BALLAND Patrick et Henriette

En juin 2005, l'hebdomadaire La Vie a publié en exclusivité le témoignage de Patrick Balland, premier prêtre marié

francophones. Né dans une famille protestante de Genève, Patrick Balland, après des études artistiques, s'oriente vers la carrière de pasteur à l'âge de 30 ans, l'année de son mariage avec Henriette. En 1986, son diplôme de théologie couronne une vocation singulière ainsi que le désir profond d'un couple: servir Dieu.

Passionnés par l'oecuménisme, Patrick et son épouse se rapprochent du catholicisme. Le 11 juin 1992, ils reçoivent le sacrement de confirmation des mains du cardinal Schwery, évêque de Sion. C'est en pleurant que Patrick poste sa lettre de démission de la Compagnie des pasteurs de  Genève. « C'était le saut dans le vide. Je n'avais plus de travail. Nous ne savions pas où nous allions », se souvient-il.

Patrick souhaite clairement devenir prêtre. Le premier contact avec la Congrégation pour la doctrine de la foi est encourageant : « Le cardinal Ratzinger nous a fait répondre qu'il avait seulement besoin d'une lettre d'incardination dans dn diocèse. » Un vrai parcours du combattant commence. L'archevêque (?!?) de Genève-Fribourg¬Lausanne, Mgr Grab, suit le dossier. La famille de l'ex-pasteur boucle ses fins de mois grâce à des solidarités providentielles, avant
que Patrick ne gagne sa vie comme aumônier laïc de l'université de Fribourg.

Mais le dossier traîne entre la Suisse et Rome où, à la Congrégation pour la doctrine de la foi, tous ne sont pas sur la ligne d'ouverture du cardinal Ratzinger. Finalement, Mgr Grab change de diocèse en 1998. Découragé, Patrick Balland se tourne vers la France, en particulier vers Mgr Guy Bagnard, évêque de Belley-Ars, très sensible à son cas.

En 2002, la Conférence des évêques de France, par la voix de son président, Mgr Ricard, répond par la négative sur le principe de l'ordination d'un homme marié. La raison invoquée est que seuls des prêtres célibataires des Églises catholiques orientales peuvent théoriquement exercer en France, et non leurs collègues mariés. Ordonner Patrick serait une injustice. Finalement, c'est le père Daniel Ange qui recommande Patrick à Mgr André-Mutien Léonard, évêque de Namur (devenu depuis archevêque de Malines-Bruxelles). Celui-ci accepte de recevoir Patrick fin 2002.

Le courant passe immédiatement. Mgr Léonard s'active. Enfin, le 7 mai 2004, arrive le feu vert de Jean-Paul II. En décembre 2004, Patrick Balland est enfin ordonné diacre, étape nécessaire sur le chemin de l'ordination sacerdotale. Il est ensuite logé avec sa famille dans une maison mise à disposition par une bienfaitrice du diocèse à Dave, et est ordonné prêtre le 26 juin 2005 (étaient présents le chanoine Hilaire Tchouai et sa dulcinée - dmc)  aux côtés de cinq prêtres célibataires.

Candidat marié au sacerdoce, Patrick se défend d'être un précurseur dont la mission serait de faire évoluer la position de Rome sur l'obligation du célibat sacerdotal. C'est ce qui explique que deux évêques  réputés « conservateurs », Mgr Bagnard et Mgr Léonard (Mgr Léonard a aussi préfacé et encouragé le chanoine Yvon Kull lors de la rédaction de l'oeuvre proposant "l'inexistence" de l'enfer- rajouté par dmc), se soient montrés des soutiens actifs. À la veille de l'ordination, l'évêque de Namur dément toute dimension prophétique à son geste:

Je suis profondément attaché au célibat ecclésiastique, bien vécu dans l'Église latine. Celui-ci a une réalité nuptiale: le prêtre rend présent le Christ époux de l'Église. Certains m'ont dit: si le prêtre est marié symboliquement à l'Église, comment peut-il avoir une femme? J'ai répondu: le prêtre rend présent le Christ « époux de l'Église» en tant qu'homme, mais pas nécessairement par son célibat. Dans l'Église catholique orientale, il y a des prêtres mariés, qui vivent à la fois une réalité conjugale et cette symbolique nuptiale.

Comme évêque, j'ai pris soin de préparer le terrain. J'ai obtenu l'accord de mon conseil épiscopal. Je ne voulais pas donner l'impression d'un parachutage. J'ai veillé à ce qu'il rencontre les autres membres du clergé et surtout les autres séminaristes.

L'épouse de Patrick, Henriette, décrit cette longue route comme un parcours initiatique.

Dieu voulait nous apprendre la radicalité du sacerdoce d'une autre manière qu'avec le célibat, par tout ce qu'on a traversé. Pour le sacerdoce, il faut pouvoir signer à Dieu un chèque en blanc. Patrick signe, je suis cosignataire, ajoute-t-elle. Je n'ai pas à revendiquer le sacerdoce de mon mari, mais j'en suis partie prenante à 100 %.

Musicienne de formation, Henriette a mis son métier en veilleuse depuis plusieurs années au moment de l'ordination de Patrick. Au presbytère de Dave, c'est sa voix qui répond au téléphone quand Patrick n'est pas disponible. Encore mieux que sur l'expérience antérieure d'un couple pastoral, réussie pendant sept ans à la paroisse protestante de Cartigny, en Suisse, c'est sur un tandem soudé par l'épreuve que se repose l'Église de Namur.

Leurs quatre enfants (dmc a voyage dans la "mission du Thibet" avec Amandine en été 2004 et rencontré Damaris au JMJ de Cologne) ont vécu toutes les étapes du parcours de leurs parents, comme en témoigne alors l'aîné, à cette époque (2005) en khâgne à Lyon : « J'avais 8 ans quand mes parents sont devenus catholiques. Je les ai toujours soutenus, dans les moments douloureux. Nous avons beaucoup prié ensemble. Je ressens aujourd'hui beaucoup de joie: mes parents sont comme transfigurés par cet aboutissement.»

Dans une famille tellement centrée sur cette vocation paternelle, comment ce jeune se situe-t-il dans la foi ?  "J'ai fait tout un chemin spirituel en dehors de mes parents, pour trouver ma place dans l'Eglise catholique."

À partir de septembre 2005, Patrick Balland est intégré à l'équipe pastorale du secteur de Dave. Il est payé, comme tous les prêtres belges, par le ministère de la Justice... Un salaire correct », auquel s'ajoutent les allocations familiales.

Sept ans environ après l'ordination, en 2012, Patrick et Henriette Balland semblent vraiment heureux, comme apaisés. Entre-temps, ils ont quitté Dave pour Bruxelles, où Patrick est prêtre dans une unité paroissiale. Ils parlent de leur joie d'être devenus grands-parents grâce à leur fils, devenu professeur de lettres classiques... et de leur joie à voir leurs trois filles prendre leur place dans la société et dans l'Église.

Patrick explique qu'il vit une double réalité nuptiale. Celle de son sacerdoce, en même temps que celle de son union avec Henriette.

Pour être prêtre, il faut être amoureux de l'Église, comme le Christ a un lien charnel avec l'Église, ainsi que le décrit le passage d'Éphésiens 5. C'est le grand mystère qu'il faut vivre. Dans la Bible, la dimension des épousailles est extrêmement importante, la sexualité est métaphore de la vie spirituelle. Voyez le Cantique des cantiques. Et le Christ s'inscrit dans cette ligne-là... Je crois que le célibat consacré ne peut être vécu que dans cette réalité nuptiale, sinon si c'est invivable. Le prêtre doit accueillir l'Église comme son épouse. Je suis amoureux de l'Église, c'est un mystère que je vis spirituellement. J'aimerais porter deux alliances, collées, avec dans l'une la date de notre mariage, dans l'autre mon ordination. Il y a corrélation entre notre couple et notre amour de l'Église.

Henriette, de son côté, confirme l'ancienneté de cette vocation exceptionnelle: « Quand nous nous sommes mariés, deux semaines avant que Patrick ne commence ses études de théologie, notre idée était déjà de nous mettre au service de l'Église. On ne savait pas ce qui nous attendait... »

Patrick reprend :

Cette double réalité nuptiale est inscrire dans une réalité de vie. Sinon, on est dans le théorique. Le prêtre que je suis doit vivre la paternité spirituelle. Il est le père de sa communauté. On ne peut vivre cette paternité que si l'on est l'époux de l'Église. J'ai de très bons rapports avec mes enfants, mais je vais de moins en moins exercer ma paternité avec eux, et toujours plus avec mes paroissiens. Même si c'est parfois étrange. Je pense à une petite paroissienne de 92 ans qui m'appelle « mon père. » A priori, je ne peux pas regarder cette dame en pensant qu'elle est ma fille!

Patrick ne pense pas du tout que l'ordination d'hommes mariés est la chose à préconiser.

Un prêtre de 35 ans avec trois enfants, c'est impossible, c'est de la folie. Il ne peut pas se donner au ministère de manière totale. Sans oublier l'aspect financier. L'évêque qui ordonne un homme s'engage à lui trouver un revenu. Et le couple doit tenir. Mon expérience du protestantisme montre que beaucoup de couples pastoraux ne tiennent pas, les divorces sont très fréquents. La solitude du prêtre célibataire n'est pas un argument. On a tous une solitude à vivre.

La solitude du oui à la vie. Pourquoi il y a tant de divorces ? Parce que dans le mariage les individus font l'expérience d'une solitude croissante et finissent par se séparer. C'est ce que je voudrais dire aux prêtres qui trouvent difficile de vivre seuls (l'un de ses sponsors est toujours de cet avis puisqu'il (le chanoine Hilaire Tchouai) concubinne avec mon ex-dulcinée dmc). Il faut lutter contre l'isolement et faire en sorte qu'il y ait entre eux une vie communautaire.

Extrait tiré du livre de feu le journaliste et directeur-adjoint de la VIE Jean MERCIER "Célibat des prêtres - La discipline doit-elle changer? DDB Descléée de Brouwer - Groupe Artège - Paris 2014

DMC