LE DERNIER BROUSSARD A REJOINT LE CIEL

SAVIOZ ALPHONSE (11.09.1919  -  13.04.2013)

Comme disaient certains, Alphonse Savioz était un vrai « broussard » !

Tout-à-fait charmant et très sympathique, mais très difficile à entrer en contact, il fallait casser la carapace, pour essayer de le capter et d'en tirer des informations !

En d'autres termes, il était un parfait chinois, dans le sens qu'il fallait pas avoir peur de perdre du temps (palabrer) pour arriver au moment où nous ne nous y attendions plus et alors l'information souhaitée et demandée (mendiée) depuis quelques temps déjà, arrivait venue de nulle part !

Tout de même, il connaissait bien les chrétientés du Haut Mekong et lorsque nous préparions le premier voyage pour aller sur « les pas du Bienheureux Maurice Tornay » en 1998, c'est lui qui nous a donné les meilleures informations, les plus claires, les plus fiables, les plus actualisées.

Les autres chanoines consultés, le plus jeune (intéressé à la Chine, voire passionné), nous avait situé sur la carte Yerkalo alors qu'il se trouvait encore à Champittet, et l'autre le Prévôt émérite de l'époque lui avait enclenché des disques mais bloqués aux années cinquante, difficilement compréhensibles pour un « villerin » n'ayant jamais vécu à la campagne et se faisant une idée très personnelle de l'empire chinois.

Tout de même, il nous avait dit avec son sourire un peu narquois vous voulez aller dans nos missions, vous n'y arriverez jamais, sous-entendu ne perdez pas du temps surtout avec des enfants, jeunes adolescents !

Dopé par un ami « globe-trotter » qui nous avait dit « je vous mène où vous voulez en Asie », je lui avais dit avec mon aplomb habituel, « pas de problème » nous vous raconterons cela au retour !

Et au retour, Christiane l'appelle en lui disant que le voyage avait été assez éprouvant, mais que nous l'avions fait comme prévu de Hanoï jusqu'à Yerkalo, que nous avions des photos et aussi des films, il ne nous a pas cru, mais il a accouru à la maison immédiatement avec l'ancien vicaire de Tsechung, Angelin Maurice Lovey, pour « toucher », comme aurait dit Thomas l'apôtre, les « revenants ».

Cette soirée a été très émouvante et dans les discussions et lettres qui ont suivi, nous lui avons dit que nous avions l'intention d'y retourner en été 1999 pour les cinquante ans de l'entrée du Bienheureux Maurice au « banquet du Seigneur » .

Aucune réponse claire comme d'habitude, et tout d'un coup alors que nous étions à Dali , près de la Cathédrale tenue à l'époque (des missions) par les pères de Betharram, arrive le père Alphonse et nous avons passé tout une semaine avec lui, et l'ancien séminariste et élève du bienheureux Maurice, Bernard Marie (Adjrou), frère de Sandjrou, un des témoins du meurtre du chanoine Tornay au Choula !

Semaine magnifique, inoubliable et nous avons pu revivre une partie de l'épopée missionnaire avec les moyens du bord, véhicule hors d'âge ou d'usage, arrivée de nuit sans phare, arrivée dans un hôtel (Weixi) qui ressemblait plus à un « bordel », quasiment sans toilettes, ni eau courante, une communauté magnifique à Siao Weixi, et surtout une réception grandiose à Tsekou et Cadonga, quasiment mieux reçu qu'aurait pu l'être si nous étions les proches du Pape, etc... ce qui a laissé de tels souvenirs que depuis je me suis passionné pour la mission des Chanoines dans les MARCHES THIBETAINES DU YUNNAN.

Mille mercis père Alphonse, je ne vous saurai jamais assez reconnaissant, j'essaierai de me racheter encore autant que le Seigneur me le permette et aussi ma santé !

Ce qui a été semé par les missions étrangères de Paris et aussi par les chanoines du Grand Saint Bernard, dans des sols très caillouteux, a porté et porte encore du fruit, tant dans le Haut Mekong que surtout dans la Haute Salouen, continuons à les aider, à prier pour eux, à les encourager à terminer l'hospice du Latsa, et pourquoi pas leur demander de venir « missionner chez nous et nous évangéliser » !

DEO GRATIAS.

DMC

SAVIOZ DANS LE KHAM