, l'Église et les organisations de défense des Droits de l'Homme demandent au gouvernement de renforcer les règles

concernant l'activité minière. Bien que la Birmanie fournisse plus de 80 % des ventes de rubis dans le monde, des décennies d'isolement ont entraîné une culture du secret autour de cette industrie. Le jade représentait, en 2014, 31 milliards de dollars, soit près de 50 % du PIB birman.

L'Église en Birmanie et les défenseurs des Droits de l'Homme ont élevé la voix contre les pratiques qui portent atteinte à l'environnement, dans l'industrie minière du jade au Kachin, qui représente un marché de plusieurs milliards de dollars. Le 14 juillet, un glissement de terrain dans une vieille mine de jade de Hpakant a entraîné au moins 15 morts et 45 blessés, selon un communiqué du gouvernement publié le 15 juillet. Selon le père Lucas Dau Hkawng, curé de la paroisse Saint-Patrick de Hpakant, au moins 50 chrétiens du Kachin se trouvaient parmi les morts et les blessés.

« Franchement, il s'agit d'une guerre économique. Les parties concernées comme les militaires et les groupes ethniques armés se combattent, parlent de paix et de partage des profits engendrés par les ressources naturelles, au détriment des vies humaines », dénonce-t-il. Le père Dau Hkawng soutient que le gouvernement et tous les citoyens devraient se sentir concernés par l'environnement, car la population a souffert de mauvaises pratiques. Le pire accident qu'ont connu les mines de jade birmanes est survenu le 21 novembre 2015 lors d'un glissement de terrain, dans lequel 110 ouvriers ont perdu la vie.

31 milliards en 2014 : 50 % du PIB

Christina Kai Ra, présidente du département des femmes de la fondation Kachin National Social Development, basée à Hpakant, confie que la dignité humaine est négligée chaque fois que les travailleurs perdent la vie dans les glissements de terrain dans les mines de jade. « Nous avons demandé à de nombreuses reprises d'arrêter l'utilisation de machines industrielles pour l'exploitation des mines de jade, mais le gouvernement refuse d'écouter les voix venant de la société civile et du peuple », regrette Kai Ra, un militant catholique. Steven Tsa Ji, secrétaire général Kachin Development Networking Group, affirme qu'il s'agit d'une catastrophe provoquée par l'activité humaine, ainsi qu'une industrie peu régulée dans une région anarchique, et que les compagnies concernées n'ont pas assumé leur responsabilité.

Steven condamne fermement le gouvernement qui n'a pas su réguler l'industrie du jade face aux accidents qui provoquent chaque année des pertes humaines. « Il est temps, pour le gouvernement, de se demander comment réguler les sociétés liées aux dirigeants militaires et leurs associés », demande-t-il. L'État Kachin et ses riches ressources naturelles est à 90 % chrétien et subit des combats réguliers depuis plusieurs décennies. Plus de 100 000 personnes sont toujours déplacées depuis la reprise des combats en 2011. La Birmanie a produit 31 milliards de dollars de jade en 2014, soit environ 50 % du PIB déclaré du pays, selon Global Witness. Selon le rapport du groupe, la plupart des pierres précieuses finissent par être vendues en Chine au marché noir, et la quasi-totalité des revenus finissent dans les poches de l'élite militaire.

(Avec Ucanews, Mandalay)   Eda du 19 juillet 2018

dmc