Journal d'un catholique thibétain

II. Les changements: forcer les anciens responsables à démissionner et les remplacer par des jeunes gens

Durant la journée du lendemain, un cadre du parti annonce à tout le monde : « Les délégués qui ont participé à la réunion de Dara seront tous de retour ce soir. Chaque famille doit envoyer un représentant au centre communal de Pawan (l.). Les délégués communiqueront à tous les citoyens ce qui a été décidé durant leur réunion à Dara ».
Le jour même, chaque famille dépêche un représentant à Pawan. Le soir, les meneurs de la réunion furent : Nato de Bahang, Jean de Alulaka et Udjentsèring de Pula. Ces trois personnes rapportèrent ce qui avait été décidé à Dara :

Premier point. « Il faut changer les autorités locales. C'est nous qui sommes les nouveaux responsables et dorénavant nous dirigerons le peuple. Tous les habitants doivent faire partie des coopératives de production. C'est obligatoire et sans exception. Il n'y a aucune autre façon de procéder. Les animaux domestiques et les terrains cultivables doivent être mis en commun. Toutes les personnes d'un village travailleront ensemble. Chaque jour, on mettra des notes à chacun (2.) selon la qualité du travail effectué. Chacun doit coopérer. Il est strictement interdit d'agir à sa guise. »

Deuxième point. « Jours et nuits, il faut travailler à améliorer le système d'irrigation. Tous les terrains plats doivent être aménagés en rizières. Pour ne point gaspiller les jours de travail, on cessera de chômer les dimanches. Tous les jours de fête et les longues cérémonies religieuses seront supprimés. De même, il n'y aura plus de dispendieuses célébrations de mariage. A Dara, nous, les députés, avons déjà décidé d'extirper toutes ces mauvaises habitudes. »

Troisième point. « A partir d'aujourd'hui, si quelqu'un ne participe pas aux travaux collectifs, répand de fausses rumeurs ou refuse de céder à la coopérative ses terrains personnels et ses animaux domestiques , cette personne passera en jugement populaire, sera arrêtée et mise en prison. Nous les dirigeants, nous nous déchargeons de toute responsabilité. Les réfractaires n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. »


l. Panwan se situe sur la rive gauche du Doyon, - rivière de Dimaluo -, près du pont, en bordure du chemin qui va de Bahang à Alulaka.
2. Les responsables estiment le travail de chacun. Ensuite, selon les notes reçues, chacun recevra une part plus ou moins grande des revenus. Naturellement, les responsables se servent les premiers !