JUDAS-MAMON-L'AVARICE-L'ARGENT

Judas
L'Évangile décrit la fin horrible de Judas : «Jetant alors les pièces d'argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre» (Mt 27, 3-5). Mais ne portons pas de jugement hâtif. Jésus n'a jamais abandonné Judas et personne ne sait où il est tombé au moment où il s'est lancé de l'arbre, la corde au cou: si c'est dans les mains

de Satan ou dans celles de Dieu. Qui peut dire ce qui s'est passé dans son âme à ces derniers instants? «Ami» avait été le dernier mot de Jésus à son égard dans le jardin des Oliviers (Mt 26, 50), et il ne pouvait l'avoir oublié, tout comme il ne pouvait avoir oublié son regard.

Voici à quoi l'histoire de notre frère Judas doit nous pousser: à nous rendre à Celui qui volontiers pardonne, à nous jeter nous aussi dans les grands bras du Crucifié. Dans l'histoire de Judas, ce qui importe le plus, ce n'est pas sa trahison, mais la réponse que Jésus lui donne. Il savait bien ce qui était en train de mûrir dans le coeur de son disciple; mais Il ne l'expose pas, Il veut lui donner la possibilité jusqu'à la fin de revenir en arrière, comme s'Il le protégeait. Il sait pourquoi il est venu, mais Il ne refuse pas, dans le jardin des Oliviers, son baiser de glace.


Mammon

Mammon, l'argent, n'est pas une idole parmi , tant d'autres. Qui est le vrai ennemi, le concurrent de Dieu dans ce monde? Satan ? Mais aucun homme ne décide de servir Satan sans raison. S'il le fait, c'est parce qu'il croit obtenir de lui quelque pouvoir ou quelque bénéfice temporel. Qui est, dans les faits, l'autre maître, l'anti-Dieu ? Jésus nous le dit clairement : « Nul ne peut servir deux maîtres: ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'argent » (Mt 6, 24). L'argent est le « dieu visible ››, contrairement au vrai Dieu qui est invisible. Mammon est l'anti-Dieu car il crée un univers spirituel alternatif, donne un autre objet aux vertus théologales. La foi, l'espérance et la charité ne reposent plus sur Dieu, mais sur l'argent. Une affreuse inversion de toutes les valeurs se met en marche. •

«L'argent n'est ni mauvais ni bon. C'est notre attachement ou notre détachement qui l'est.»

Les 3 principes dés de la doctrine sociale de l'Église
1.- La propriété est un besoin de tout homme : avoir un espace protégé de biens où il peut vivre et se développer.
2.- La propriété privée est relative car tout vient de Dieu. Nous n'en disposons que par dévolution, en vue de la communion et de la vie entre les hommes. Elle est limitée quantitativement et qualitativement, et n'est juste qu'en raison de la nécessité d'usage et de soin, c'est-à-dire du nécessaire et du convenable.
3.- La priorité à ta destination universelle des biens: les biens de la Création sont destinés à tout le genre humain. Aucune considération d'origine, de nature, d'usage des biens ou de circonstances ne doit l'emporter sur ce principe.

L'or dur de l'avarice

AVARE

Posséder est légitime. Le problème commence lorsque l'argent ou des biens nous possèdent. Ou nous obsèdent. Comment faire d'un « mauvais maître» un bon valet? La question n'est pas subsidiaire, à une époque où le libéralisme triomphant révèle des réussites, mais aussi des échecs et des effets pervers. L'Écriture est sévère avec l'avarice. Elle en fait la racine de tout péché. L'argent défie Dieu puisqu'il devient dieu.

R!CHE

Le pingre ne met plus sa sécurité en Dieu mais dans son avoir. L'avare ne dort pas sur ses deux oreilles mais sur son oseille. Il est inquiet, anxieux, en permanence et à perpétuité. «Le riche, même quand il n'éprouve aucune perte, a peur d'en éprouver», explique saint Jean Chrysostome. Une fois acquise la richesse, écrit un autre Père de l'Église, demeure «l'inquiétude de préserver tout ce qu'avec tant de peine on a acquis».

GOURMAND OU GRIPPE-SOU.

Il y a de L'infini dans le désir d'argent. On veut toujours plus: «Tout être qui possède en abondance s'estime encore trop pauvre», souligne finement saint Ambroise. Notre pouvoir d'achat a été multiplié par six depuis 50 ans, pourtant nous n'avons jamais autant manqué... Une étude statistique a montré que ta majorité des salariés estimaient devoir être augmentés d'au moins 20 % pour vivre à l'aise; or ce pourcentage est à peu près constant pour toutes les tranches de revenus ! Autrement dit, on n'a jamais assez.

EPARGNANT

Il y a une autre manière, plus subtile, de se laisser séduire par Mammon, le dieu de l'argent : c'est l'épargne, pour prévenir l'insécurité. L'argent est affectivement surinvesti comme une garantie d'avenir. Cet accaparement est marqué par la crainte ; notre attitude devient sécuritaire au lieu d'être abandonnée entre les mains de Dieu.


NON VOYANT

Le péché aveugle. Et l'avaricieux se protège d'abord en se justifiant. Déjà au XVIe siècle, saint François de Sales constatait qu'on ne se confessait pas d'avarice : «On s'excuse sur la charge des enfants qui presse, sur la sagesse qui requiert qu'on s'établisse en moyens : jamais on n'en a trop, il se trouve toujours certaines nécessités d'en avoir davantage».

TEMPORISATEUR

Le temps, c'est de l'argent... Il existe une avarice de son temps, de son intelligence, de ses forces. Balzac disait du père d'Eugénie Grandet qu'il «semblait économiser tout, même le mouvement». Au contraire, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus offrait des plages de son temps pour que Dieu en dispose à sa guise. Le pouvoir de l'argent éloigne de ta foi et même, il enlève la foi, il l'affaiblit et on la perd. L'argent rend la foi malade et lui fait prendre une autre route entraîne vers des paroles oisives,
des discussions inutiles, là où se cachent les envies, tes querelles, les médisances,

 

Nos 5 conseils pour se libérer de l'argent    Des exemples et des repères concrets pour s'engager à la suite du Christ.

1   Dieu premier servi. Mettre les priorités dans le bon ordre: l'argent est un bon serviteur et un mauvais maître. Tant qu'on n'a pas mis la gestion de son avoir
sous le regard de Dieu, on est aveugle. Ne s'inquiéter de rien : Dieu montre le chemin et rend possible l'inimaginable. Consacrer son dimanche au Seigneur et à la famille : ce jour-là, limiter ses achats au strict nécessaire.

2   La sobriété, oui. Oublier la beauté, non ! La sobriété et la beauté peuvent se rencontrer: la création est belle, magnifions-la. Une belle table pour le repas, des vêtements simples et beaux, un logement meublé harmonieusement, de belles fêtes, des fleurs... Bref, de la beauté pour réjouir le coeur!

3   Donner avec joie. S'engager à donner une part de ses revenus et de son héritage aux pauvres et à l'Église, régulièrement, fidèlement. Le montant? Celui que vous donnez avec joie. L'un des fruits du détachement, c'est la joie.

4   Mettre son avoir au service du bien commun. Décider de ses dépenses importantes à la lumière du bien commun de la famille, de la communauté, de la société. Anticiper les grandes dépenses (études des enfants, investissement immobilier) avec prudence et sans exagération. Vider ses placards de ce qu'on n'utilise pas (vêtements, vaisselle, livres) et donner. Renoncer à toute dépense mondaine faite par conformisme social (style de vacances, marque de vêtements). Refuser de considérer les soldes comme une obligation.

5   Chasser toute jalousie. Refuser de comparer ses biens aux autres. Refuser de jauger une personne à l'aune de ses avoirs. Se confesser de tout attachement à l'argent, avarice, envie, jalousie, rancoeur relative à des problèmes d'argent.
Se réjouir de ce qu'on reçoit. Tout cela avec Dieu : c'est Lui qui nous libère de l'avoir!

Supplément du Famille Chrétienne N° 1933

dmc