Tiré du chapitre 3 du mémoire de licence (juillet 1986) de Frédéric Giroud intitulé "La mission des chanoines du Grand-Saint-Bernard au Thibet (1933-1952)

Pour l'octroi du permis de construire

Quelque six mois après l'installation à Weisi, soit à l'automne 1933, les Chanoines, par l'entremise de leur Supérieur, lancent les premiers ballons d'essai en direction des autorités administratives de la sous-préfecture et de la province, afin de _ connaître les conditions et délais pour obtenir l'autorisation de bâtir.
Le chanoine Melly s'essaie à une première approche le 12 septembre 1933. A cet effet, il se rend au prétoire, et présente au mandarin les plans du bâtiment. Les confrères de Suisse peuvent lire à cette date dans la chronique mensuelle :

"Aujourd'hui une première démarche a été faite auprès du mandarin de Weisi au sujet du futur hospice. (..) Il fut convenu que nous lui ferions une demande par écrit adressée à lui-même (Lettre du Thibet N°2 d'octobre 1933)."

Un mois et demi plus tard, le' 24 octobre, le P. Melly soumet à ce même M. Ho un problème dont la résolution ne sera pas forcément favorable à la Mission, à cause de la loi chinoise interdisant formellement à tout étranger d'acquérir des biens fonciers :

"Première démarche en vue d'un achat de terrain sur la passe de Latza. Tout en redisant son peu d'espoir d'aboutir à un résultat satisfaisant, M. le Mandarin promet d'appuyer notre requête d'un billet personnel, qu'il adressera au gouvernement de la province du Yunnan en même temps que notre lettre (Lettre du Thibet N°3 de octobre 1933)."

La réponse de Yunnanfou se fait attendre. La Lettre du Thibet tient les confrères de Suisse au courant des atermoiements imposés par la corres¬pondance avec la capitale provinciale :

"A propos de cette passe, nous attendons encore une réponse de Yunnanfou à notre demande d'achat de terrains (Lettre du Thibet N°4 de novembre 1933)."

Les requêtes ultérieures faites au sous-préfet convaincront peu à peu les Chanoines de la mauvaise foi du magistrat chinois.

Fin janvier 1934, le P.Melly retourne au "yamen" de Weisi, où le mandarin lui communique qu'aucune nouvelle ne lui est parvenue du Gouverneur de la Province :

"Le mandarin nous conseille de faire une nouvelle démarche que nous adresserions directement nous-mêmes et nous promet encore une fois d'appuyer notre requête, mais par une lettre séparée cette -fois-ci (Lettre du Thibet N°4 de novembre 1933)"

Quelques jours plus tard, une dépêche est envoyée au Ministère des Affaires Etrangères du Yunnan. C'est par retour du courrier que son Bureau informe les requérants qu'il attend le rapport du mandarin de Weisi pour accorder l'autorisation! Ce dernier soutient n'avoir jamais été consulté à ce propos!
Là-dessus, les Bernardins tentent une ouverture par l'intermédiaire du Vicaire apostolique de Yunnanfou :

"Monseigneur de Jonghe nous a écrit de Yunnansen vers la mi-juin qu'il avait fait pour nous auprès des autorités provinciales la démarche sollicitée au sujet de notre installation sur la montagne de Latza (Lettre du Thibet N°11 juin 1937)"

Prestement, le Délégué des Affaires Etrangères fait part au prélat qu'ordre a été transmis à M. Ho de régler la question sur place. Ce dernier, on s'en doute, assure n'avoir reçu aucun avis à ce sujet!
Excédés par cet enlisement, les missionnaires du Saint-Bernard n'écartent pas la possibilité de passer outre l'obstruction des autorités. Nous en voulons pour preuve la visite du Supérieur Melly à Tsechung, au début du mois de septembre 1934, qui vise à :

"(...) prendre des informations et sonder les dispositions des roitelets du Mékong sur le territoire de qui se trouve le col de Latza : cela en vue de tenter une action directe sans plus attendre cette fameuse autorisation de Yunnansen ; ce faisant, nous agissons selon le désir manifesté par Tatsienlou dans une récente lettre (Lettre du Thibet N°14 de septembre 1934)."

Il ne s'avéra pas nécessaire de mettre les autorités chinoises devant le fait accompli, en débutant les travaux. En effet, après un nouvel essai infructueux en octobre 1934, le Supérieur saisit une seconde fois de leur problème Monseigneur de Jonghe, dans les premiers jours de novembre. L'évêque français conduit une nouvelle médiation auprès du Ministère des Affaires Etrangères, et les négociations s'amorcent sous des auspices très favorables. Sa lettre de mars 1935 à ses obligés en apporte la confirmation :

"J'ai causé de votre affaire à M. Wang, et il m'a assuré qu'il avait déjà écrit au Mandarin de Weisi pour vous autoriser à vous installer à Latsa. Allez donc trouver votre Mandarin et dites-lui que vous savez, par moi, que le Délégué aux Affaires Etrangères lui a écrit, et que c'est à lui maintenant à vous remettre les documents nécessaires (Lettre de Mgr de Jonghe, reprise dans la Lettre du Thibet, No 20 de mars 1935)."

La communication officielle finit par arriver à bon port en juin 1935, ce qui autorise le mémorialiste à annoncer à la Communauté la bonne nouvelle différée à tant de reprises :

"Nous avons enfin obtenu l'autorisation de construire notre Hospice sur le col de Latsa (Lettre du Thibet, N° 23 de juin 1935)".

Le 7 juin parvient à Weisi un édit portant le cachet du Gouvernement provincial du Yunnan :

"Nous avons reçu de Yunnansen un écrit chinois (...) annonçant qu'un ordre venait d'être expédié au mandarin de Weisi, le priant de faire part de l'autorisation définitive". (Lettre du Thibet, N° 23 de juin 1935)

Le sous-préfet n'a plus d'échappatoire, et doit s'exécuter séance tenante. Le 14 de ce mois, le P.Melly va réclamer au prétoire les papiers officiels:

"Ce fut le Mandarin qui le premier parla de "l'affaire" : il avait vraiment reçu l'ordre de nous accorder (...) l'autorisation si longtemps attendue. Le Mandarin montra les directives reçues de Yunnansen". (Lettre du Thibet, N° 23 de juin 1935)

L'intercession de l'archevêque a autorisé que soit livré l'acte, et met un point final à dix-huit mois de tractations, de palabres et de manoeuvres dilatoires, tant du côté du Directoire provincial, que du côté de la sous-préfecture de Weisi.

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