EUCHARISTIE ET ABUSEURS non seulement pédophiles

« Travailler à égalité avec les victimes, 

c'est leur rendre leur place
Pour Anne Descour,religieuse de l'Assomption et psychothérapeute, les questions des victimes d'abus sexe. peuvent enrichir la réflexion théologique de l'Église.

LA VIE. Pourquoi avoir créé ce groupe théologique rassemblant des experts et des personnes victimes ?

ANNE DESCOUR. Face à la situation de l'Église et la crise que nous vivons, des questions théologiques se posent. Des personnes qui ont été abusées témoignent vivre un rapport difficile à Dieu, aux repères de la foi, et en discutant avec elles, il apparaît que leur vision est un révélateur de questions théologiques actuelles. Que penser d'un Dieu appelé « père » qui n'a pas su arrêter l'agresseur: où est sa toute-puissance ? D'une Église famille où les plus petits ne sont pas protégés ? De la validité de l'eucharistie quand ce sont les mêmes mains qui consacrent et qui abusent ? Et comment intégrer le pardon à sa vie quand personne ne vous a demandé pardon et que l'on vous dit qu'il faut pardonner ? Etc. Nous voulons nous saisir de quelques questions et les travailler ensemble.

Quatre théologiens et six personnes ayant été abusées, enfants, par un clerc, ont créé un groupe de réflexion théologique autour de l'abus et ses conséquences, y compris spirituelles. Par cette démarche de travail « à égalité », ils entendent contribuer à redonner leur place dans l'Église aux victimes, comme l'explique soeur Arme Descour, l'une des membres.

Comment allez-vous organiser votre travail ?

A.D. Nous sommes un groupe de dix personnes) quatre théologiens ou associés (avec le prêtre psychothérapeute Stéphane Joulain, la théologienne et religieuse Véronique Margron, l'ancienne rectrice du Centre de protection des mineurs de l'Uni grégorienne à Rome Karlijn Demasure, ndlr) personnes ayant été abusées enfants par un prêtre.Certaines ont d'ailleurs étudié la théologie. notre première rencontre en septembre, nous prévoyons de nous revoir en mars et, entre-temps. allons nous pencher par groupe « mixte » de trois sur des thèmes comme les sacrements, la gravité du mal ou encore le corps. L'important pour nous est de partir de l'expérience des personnes, et se placer dans un dialogue à égalité les uns avec les autres à la lumière de l'Évangile.

En quoi ce fonctionnement est-il important ?

A.D. Travailler ensemble est important car Ies victimes ont une sensibilité particulière à cause de ce qu'elles ont vécu. Elles ont quelque chose de spécifique à dire, qui nous parle. Cette démarche est aussi une façon d'être chacun à sa place dans l'Église, come baptisés. C'est enfin ce que les « victimes » de ce groupe, qui rencontreront les évêques à Lourdes aimeraient vivre avec eux : travailler avec eux . . . selon son regard, son expérience, sa vision.

Comment se traduit l'impact spirituel de l'abus

A.D. Tous les abus sexuels et aussi les autres ont un impact physique évidemment et psychologique, mais aussi émotionnel et spirituel. Ce demier pas seulement de l'ordre du religieux - un rapport à l'Église - mais touche à la construction de humain, à sa façon de comprendre le monde, donne sens et cohérence. Quand un « père » fait du mal, cela induit une grande confusion, le bien et le mal ne sont plus identifiables, on ne peut se faire confiance à soi-même et le sens même de devoir devient bouleversé.

Quelle est t'urgence aujourd'hui Face à la crise que vit l'Église ?

A.D. Écouter, écouter sans peur, car la peur paralyse ou fait prendre de mauvaises décisions ensuite, agir ensemble. L'écoute transforme . . . tant comme l'écouté... et ce n'est pas seulement le psy qui parle.

INTERVIEW SOPHIE LEBRUN du 11 OCTOBRE 2018 

dmc