Journal d'un catholique thibétain

Présentation du document et de Zacharie

zacharie-journalNé à Bahang, près de la frontière thibétaine, en 1901, Zacharie est Loutze d’origine, mais de culture thibétaine.

Enfant, il connut le Père Annet. Génestier qui le baptisa. Par la suite, il reçut une formation de catéchiste et seconda efficacement les Pères qui évangélisaient dans le bassin du Salouen.

Lors des purges communistes, pour sauver sa vie, il s’enfuit

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Préface

De ma propre main, j'ai écrit ce que j'ai vécu depuis décembre l957 jusqu'au 24 mai l960. J'ai exposé ce qui s'est passé dans mon pays, les peines et les joies que j'ai connues durant ma fuite en quête de la liberté ainsi que, lorsque j'étais en très grandes difficultés et au bord du désespoir, comment j'ai reçu d'une façon merveilleuse le secours du Seigneur et l'aide des Pères.

Juillet l965, Zacharie, un catholique tibétain.

I. Contraint de participer à une réunion organisée par les communistes

Mon récit commence en décembre 1957. J'étais en train de réparer une maison dans le village de Dimaluo. Un commissaire chinois, cadre du parti communiste, vint me trouver. Il me demanda d'arrêter immédiatement mon travail et de me rendre sans tarder à Bijiang (l.) afin de participer à l'assemblée des délégués du peuple. Comme c'était impossible de refuser, avec Ado de Bahang (2.) et Bene de Chuni (3.), nous nous rendîmes ensemble à Bijiang afin de prendre part à la réunion.

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II. Les changements: forcer les anciens responsables à démissionner et les remplacer par des jeunes gens

Durant la journée du lendemain, un cadre du parti annonce à tout le monde : « Les délégués qui ont participé à la réunion de Dara seront tous de retour ce soir. Chaque famille doit envoyer un représentant au centre communal de Pawan (l.). Les délégués communiqueront à tous les citoyens ce qui a été décidé durant leur réunion à Dara ».
Le jour même, chaque famille dépêche un représentant à Pawan. Le soir, les meneurs de la réunion furent : Nato de Bahang, Jean de Alulaka et Udjentsèring de Pula. Ces trois personnes rapportèrent ce qui avait été décidé à Dara :

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III. Le peuple est divisé en deux grands groupes

A cette époque, les cadres communistes divisèrent le peuple en deux groupes sociaux. Ceux qui avaient un peu d'argent appartenaient au premier groupe. Les pauvres constituaient le deuxième. Seul les enfants de ces derniers pouvaient faire partie de la « milice du peuple ».

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IV. Jugement populaire de Oudjien et de Ashia

Dans ma contrée d'origine, les premiers qui passèrent en jugement populaire furent Oudjien de Qumatong et Ashia de Wangzhiwang (l.). Les agissements des communistes ressemblent-ils à ceux des vauriens et des brigands ? Jugez-en d'après ce que je rapporte ci-dessous ! Les membres des familles Oudjien et Ashia avaient travaillé dur durant de nombreuses années. Au prix de beaucoup d'efforts et de sueur, et en vivant simplement, ils étaient parvenu à épargner un peu d'argent. Par exemple, ils parcouraient les montagnes à la recherche de plantes médicinales qu'ils vendaient pour se faire un peu d'argent. Ainsi, ils purent améliorer leur maison et élever un peu plus de bétail.

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V. Arrestation de Simon de Xironggong et de Alang de Bahang

En ces jours-là, Alang (l.) fit le raisonnement suivant : « Les communistes mentent et accusent injustement des personnes qui n'ont rien fait de mal. Ma famille est tout à fait ordinaire, mais j'ai participé à la lutte contre les communistes. Aussi est-il impossible que je m'en tire sans passer en jugement populaire... » Comme chez Oudjien, le niveau de vie de la maisonnée de Simon sortait un peu de l'ordinaire. Aussi pensa-t-il : « Moi aussi, un jour, je serai injustement condamné ».

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VI. Arrestation de Mathias et de René

A cette époque, chacun vivait comme si les familles n'existaient plus, car personne ne pouvait travailler pour sa maisonnée. Les parents n'avaient plus d'autorité sur leurs enfants. Chacun devait obéir aveuglément aux ordres des cadres du parti. Le peuple était devenu esclave, comme des boeufs et des mulets. Certains étaient envoyés réparer les routes, d'autres devaient creuser des canaux, d'autres aplanissaient des rizières... Les membres d'une même famille passaient souvent plus d'une année sans pouvoir se revoir.

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VII. Avec mon fils et quelques proches parents, nous partons vers le Tibet

Sous mes yeux, ceux qui avaient un peu d'influence et ceux qui avaient un peu plus de connaissances étaient arrêtés par les communistes, les uns après les autres. Le pays tombait dans un grand désordre, jamais vu auparavant. Nous n'avions plus le droit d'aller à l'église et d'observer les jours de fête. J'étais certain qu'un jour je serais arrêté et séparé de mes proches. Aussi en ai-je discuté avec ma femme qui, elle aussi avait la même impression que moi et me dit : « Je souhaite que tu quittes temporairement ton pays natal. J'espère que tu ne seras pas capturé par les communistes, car, en ce cas, il n'y aurait qu'une sortie : être mis à mort. Après ton départ, je passerai certainement en jugement populaire, mais je suis persuadée qu'ils n'iront pas jusqu'à me faire mourir. » A ce moment, je prends la décision définitive de m'enfuir vers le Tibet.

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VIII. Neuf jours de marche dans les forêts froides et enneigées

Lors de notre fuite, nous ne pouvons pas emprunter les chemins muletiers, car ils sont surveillés par les troupes communistes. Impossible également de suivre les sentiers en hautes montagnes : il fait trop froid et il y a beaucoup de neige. Depuis Nidadang, pour atteindre le col de Solongla, nous sommes obligés de marcher dans les forêts, à mi-coteau et à travers broussailles et bambous. Nous nous faufilons à travers les arbustes mais souvent nos sacs refusent de passer et restent crochés derrière nous. Nous marchons ainsi durant une journée, mais nous ne parcourons que la distance d'une heure de marche sur un chemin ordinaire.

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IX. Nous arrivons au Tibet, à Songta

Le lendemain matin, nous arrivons au col Solongla. Je me retourne et aperçois mon pays natal, mes montagnes et quelques habitations. Je ne peux m'empêcher de songer à ma femme, à ma maison, à mes enfants, à mes proches... Comme c'est pénible de devoir tout abandonner sans savoir pour combien de temps ! Aurais-je un jour la possibilité de les revoir ? A mon insu, les larmes inondent mon visage. Après nous être reposés durant près de quinze minutes, nous prenons la ferme décision de descendre vers Songta.

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X. Préparatifs pour partir vers l’ouest, vers la Birmanie

Après avoir passé trois jours à Aben, avec des résistants tibétains, nous partons pour Tchrana. A Tchrana, nous disons au roitelet Adji : « En quittant notre pays, notre but premier était d'aller en Birmanie. Il y a quelques temps, nous avons entendu dire que le Père L. Emery, qui a vécu plusieurs années chez nous, a passé par la Birmanie, à Putao. Maintenant, nous désirons aller le trouver.
Adji nous répond : « Les deux plus âgés (Zacharie et Léon) peuvent partir ! Les plus jeunes, vous restez ici ! »

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XI. Marche vers l’ouest, vers la Birmanie

Andréa attrape alors les fièvres récurrentes. A Tchrana nous ne trouvons pas de médicaments et nous ne voulons pas nous y attarder trop longtemps, car nous savons que, d’un moment à l’autre, les troupes communistes vont attaquer cette région. Nous prenons en charge Andréa et partons lentement vers l’ouest.

Le troisième jour, lorsque nous atteignons le haut des montagnes himalayennes, des bourrasques et l’épaisse couche de neige nous empêchent d’aller plus en avant. Nous redescendons jusqu’à la forêt et y passons la nuit. Le lendemain Andréa reste au campement. Les cinq autres, après avoir chargé les mulets, nous gravissons à nouveau la montagne.

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XII. Voyage d’exploration en Birmanie

Nous partons de Djintai et marchons durant trois jours, en direction des monts Longsai qui font frontière avec la Birmanie. Le troisième jour, nous traversons de vastes pâturages, situés au pied des montagnes ; c’est le plateau de Kèsalin. Nous ne franchissons pas les montagnes, mais campons sur ce plateau.

Nous envoyons Léon et Anessy faire un voyage de reconnaissance en Birmanie. Nous autres, nous nous attardons à Kèsalin.

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XIII Des soldats birmans nous emmènent en Birmanie

Comme convenu, le lendemain, les trois retournent au Tibet. Léon, Andréa et moi-même, nous restons sur le plateau de Longsai, jusqu’à leur retour. Tout était bien planifié, mais, voici que, deux jours après leur départ, arrivent à Longsai quelques birmans accompagnés de trois soldats. D’un ton sévère, ils nous disent : « Vous avez pénétrer plus de dix kilomètres en Birmanie. Vous ne pouvez plus y séjourner. Retournez immédiatement chez vous. Il ne vous est pas permis de rester ici. »

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XIV. Fouille et interrogatoire

Après notre arrivée au camp, l’officier birman ordonne de faire l’inspection minutieuse de tout ce que nous avons apporté. Il confisque le fusil et les munitions. Il nous demande ensuite de nous installer avec les soldats.

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XV. Départ pour Putao, -Kandy-

Nous habitons à Desundam, le village birman le plus proche de la frontière chinoise. A cet endroit, les troupes de frontière sont chargées aussi de représenter l’autorité civile. Cependant, comme il n’y a que des officiers subalternes, pour les questions importantes, il faut faire appel aux officiels qui résident à Putao, à une douzaine de jours de marche.

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XVI. Nouvel interrogatoire

Après avoir marché durant onze jours, nous arrivons au camp militaire de Putao. Dès notre arrivée, les gardes de Putao nous prennent en charge. Ils nous photographient et, sans nous dire un mot, ils nous installent dans le camp, avec les soldats. Ethniquement parlant, les soldats d'ici sont soit Birman, soit Galla. Nous ne comprenons pas leur langue. Nous vivons et mangeons avec eux, mais nous ne pouvons communiquer avec eux que par des gestes.

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XVII. Léon et Andréa se rendent à Myitkyina

Quelques jours plus tard, je tombe malade : j'ai mal à la tête, je vomis, je ne peux plus manger. Un officier vient m'examiner ; il demande à un soldat de me conduire à l'hôpital. Après quatre à cinq jours d'hôpital, je ne suis pas encore guéri. A ce moment, un officier dit à Léon et à Andréa : « J'ai reçu un ordre venant d'en haut. Demain ou après-demain, vous devez partir pour Myitkyina. Nous ne savons pas quand votre compagnon sera guéri. Vous ne pouvez pas rester ici à l'attendre. » Ainsi, les deux partent pour Myitkyina, accompagnés de trois ou quatre soldats.

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XVIII. Je reste seul avec les soldats birmans

Après environ vingt jours d'hôpital, je suis guéri. De retour au camp, je partage à nouveau la vie des soldats. Comme je ne comprends pas leur langue, nous communiquons par des gestes. Certains me considèrent comme un frère. D'autres me méprisent et me font du mal, mais je supporte tout avec résignation. Vivant parmi eux, peu à peu je commence à comprendre leur parler. Comme je partage toutes leurs activités, les gens me considèrent comme un soldat birman.

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XIX. Préparatif pour aller dans une cité birmane

Deux mois après leur arrivée à Myitkyina, Léon et Andréa m'écrivent une lettre disant : « Tout s'est bien passé. Nous avons présenté aux autorités un rapport détaillé sur tout ce qui nous concerne. Nous avons obtenu ce que nous désirons. Nous pouvons nous établir en Birmanie. Sous peu, nous retournerons à Putao. Ne vous faites pas de souci. » Tout heureux, j'espère que les deux reviendront le plus vite possible et j'attends avec impatience d'avoir des nouvelles plus précises.

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XX. A nouveau fait prisonnier

Je passe ainsi deux mois dans la forêt. A part la nourriture qu'il m'apporte, je cuisine également des racines et des plantes sauvages. Je dors dans de petites cavernes ou sous de grands arbres, comme les animaux sauvages. Cependant, je suis heureux et en paix, car je vis en liberté et il n'y a personne pour contrôler mes faits et gestes.

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XXI. JE SUIS TRANSFERE A MYILKYINA

Après avoir été enfermé à Putao durant un mois, un jour deux soldats m'attachent les mains et me conduisent à l'aéroport. Ils me font monter dans un avion en partance pour Myitkyina. Là également des gardes me prennent en charge. Ils m'emmènent dans un camp militaire. Ils me dirigent ensuite vers la prison militaire. Ils vont m'y enfermer lorsque arrive l'officier supérieur qui leur dit : « Détachez-lui les mains ! Ce n'est pas nécessaire de l'enfermer ! »

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XXII. JE SUIS EMPRISONNE A MYILKYINA

Je vivais dans le camp militaire de Myitkyina depuis deux mois lorsque, un jour, on m'emmène avec six Lissou jusqu'à la prison de la ville. A l'entrée de la prison, des policiers confisquent tous les objets personnels que nous avons et ils nous enferment.

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XXIII. JE RENCONTRE UN PERE POUR LA PREMIERE FOIS

Dix jours après mon entrée en prison, un officier vient faire l'inspection de la prison. Arrivé près de moi, il aperçoit la croix que je porte sur ma poitrine et me demande :

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XXIV. ENFIN JE PEUX PARTICIPER A UNE MESSE

Après que le Père eut parlé avec le responsable de la prison, ce dernier est très aimable avec moi et me traite comme un de ses proches.

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XXV. MA DEUXIEME RENCONTRE AVEC LE PERE

On arrive au début de l'hiver et les gens commencent à porter des vêtements plus chauds. Les prisonniers venant de Chine n'ont pas d'habits d'hiver. De plus, le soir, ils n'ont rien pour mettre sous eux et rien pour se couvrir. Ils doivent dormir à même le sol bétonné et ils ont très froid.

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XXVI. JE SORS DE PRISON

Je suis en prison depuis huit mois, mais je n'ai encore subi ni interrogatoire officiel, ni jugement. Un jour, le chef de la prison me dit :

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XXVII. A RANGOON

Dans le camp, on nous laisse vivre à notre guise. Si je reste désoeuvré, il me semble que le soleil n'avance pas et le temps me paraît très long. Aussi, chaque jour, je travaille un peu avec les soldats.

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XXVIII. MES IMPRESSIONS

ZACHARIE-2001-2Dans le camp, on nous laisse vivre à notre guise. Si je reste désoeuvré, il me semble que le soleil n'avance pas et le temps me paraît très long. Aussi, chaque jour, je travaille un peu avec les soldats.

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