«LA CROIX TIBÉTAINE»

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C’est le premier qualificatif qui m’est venu à la lecture de cette oeuvre. Plus de 16 ans de travail ont permis à Jean-Louis Conne de procéder à l’audition des derniers témoins encore vivants de son récit historique, qui fera date, mais surtout de procéder à des recherches et des vérifications à travers le monde entier, allant ainsi comme un pèlerin de découvertes en découvertes, pour nous offrir finalement les clés de lecture d’une histoire authentique et fascinante allant de 1908 à 1952.

Passionnant

Alliant ses talents de conteur à ceux de grand reporter, d’enquêteur, d’historien et d’écrivain, l’auteur nous offre, à travers « La Croix Tibétaine », une vaste fresque historique cohérente, avec Robert Chappelet pour fil d’Ariane. Ce Suisse a été le seul laïc acteur et grand témoin de toute l’aventure des missionnaires français et suisses dans les Marches thibétaines du Yunnan chinois, de 1933 à 1952.

On suit d’abord Robert Chappelet à Vienne, près d’où il est né en 1908 et où il a grandi aux côtés de sa mère venue de Saint-Maurice (VS)(CH), tout en restant très proche de son père issu d’une grande famille autrichienne, capitaine décoré dans l’armée austro-hongroise. On découvre ensuite aux côtés de Robert Chappelet, une Suisse romande méconnue, en proie aux tourments de l’Histoire, de Genève à Lausanne et à la Riviera lémanique, dans l’entre-deux guerres là où se mêlent musiciens mondialement célèbres, militaires suisses de haut rang comme le futur Général Henri Guisan, orientalistes, botanistes, humanitaires, prix Nobel et agents de renseignements de tous bords.

On pénètre avec «Bob le Suisse» pour la première fois au coeur de l’aventure secrète des chiens de police et d’armée à Mont-Pèlerin, Savatan et Bex, puis dans l’épopée des premiers chiens-guides pour aveugles de « l’Oeil-qui-Voit » à Mont- Pélerin,Vevey et Lausanne puis Morristown, où Robert Chappelet sera un des instructeurs pionniers de leur introduction aux Etats-Unis par le « Seeing Eye » américain. De là, on se rend à Vissoie, en Valais, où Robert Chappelet renouera avec la Foi, grâce à un Curé qui sut toucher son coeur. A partir de là, ayant les premières clefs de lecture en mains, on s’embarque en 1933 pour la grande aventure, pour le lointain Yunnan chinois, aux frontières du Thibet, avec le premier groupe de Missionnaires valaisans partis construire un hospice et répandre la bonne parole dans « Les Marches du Thibet ». 

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Le Père Savioz lors de son premier contact avec les chrétiens de Bahang depuis son expulsion en 1952, ceci lors d’un voyage organisé par J.-L. Conne en 1993.

 

De 1933 à 1952, date de son retour en Suisse, soit durant vingt ans, Robert Chappelet sera l’unique grand témoin de toute l’activité missionnaire conjointe des Missions étrangères de Paris (MEP) et des Chanoines du Grand-St-Bernard dans les marches thibétaines du Yunnan. Grâce aux travaux conduits par Jean-Louis Conne, c’est toute une histoire passionnante, peu ou mal connue jusqu’ici, qui se révèle à nos yeux ébahis, d’autant que ce récit historique de 752 pages est enrichi de 470 illustrations rares, documents, cartes et annexes. Pendant la guerre en Asie, Robert Chappelet rejoindra les Alliés et sera promu capitaine dans l’OSS, les services secrets américain ancêtres de la CIA. Ainsi est révélé pour la première fois tout un pan de la guerre secrète conduite par les Américains contre les Japonais en Birmanie, aux Indes, au Thibet, à Ceylan et en Chine. Libéré de l’OSS le 31 octobre 1945, de retour dans les « Marches du Thibet », Robert Chappelet deviendra, aux côtés de ses amis missionnaires - dont le Bienheureux Maurice Tornay - médecin, caravanier et juge de paix dans les hautes vallées du Mékong et de la Salouen. Il y vivra toute la période de confrontations entre Chinois nationalistes et communistes, et tous les épisodes pathétiques des Chrétiens pris au coeur de la tourmente, ceci avant d’être, avec le Chanoine valaisan Louis Emery et le Père français Georges André, au nombre des derniers à être expulsé de Chine sur Hong Kong, le 31 juillet 1952, soit trois ans après la prise du pouvoir par Mao. De plus, l’auteur nous rappelle à propos, nous les faisant découvrir, que si les « Marches du Thibet » où les Prêtres français et les Chanoines suisses ont « missionné » étaient lointaines et difficiles d’accès, elles étaient aussi courues depuis longtemps par des explorateurs, cartographes, botanistes distingués, orientalistes et aventuriers ou aventurières venus de France, d’Amérique, de Grande Bretagne, de Suède, de Russie et d’ailleurs. Quant à Robert Chappelet, pionniers des chiens-guides pour aveugle, il deviendra lui-même aveugle vers à la fin de sa longue vie et s’éteindra dans la Foi près de Lausanne, le 10 août 1998. Un récit historique authentique et passionnant, s’appuyant sur une documentation impressionnante.

Spirituel

L’auteur, le sexagénaire Jean-Louis Conne, ne s’est pas borné à retracer avec précision et sans complaisance les évènements de manière chronologique, mais de toutes ces pages se dégage aussi un esprit de conversion. Jean-Louis Conne a su se laisser guider par une inspiration Chrétienne, voir même missionnaire et apostolique, dans le respect de tous les acteurs. Il ne s’est d’ailleurs pas intéressé uniquement aux missions Catholiques, mais également aux missions Protestantes des « Marches du Thibet », comme jadis le Père Françis Goré des MEP. Certaines pages de la « Croix Tibétaine » sont aussi belles que des prières écrites à genoux.

Ouvert sur l’avenir

Si les missionnaires ont porté leur croix, ils ont aussi semé sur des terrains très caillouteux - mais pas en vain, comme on l’a longtemps cru. Si l’auteur a porté sa croix ou ses croix en rédigeant cette oeuvre magistrale, il a voulu également semer à sa manière des graines qu’avec le Dieu-Amour, nous devons continuer à arroser et à entretenir avec soin. L’idée d’aller édifier un hospice au bout du monde a été le détonateur de cette aventure. A nous, maintenant et sans attendre de faire « exploser» nos préjugés et nos tiédeurs afin d’aider du mieux que nous le pouvons les chrétiens indigènes qui ont été touchés par ces étrangers venus de loin pour amener la bonne nouvelle aux confins du Thibet.

Bravissimo

Faisons connaître à nos ami(e)s mais aussi à nos ennemi(e)s, à nos proches, voire à toute autre personne de qualité et de bonne volonté, la grandeur et la beauté de cette oeuvre, fruit d’un long mais aussi rocailleux parcours de l’auteur, qui mérite d’être bien plus largement diffusée. Cette oeuvre ne doit aussi pas rester lettre morte, mais être un point de départ, une « résurrection » missionnaire dans le coeur de chacun.

Daniel Maurice Cipolla

Pour acquérir cet oeuvre, adressez-vous à Nicolas Buttet ou Yves Sarrasin ou Jean-Pierre Voutaz

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