HOSPICE DU SIMPLON - LIEU DE PASSAGE ET DE RENCONTRE

Erigé sur décret de Napoléon Bonaparte, l'hospice du Simplon cultive une tradition d'accueil depuis bientôt deux siècles, dans le même esprit

que la maison mère du Grand-Saint-Bernard.

Sur la rambarde qui borde l'escalier menant à l'entrée principale, le fer forgé dessine un soleil, au centre duquel on aperçoit une croix, un coeur et une ancre. «C'est le symbole de l'hospice, les trois vertus théologales» , relève François Lamon. «La croix représente la foi, l'ancre est le signe de l'espérance et le coeur celui de la charité. Le soleil évoque le rayonnement, la mission, la lumière.» Celui qui a oeuvré durant 28 ans en paroisse à Orsières et à Martigny assume depuis 2015 la fonction de prieur au sein du vénérable édifice érigé au col, à 2000 mètres d'altitude, en bordure de la route internationale. «Selon que je parle, ou non, à des Français, je dis que l'hospice du Simplon existe grâce, ou à cause, de Napoléon», sourit-il. Avant de retrouver son sérieux: «C'est assez étonnant de voir un homme qui a fermé des centaines d'églises en France à cette période-là imposer sa construction. Ça s'explique par le fait qu'en mai 1800, lorsqu'il est passé au Grand-Saint-Bernard avec ses 40 000 hommes, il a pris conscience de l'importance stratégique d'un col et de l'accueil prodigué par les chanoines. Sitôt après, en 1801, il a promulgué un décret pour exiger que soit aussi bâti un hospice au Simplon, tenu par la même communauté religieuse.»

Installé dans le réfectoire jouxtant le bar, le prieur fait un peu d'histoire. «Napoléon a commencé par faire la route, entre 1802 et 1805, en grande partie sur le tracé de celle que l'on emprunte aujourd'hui. A un moment donné, plus de trois mille ouvriers y travaillaient. Pour la bâtisse elle-même, les plans de départ, grandioses, ont été revus plusieurs fois à la baisse car le coût était beaucoup trop élevé.»

Abritant un écrin renfermant 103 médailles de bronze, souvenirs des hauts faits de l'empereur et de la grande armée, le première pierre a été posée en 1813. Mais après la chute de Napoléon, le chantier est resté en friche entre 1814-1815. «I/ s'est arrêté exactement où nous nous trouvons, au premier étage. C'était une désolation, personne ne voulait continuer.» Suite à de vives tractations avec l'Etat du Valais, les travaux ont finalement repris en 1827 pour s'achever en 1831.

Trois chanoines du Grand-Saint-Bernard ont toutefois assuré une présence dès 1802, occupant le vieil hospice appartenant à la famille Stockalper. Depuis, la mission d'accueil se perpétue, suivant la devise de saint Bernard de Monjoux: «Ici, le Christ est adoré et nourri». «Le but premier était d'aider les gens à passer le col, de les recevoir. Ils y passaient une nuit et l'hospitalité était gratuite.»

Au fil des ans, les choses ont évolué, «suivant les prieurs, les événements et les besoins auxquels ils voulaient répondre». Aujourd'hui, l'hospice dispose de 50 couchettes en dortoirs de 10 places et de 80 lits en chambres de 4 à 6 personnes enregistrant environ 16 000 nuitées par an. Il est ouvert pour des retraites, des camps de sport, de musique et de réflexion et reçoit aussi des randonneurs, marcheurs ou skieurs. «Actuellement, nous mettons l'accent sur l'accueil des familles. Des vacances chrétiennes avec animateurs sont organisées en été et à Noël pour leur permettre de se rencontrer, de créer des liens.»

UN LIEU DE RESSOURCEMENT

François Lamon rappelle que le quotidien est différent de celui de la maison mère du Grand-Saint-Bernard. «Ici, il n'y a rien à visiter en tant que tel. Nous n'avons ni trésor, ni musée, ni les chiens et pas non plus la tradition, l'histoire. Il n'y a que peu de touristes. Ce n'est pas un hôtel mais un lieu de ressourcement humain et spirituel.» Témoin l'église, qui se trouve au centre de l'édifice et occupe presque le quart de son volume. «Elle a toujours gardé la première place. C'est le coeur de l'hospice.» Qu'il s'agisse de personnes seules, de familles ou de groupes, «notre maison veut surtout permettre à ses hôtes de vivre une expérience autre que celle du quotidien. De se reposer pour prendre de la hauteur et trouver un sens à leur existence», insiste le prieur. «Les gens ont besoin de retrouver un rythme de vie plus humain. Ici, ils sont pris par une réalité plus lente, souvent malgré eux car le cadre s'y prête, avec ce décor gran¬diose de nature et de montagne. Et la foi nous dit qu'il y a une Présence.» 


 Lise Marie Terrettaz - Les terroirs supplément du NF septembre 2018

dmc