VIE DU SERVITEUR DE DIEU TORNAY MAURICE (VIII) (art. 41 à 48)

VIII. L’EXPULSION DE YERKALO

Art. 41

Le 9 janvier, à la fin des sept jours de réflexion donnés au cha¬ne Tornay, les lamas de Karmda s’approchent de Yerkalo pour ndre possession de l’église et de la résidence. Sur ces entrefaites n-Akhio arrive à la Mission et le Serviteur de Dieu le retient pour dîner. Au cours du repas le chef du district manifeste clairement ses intentions :

« Plus de chrétiens à Yerkalo », déclare-t-il. Devant les objections du missionnaire il demande le temps de réfléchir et interdit aux lamas toute démonstration.

Le 12 janvier, Gun-Akhio ordonne au missionnaire de s’en aller le lendemain, mais ce dernier fait avertir le lama-chef qu’il ne partira qu’au moment où les lamas l’auront lié sur une bête et donné à celle-ci le coup de bâton du départ. Là-dessus Gun-Akhio lui accorde encore neuf jours de répit.

Art. 42

Entre temps, pressé par Mgr Valentin, M. le général Peckhof, ambassadeur de France à Chungkhing, est intervenu en faveur du missionnaire, mais il ne peut que répondre : les autorités de Lhassa ont été saisies des affaires de Yerkalo, lui-même suit avec anxiété les phases de la persécution et il a obtenu que le gouvernement des Indes agisse de façon pressante à Lhassa.

Pour tenter les dernières possibilités qui lui restent, le chanoine Tornay veut se rendre en personne à Chamdo, mais Gun-Akhio lui interdit de partir ; alors il dépêche vers cette ville un courrier porteur d’une lettre et de cadeaux destinés au gouverneur.

Art. 43

Le 20 janvier, le Boudha-vivant Pargong de la lamaserie de Karmda somme le missionnaire de partir le lendemain, sans quoi… Le lendemain, les lamas haineux criant comme des forcenés, écartent à coups de crosse de fusil les chrétiens qui se sont jetés devant la porte de la résidence et ils envahissent la maison : ils injurient le Serviteur de Dieu en lui criant : « Pars-tu ou ne pars-tu pas » et le pillage commence… Sur ces entrefaites arrivent les messagers de Gun-Akhio qui commandent aux lamas de se retirer et concèdent au proscrit un nouveau délai de cinq jours. Le missionnaire déclare aux autorités qu’il s’incline devant la décision qui le frappe, mais il exige un papier attes¬tant que la lamaserie de Karmda a pillé la Mission.

Art. 44

Gun-Akhio informe le chanoine Tornay que les lamas de Karmda prendront possession de la résidence le 26 janvier, sans avoir cependant le droit de l’occuper et de s’y établir. Le missionnaire, voulant affirmer jusqu’au bout les droits de la Mission, remet aux chrétiens la garde lu grenier et appose les scellés sur les portes.

Le 26 janvier, vers dix heures du matin, le Serviteur de Dieu raidi le douleur et accompagné de douze hommes armés tous chrétiens, quitte on poste sans rien emporter. Gun-Akhio a offert cinq fusils pour sa rotection et un subside s’élevant à 100 roupies (= 100 fr. suisses) iour les frais de la route.

Art. 45

Le Serviteur de Dieu s’arrête à Famé, aux portes du Thibet. C’est à que le messager du gouverneur de Chamdo vient le trouver et lui ,romettre de le réintégrer dans son poste. Il a cette fois la certitude pue la lettre du Tara Guéshi était un faux. Mais ce délégué se laisse orrompre sur le chemin du retour par l’argent des lamas et il change es bonnes dispositions. A la fin avril cependant, le chanoine Tornay eçoit une lettre du gouverneur de Chamdo lui promettant sa protection t l’invitant à rentrer à Yerkalo.

Art. 46

Le 6 mai, le Serviteur de Dieu se met en route pour regagner iterkalo, mais des espions ont alerté le lama-chef qui envoie des sol¬lats pour lui faire rebrousser chemin. Fort de l’autorisation du gou¬erneur de Chamdo, il passe outre à leurs injonctions ; bravoure inutile, ar les lamas l’arrêtent au seuil de la résidence et Gun-Akhio lui or¬lonne de rejoindre la frontière immédiatement. Après lui avoir offert manger, le lama-chef l’accompagne de nuit et sous la bourrasque jus¬u’en territoire chinois.

Art. 47

En entrant au Thibet, le chanoine Tornay n’avait pas d’autre but ue de venir en aide aux âmes : chassé ignoblement de sa paroisse, il ‘a qu’un seul désir, une seule volonté : retrouver ses chrétiens. Cette inacité n’est pas de l’entêtement : il avait reçu l’ordre de ne céder qu’à
force. Il avoue qu’il n’a cédé à aucune autre considération en quit¬te son poste, et que par ailleurs, il n’aurait plus jamais la conscience ri paix s’il négligeait un acte, même héroïque, pour le salut du troupeau ui lui est confié.

Art. 48

C’est dans ce but qu’il s’établit à Pamé, où il restera jusqu’au prin¬temps 1947. Le choix de cette résidence lui permet en effet de voir chaque jour des Yerkalobas, de les encourager et de les confirmer dans leur foi et d’être lui-même tenu au courant des événements. Il apprend que les lamas veulent le chasser le plus loin possible, qu’ils ont con¬fisqué la propriété de la Mission, profané la chapelle, obligé les chré¬tiens à brûle’ l’encens et à destiner quinze de leurs enfants à l’église lamaïque.

EXTRAITS tirés d’une brochure intitulée « Articles sur la vie et la renommée du martyre du Serviteur de Dieu MAURICE TORNAY – Chanoine Régulier du Grand Saint-Bernard 1910-1949 » – parue en 1953 à l’Imprimerie St-Augustin – St Maurice (Suisse) – sous la responsabilité du Vice-Postulateur de la Cause – tout en précisant que le S. de D. est devenu Bienheureux par décret du Saint Pape Jean-Paul II quarante ans plus tard le 18 mai 1993.

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