LES MARTYRS DU TIBET VUS PAR P SIMONNET

ARC EN CIEL SUR LE HAUT MEKONGLe dimanche 16 mai 1993, le pape Jean-Paul II procédait à Rome à une qua­druple béatification : trois religieuses et un missionnaire martyr, et martyr du Tibet : le P. Maurice Tornayl chanoine régulier du Grand-Saint-Bernard (cf "Le Bienheureux Maurice Tornay - un homme séduit par Dieu" de Claire Marquis-Oggier et Jacques Darbellay), massacré par des lamas, le 11 août 1949, à la frontière des Marches tibétaines et du 'Tibet indépendant. Son crime était d'avoir pénétré à l'intérieur du Tibet dans le but d'aller plaider auprès du gouvernement de Lhassa la cause des chrétiens, auxquels était interdit le droit d'exister dans un pays qui était le leur. Dans son homélie, le Pape fit observer : « la mission et la passion du P. Tornay et de ses prédécesseurs des Missions Etrangères de Paris » ...

Et oui ! le Bienheureux Maurice Tomay était le onzième et le plus récent des missionnaires martyrs du Tibet. Mais, de 1854 à 1940, dix missionnaires des MEP avaient subi le même sort dans des circonstances analogues. On a oublié de les béatifier.

Le chanoine Espinasse avait eu son heure de célébrité lorsqu'il avait publié chez Laffont Prêtre en Corrèze, qui devint un best-seller ; puis il était rentré modestement dans l''ombre. Pressenti par la suite pour établir une monographie concernant le carmel de Tulle, il fut tout surpris d'y découvrir un volumineux paquet de lettres adressées aux carmélites par un missionnaire corrézien, le P. Jules Dubernard, massacré au Tibet en 1905.

Tout de suite, le chanoine écri­vain eut l'intuition d'avoir mis la main sur quelque chose de pas banal : un mis­sionnaire martyr ; et martyr dans un pays fabuleux. Et en plus des lettres aux carmélites, il y avait, soigneusement recopiées, les lettres du missionnaire à sa famille et à un ami ancien condisciple.

La lecture de ces documents ne fit que renforcer le chanoine dans sa conviction : c'est un trésor qu'il venait de mettre à jour. Du coup, il vint à Paris consulter les archives des Missions Etrangères, où il trouva, à vrai dire, assez peu de chose, sinon la confirmation de la valeur du personnage tel qu'il apparaissait dans la correspondance découverte à Tulle.

Un autre Corrézien, Pierre Borie, venait récemment d'être canonisé avec les martyrs du Vietnam (1988), et le chanoine Espinasse résolut de consacrer le temps qui lui restait à vivre (il avait quatre-vingts ans) à son héros. L'essentiel de la corres­pondance du P. Jules Dubernard fut donc publié chez Fayard, en 1990, sous le titre Tibet mission impossible. Lettres du Père Etienne-Jules Dubernard (1864-1905) présentées par Jean Espinasse, prêtre en Corrèze.

Le chanoine pouvait-il dès lors chanter son nunc dimittis ? Pas encore, esti­mait-il. Aux archives des MEP, il s'était aperçu qu'il n'y avait pas eu un martyr au Tibet, mais dix.

Or, à ce moment, on commençait à parler de la prochaine béatification de Maurice Tornay, obtenue à force de persévérance et d'accumu­lation de documents par les chanoines du Grand-Saint-Bernard.

Ici, aux Mis­sions Etrangères, personne ne paraissait se préoccuper des martyrs du Tibet. Avec leurs vingt saints martyrs de Corée et du Vietnam les MEP étaient-elles blasées, redoutaient-elles une indigestion de martyrs ou la perspective de ces interminables... et coûteux procès de béatification ? Le chanoine Espinasse n'envisageait pas les choses de cette façon. Ces martyrs du Tibet étaient-ils d'authentiques martyrs, oui ou non ? Si oui, ils devaient être glorifiés.

Les chré­tiens avaient plus que jamais besoin de tels modèles et de s'entendre rappeler que des hommes étaient morts pour leur foi à toutes les époques et dans tous les pays. Comme les MEP traînaient les pieds, le chanoine fit part de sa manière de pensée aux évêques dont les martyrs étaient originaires.

Puis le chanoine Lespinasse mourut.

Dès lors, le supérieur général réalisa que c'était aux MEP d'agir en vue de mettre en route le lourd procès.

Les archives consultées réservèrent la même déconvenue que celle éprouvée par le chanoine Espinasse : il s'y trouvait vraiment peu de chose concernant les martyrs du Tibet. Le procureur de Rome ne dissimula pas que s'il se présentait en vue d'intenter un procès en béatification avec seulement ça dans les mains, il se ferait éconduire.

Pourquoi ce vide ? Lors des persécutions de Corée et du Vietnam, les évêques de ces pays avaient soi­gneusement rassemblé à chaud les témoignages permettant d'établir les acta martyrum. Rien de tel pour le Tibet. Pourquoi ?

Le Tibet est un pays exceptionnel, et la mission du Tibet ne l'est pas moins. En Corée, au Vietnam, le pays était à l'échelle humaine, et la situation « claire », si l'on peut dire. Un souverain s'opposait à ce que ses sujets embrassent le chris­tianisme, et cela sous peine de mort.

La loi du royaume était appliquée ; tout le monde jouait le jeu. Au Tibet, c'était beaucoup plus compliqué.

Le pays n'était pas à l'échelle humaine. Les distances ne se mesuraient pas en kilomètres, mais en semaines, parfois en mois...

Faute de pouvoir pénétrer à l'intérieur du Tibet indépendant, interdit à tout étranger, les missionnaires en étaient réduits à fonder des chrétientés dans cet immense pays de routes sans lois qu'étaient les Marches tibétaines, dépendantes du très lointain gouvernement de Pékin, mais où s'entre-croisaient l'autorité des lamas, les tout-puissants moines tibétains, et, pour sim­plifier le tout, le pouvoir des roitelets indigènes ; car ce pays était un salmigon­dis ethnique autant que géographique et politique.

Alors, en cas de persécution violente, qui persécutait qui ? En général, les Chinois soutenaient les mission­naires ; mais il arrivait que ce fût le contraire... Enfin, en Corée comme au Viet­nam, les persécutions bien claires et bien définies s'étendirent sur une période de trois décennies.

Aux Marches tibétaines, elles s'étalèrent avec des hauts, des bas et de longues périodes d'accalmie, sur une période de près de cent ans ! Alors, établir des acta martyrum dans ces conditions, dans un pareil pays et avec de tels moyens de communication... On n'y pensait guère, ce qui explique la min­ceur de nos archives concernant ces événements.

Les chanoines du Grand-Saint-Bernard réagirent différemment. D'abord, ils étaient nouveaux venus au Tibet : le début de la décennie 1930. Or, pendant les vingt ans qu'ils y travaillèrent, l'un des leurs avait donné sa vie pour sa mission ; aussi s'empressèrent-ils de réunir toutes les pièces du dossier en vue de la béatification de leur martyr. Tous expulsés de Chine en 1952, ils esti­maient que c'était là un bon moyen de continuer à servir leur mission. La besogne leur était facilitée par le fait que tous ses confrères étaient encore vivants et pouvaient témoigner. Ensuite, la famille du P. Tornay avait conservé toutes ses lettres.

Plus tard, les chanoines du Grand-Saint-Bernard arrivèrent même à faire venir des anciens chrétiens du P. Tornay jusqu'à la principauté himalayenne du Sikkim, où leur témoignage fut recueilli. Le dossier de Mau­rice Tornay était donc aussi copieux que récent et solide.

Pourtant, il fallut quarante ans pour le voir aboutir à la béatification ! Combien nous faudra-t-il de temps pour nos dix candidats, avec leurs minces et vieux dossiers ? Bien entendu, nous serons tous morts quand cela aboutira, si cela aboutit.

Et pourtant, en y réfléchissant, c'est le chanoine Espinasse qui a eu raison d'intervenir pour mettre les choses en route. Car le bienheureux Maurice Tornay est l'aboutissement d'une longue, dramatique et héroïque histoire, comme le Pape l'a mentionné dans son homélie : « La mission et la passion du P. Tornay et de ses prédécesseurs des Missions Etrangères de Paris... »

Nous sommes peut-être moins renseignés sur nos dix confrères morts pour le Tibet, mais ils sont morts pour la même cause que le P. Tornay : une cause qui en valait la peine, puisqu'il s'agissait de l'évangélisation du pays le plus hermétiquement clos tant par la nature que par les hommes ; et plusieurs d'entre eux, indépendam­ment de leur martyre, sont des personnalités qui valent la peine qu'on les redé­couvre.

C'est ce qui avait frappé le chanoine Espinasse quand il avait trouvé, dormant dans un coin du carmel désaffecté de Tulle, le paquet de lettres du P. Dubernard.

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Cent ans après que les capucins italiens aient été contraints d'éva­cuer le Tibet, deux missionnaires français, les lazaristes Gabet et Huc réussissent l'exploit d'atteindre Lhassa ; mais ils sont expulsés au bout d'un mois sur intervention de l'ambassadeur de Chine.

Alors Rome fait gentiment cadeau de cette mission commode aux Missions Etrangères de Paris, qui ont déjà sur les bras le Vietnam et la Corée en pleine persécution à outrance, sans parler d'une bonne partie de la Chine intérieure !

Aussitôt, Renou tente la pénétration du Tibet côté Chine, et Krick côté Inde. Au pire moment ; car Chinois aussi bien que Tibétains font bonne garde après la réussite, puis l'expulsion des deux lazaristes.

Krick, lorrain, entreprend en 1851, à partir de l'est de l'Inde, deux expéditions à travers les Himalayas et parvient à séjourner quelque temps chez les tribus à peu près sauvages des Abors et des Michemis. Il laissera le récit de ses effroyables conditions de vie dans un journal du plus haut intérêt. Il est mis en quarantaine et dans l'impossibilité d'acheter quoi que ce soit pour sa nourri­ture. Il est enfin chassé et redescend gravement malade en Inde, pour apprendrequ'il est nommé préfet apostolique de cette partie de la mission du Tibet. Il n'y a plus qu'à recommencer !

1853. Troisième expédition chez les Abors, sans plus de succès. Il n'en récidive pas moins en 1854 ; et cette fois, instruit par l'expérience, il se prépare plus minu­tieusement et entreprend de mettre à profit ses quelques connaissances médicales ; et surtout il prend avec lui le compagnon que le séminaire de Paris vient d'envoyer au "Préfet apostolique", misérable prêtre, seul, complètement seul à l'angle droit où l'énorme Brahmapoutre remont plein nord vers le Tibet à travers l'Himalaya.

Bourry fut le condisciple de saint Théophane Vénard à Mont-morillon, Poitiers, enfin à Paris ; mais autant Vénard était brillant et amical, autant Bourry était solitaire, taciturne et peu doué pour les études dont il ne vint à bout qu'à force de volonté. Toute sa force résidait en cette volonté et dans sa résolution d'être missionnaire : dans une mission dure et dangereuse autant que possible. Aussi accueillit-il avec satisfaction sa destination pour le Tibet. Il s'embarqua donc pour l'Inde en 1852, et parvint à rejoindre son supérieur, le Père Krick à la fin de 1853. Il ne fit aucune objection pour se joindre à lui sans plus attendre, le 29 juillet 1854, quoique dûment mis au courant du genre de vie qui les attendait, et des risques qu'ils couraient.

Krick, déjà connu dans la région, commença à soigner les malades et en profita pour se mettre à l'étude du tibétain. Les deux missionnaires se trou­vaient depuis un mois au village de Sommeu quand, le ler septembre 1854, un chef michemi d'un village voisin y fait irruption, accompagné de sbires, et massacre Krick et Bourry. Une enquête révélera que l'ordre venait de plus haut, mais que les autorités tibétaines, qui suivaient soigneusement les allées et venues de Krick, avaient préféré faire exécuter le « sale boulot » par « les sauvages ».

Dans le Mémorial des Missions Étrangères, Launay conclut ainsi la notice de Krick : « Il montra dans sa carrière apostolique beaucoup d'intrépidité, de sang-froid, d'initiative ; mais son expédition était trop aventureuse pour être couronnée de succès ». Le même reproche fut adressé au Bienheureux Maurice Tornay au cours de son procès de béatification.

Reproches justifiés ? Si on veut. Car il semble que, face à des situations complètement bloquées, il faille, au moins de temps en temps, oser des paris un peu fous pour en sortir et faire bouger les choses. C'est le risque que prirent le premier et le dernier martyrs du Tibet.

... Et il arrive que les choses finissent par bouger. À travers les Himalayas, la frontière entre l'Inde et le Tibet fut longtemps on ne peut plus vague. Elle ne fut définie avec précision qu'après la deuxième guerre mondiale, par les soins de l'ONU ; si bien que tout un pan de l'Himalaya revint à l'Inde et forme aujourd'hui l'État de Arunachal Pradesh.

Il y a une vingtaine d'années, un puissant mouvement de conversions commença à se manifester dans la plaine d'Assam, débordant dans le nouvel Etat qui risque de devenir bientôt le pre­mier Etat indien en majorité catholique.

Les salésiens indiens, en charge du diocèse de Dibrugahr se renseignèrent alors sur les deux missionnaires fran­çais qui s'y sacrifièrent il y a cent vingt ans, dont le souvenir demeure encore jusque chez les Abors et les Michemis, et qui sont ici vénérés comme des saints.

À la salle des Martyrs du séminaire des Missions Étrangères sont exposés des signets de missel et un petit crucifix retrouvés chez les assassins des Pères Nicolas Krick et Augustin Bourry.

Pierre Durand, languedocien, est destiné au Tibet en 1858. À cette époque, on se détourne du projet de pénétration par l'Inde.

L'Inde et le Tibet sont deux pays complètement différents, géographiquement, ethniquement et religieusement, séparés de surcroît par la fantastique barrière de l'Himalaya. Après l'échec de Krick et de Bourry, on prend le parti de se rabattre sur la Chine.

Ce n'est pas que ce soit beaucoup plus facile ni moins dangereux. Mais le Tibet géographique, ethnique et religieux se prolonge largement vers l'Est au-delà de la fameuse « frontière interdite », formant les Marches tibé­taines, certes, mais sous administration chinoise. C'est là que Durand est envoyé.

Il commence par traverser toute la Chine, d'Est en Ouest. Arrêté à Chong­qing, il est condamné à être renvoyé à Canton sous escorte. En route, le caté­chiste qui l'accompagne achète les satellites, et Durand s'empresse de faire demi-tour. Il rejoint son évêque ; et en 1861, il l'accompagne dans sa tentative pour pénétrer au Tibet « à visage découvert », selon les consignes de Rome.

Un hiver entier à palabrer à Tsiamdo, la première ville tibétaine. Nouveau demi-tour: il faut retourner aux Marches. Ainsi, dès le début de sa carrière, Durand fait connaissance « sur le tas » tant avec la Chine qu'avec le Tibet !

Il est heu­reusement soutenu par son robuste optimisme méridional ; et dès l'année suivante (1862), il pénètre de nouveau en Tibet interdit, clandestinement cette fois.

Il rejoint Bonga, terrain acquis à force d'intrépidité et d'habileté par le P. Renou, qui y a aménagé un petit poste. Mais les lamas de Menkong ne peuvent tolérer l'existence de cette petite chrétienté à l'intérieur du Tibet, et obligent le mission­naire à partir.

Durand s'installe alors en territoire chinois, mais tout près de la frontière, à Kionatong. C'est encore trop près au gré des ennemis des chrétiens. Le 28 septembre 1865, il est attaqué par les sbires armés par les lamas.

En hâte, il tente de s'enfuir en empruntant le câble qui traverse la Salouen. Mais ses poursuivants ouvrent le feu sur lui.

Atteint de deux balles, il tombe dans le fleuve et s'y noie. Son corps, retrouvé le 16 octobre à Lin-ta-tang, y fut inhumé. Non, décidément, ce n'était ni plus facile, ni moins dangereux côté Chine que côté Inde...

Jean-Baptiste Brieux n'aura pas une carrière missionnaire beaucoup plus longue que celle d'Augustin Bourry. Né en Franche-Comté en 1845, il est envoyé dans la mission du Tibet en 1878, et dirigé vers Batang sur le haut Yangtze Jiang.

Ce poste est important, car c'est la station intermédiaire entre Tatsienlou, résidence de l'évêque (à trois semaines vers l'Est), et les postes fron­taliers sur le haut Mékong, à la même distance !

C'est le missionnaire de Batang qui doit maintenir le contact avec eux, et leur apporter les allocations et objets divers que la mission leur envoie chaque année. Ce rôle de convoyeur de fonds peut sembler bien modeste, mais combien nécessaire !

Et dans ce pays truffé de bandes de brigands, pas question de se déplacer autrement qu'en caravanes. Brieux est donc convenu de se joindre à une troupe d'une centaine de Tibétains qui devait partir le 8 septembre 1881.

Comme elle prend du retard (ce qui arrive souvent), le missionnaire se résoud à la précéder de quelques heures avec ses gens (un Chinois et deux Tibétains), ses bêtes et son chargement.

Il établit en attendant son campement au bord du Yangtze Jiang. Au milieu de la nuit, une vingtaine de bandits envahissent la tente et massacrent le missionnaire à coups de sabres et de coutelas, laissant s'enfuir ses gens qui reviennent à Batang annoncer la nouvelle.

Le mandarin chinois est tout de suite intrigué par la bruyante détresse manifestée par les dirigeants de la lamaserie. C'est là qu'il s'empresse de mener son enquête, et c'est là qu'il découvre effectivement les assassins, qui s'accusent les uns les autres: de simples exécutants, évidemment. Les mandants, eux, s'en lavaient les mains...

C'est que certaines lamaseries, non contentes d'interdire aux missionnaires de pénétrer à l'intérieur du Tibet indépendant, prétendaient les empêcher de s'établir à proximité de la frontière. Jean-Baptiste Brieux était mort pour que puissent vivre les chrétientés frontalières de Yerkalo, Atuntze, Tsekou, Xiao­weisi...

Dans la vitrine Tibet de la salle des Martyrs, on peut voir plusieurs souvenirs du père Brieux: sa robe chinoise, sa montre, sa flûte, et trois poignards saisis chez ses assassins.

Henri Mussot, franc-comtois comme Brieux, connaîtra une carrière mis­sionnaire plus longue, puisqu'il vivra vingt-cinq ans dans ce pays de tous les dangers et y fera pas mal de choses.

Il est envoyé au Tibet en 1881 juste au moment où son compatriote s'y fait massacrer. Il est dirigé tout d'abord sur la frontière indienne, au Sikkim; mais il est rapidement muté aux Marches tibé­taines de Chine, et chargé du nouveau poste de Chapa, proche de Tatsienlou, résidence de l'évêque du Tibet, où il est appelé bientôt pour y remplir le rôle de procureur.

De là, il est envoyé pour créer un poste à Lentsy où il manque de peu de se faire massacrer par les Boxers.

Renvoyé à Chapa, il se retrouve peu après chargé de Batang... La chrétienté de Batang n'était guère importante; sa situa­tion géographique, par contre, était de la plus haute importance, comme nous venons de l'expliquer à propos de Brieux, et l'évêque de Tatsienlou tenait à y garder un missionnaire en permanence.

Acette époque, la Chine est en pleine ébullition, et les Marches au bord de la révolte. Mussot ne se fait guère d'illu­sion. Il écrit: «Il n'y a ici que cinquante soldats; si le nombre n'est pas promptement renforcé, nous sommes perdus.»

Le missionnaire ne se trompait pas. Après l'anéantissement de la petite garnison chinoise, il s'enfuit et demande l'hospita­lité d'un roitelet indigène, puis du petit mandarin chinois isolé chargé de surveiller le passage du Yangtze Jiang.

Les lamas, prévenus de sa fuite, découvrent sa retraite. Ils le chargent de chaînes et le ramènent à Batang. Le 6 avril 1905, le missionnaire, au milieu des injures de la populace, est dénudé, fustigé d'épines et fusillé à bout portant.

Mussot, parti pour le Tibet, l'année du massacre de Brieux, mourait comme lui à Batang, de la même manière et pour le même motif.

André Soulié, rouergat, fut destiné au Tibet en 1885. On commence par l'envoyer se tibetiser à Batang – lui aussi! Puis on lui confie le poste de Chapa, proche de Tatsienlou. Quand on l'estime suffisamment aguerri, il est envoyé à Chekou, une des chrétientés frontalières, à plus d'un mois de voyage ! Il y rejoint Dubernard, missionnaire de longue expérience; si bien qu'en 1896, il se voit confier le poste de Yarégong, à l'écart de toutes les pistes habituellement utilisées.

Soulié, qui a une âme de savant, dresse une carte de ces pistes à peu près inconnues. II réunit de précieuses collections entomologiques et botaniques, qu'il est assez heureux pour faire parvenir au Muséum de Paris.

En 1904, il reçoit une médaille d'argent de la Société de Géographie. De plus, il se révèle un excellent médecin (sa connaissance des plantes ?), il soigne et guérit de nom­breux malades.

1905. Le séculaire Empire du Milieu tremble sur ses bases, et c'est l'année ter­rible pour la mission du Tibet. Fin mars, les lamas de Tchrouagoun préviennent lepère Soulié que la révolte dans les Marches est imminente, et le pressent de partir –car les missionnaires n'avaient pas que des ennemis chez les lamas...

Le 3 avril, unebande armée vient le saisir. On lui arrache ses vêtements et on l'attache à un arbre. Le lendemain, quelques lamas venus de Batang prennent la direction des opéra­tions. Ils font l'inventaire de la maison, et commencent par détruire avec rage lesimages pieuses.

Les habitants du district tentent à l'aide de petits présents d'adoucirla captivité de leur bienfaiteur, mais ils sont contraints d'assister à son supplice. Un païen ose même renouveler le geste de Véronique, et essuie le visage du prêtre, ruisselant de sueur et de larmes...

Un des assaillants vient lui apprendre le massacre de Mussot à Batang: «Nous avons été impuissants à vous sauver. Veuillez nous pardonner.» Le martyr remercie et prie. Une balle lui traverse la tête, une seconde l'atteint en plein coeur. Un énergumène coupe un de ses bras d'un coup de sabre. Les assistants recouvrent le cadavre de pierres et de branchages.

Pierre Bourdonnec, breton comme son nom l'indique, fut envoyé au Tibet en 1882. Il débute à Yerkalo, la chrétienté pour laquelle le Bienheureux Maurice Tornay a donné sa vie en 1949.

Mais, à l'arrivée de Pierre Bourdonnec, c'est déjà une chrétienté à risques, et elle le deviendra de plus en plus. La raison en est qu'elle ne se trouvait pas proche de la frontière, mais juste à la frontière, face à la lamaserie hostile de Lagong dont elle n'était séparée que par le Mékong, et avec, dans le dos, une autre lamaserie ennemie: Karmda.

Il fallait avoir la foi chevillée au corps pour accepter d'être prêtre... ou chrétien à Yerkalo! D'ailleurs, la persécution ne tarde pas à chasser Bourdonnec de Yerkalo, dès 1887; il y revient en 1891. En 1894, il est jugé suffisamment aguerri pour être nommé chef de district.

Devant la précarité de sa situation, il se consacre assidû­ment à l'école des catéchistes: c'est sur eux que reposera la fragile chrétienté en cas de disparition du prêtre. Il a été clairvoyant. En 1905, c'est la persécution déclarée, et il est encore contraint de fuir pour se cacher.

Il rencontre dans la montagne le père Dubernard, fugitif comme lui. C est un vieillard à bout de forces. Il enjoint à son confrère plus jeune de l'abandonner et de tenter de se sauver avec ses gens. Bourdonnec descend vers Pating au bord du Mékong, et offre au maire une forte somme pour lui permettre de traverser le fleuve sur les câbles.

Le maire refuse, arguant le mauvais état des câbles, et qu'il n'a pas de poulies. Le missionnaire remonte dans la montagne, où le retrouvent les lamas qui ont enrôlé une bande de Lissous, tribu demi-sauvage, armés d'arcs et de flèches empoisonnées.

Ils abattent le missionnaire et ses deux serviteurs, et leur coupent la tête. Fiers de leurs trophées, ils descendent au fleuve et y trouvent à leur merci une quarantaine de chrétiens. Ils se contentent de les dépouiller du peu qu'ils ont pu emporter dans leur fuite.

Seule mourra une jeune femme qui, dans son affolement, se jette au fleuve. Deux ans plus tard (1907), le corps de Bourdonnec fut ramené à Tsekou, où les chrétiens l'inhumèrent solennellement.

Jules Dubernard, corrézien, le compatriote du chanoine Espinasse, reçut sa destination pour le Tibet en 1864. Sa longue vie missionnaire comporte quatre singularités.

D'abord, justement, sa longueur même: vivre jusqu'à 65 ans et tenir quarante ans dans un tel pays était déjà exceptionnel. Ensuite, Dubemard travaillera toute sa vie dans le même district: Tsekou, poste perché dans la mon­tagne dominant le Mékong.

Troisièmement, la plupart des chrétiens de Tsekou étaient d'anciens esclaves rachetés par les missionnaires... Il fallut beaucoup de temps et de patience à Dubernard pour faire des hommes de ces malheureux incapables de prendre une initiative ou une décision, habitués qu'ils étaient depuis leur adolescence ou même leur enfance à n'agir que sur ordre. Le mis­sionnaire s'accommoda de ce matériau ingrat pour développer son poste.

Il bâtit un presbytère, des écoles et une église, et fonda trois petites chrétientés satel­lites. Du coup, lui aussi racheta ce qu'il put d'esclaves aux Lissous, en payant avec du sel...

Quand la persécution vint le rejoindre en 1905, il n'était plus qu'un vieillard accablé de fatigue. Pour ne pas compromettre les villages lissous, auxquels d'ailleurs on ne pouvait guère faire confiance, il va se cacher dans une grotte. Il est accompagné de son serviteur et de sa famille qui refusent de l'aban­donner, préférant partager son sort.

Le 26 juillet, les lamas le découvrent, dénoncé qu'il a été par un chef de vil­lage lissou; ils l'enchaînent, tuent son serviteur et emmènent sa femme et ses trois enfants. Ils contraignent Dubernard à marcher pieds nus jusqu'à ce que, les pieds ensanglantés, il ne puisse plus faire un pas.

Ils le font alors porter à dos d'homme par des Lissous qu'ils ont réquisitionnés. Ils atteignent une étroite terrasse en bordure du Mékong. Les Lissous, qui ne veulent plus marcher, exigent de camper là.

Alors, les persécuteurs accablent leur prisonnier de railleries: où est donc son dieu qu'il disait si puissant? à quoi lui servent toutes ses prières? ne ferait-il pas mieux de le renier ? répétant sans s'en douter les sarcasmes adressés à Jésus en croix...

Au petit matin, le funèbre cortège reprend sa marche vers le Nord. Arrivés au confluent d'un torrent, les Lissous refusent de faire un pas de plus: là s'arrête leur territoire. Les lainas décident de procéder sans plus tarder à l'exécution.

Ils en chargent les Lissous, préférant, comme toujours, faire exécuter par d'autres ce genre de besogne. Trois d'entre eux finissent par accep­ter contre la promesse qu'ils recevront un boeuf pour salaire.

Dubernard s'age­nouille et prie; il tend sa tête à son bourreau, qui la fait tomber au troisième coup de sabre. Ils procèdent sommairement à l'enterrement du martyr, tandis que les lamas emmènent sa tête à Atuntze en témoignage de la mission accomplie...

Mais la plus singulière des quatre singularités de la vie de Dubernard est la quatrième: celle qui suit sa mort. En ces jours, Dubernard et Bourdonnec n'étaient pas les seuls à fuir dans les montagnes.

Le père Monbeig venait de passer de la vallée de la Salouen dans celle du Mékong, qu'il réussit à traverser sur le câble. Il le redescendit pendant quatre jours sur la rive gauche, parvenant jusqu'à la chré­tienté de Xiaoweixi. Il y avait encore un botaniste anglais nommé Forrest, hôte à Tsekou du père Dubernard, qui échappa de justesse aux assassins des deux mis­sionnaires.

Monbeig, arrivé à Xiaoweixi le 7 août y vit échouer l'Anglais dans un état pitoyable. Voici le rapport que fit Monbeig: «Au bout de deux jours, il me demanda si je croyais à l'apparition des âmes après la mort. Je lui répondis qu'avec la permission de Dieu, la chose est possible.

"Alors, dit-il, je suis rassuré et je puis vous dire que j'ai été sauvé par le bon M. Dubernard. Tandis que j'erraistout seul dans les montagnes et les torrents, le Père m'apparut quatre soirs de suite, sans dire un mot, il m'indiquait continuellement de son bras la direction que je devais suivre.

Sans ce secours, je serais certainement tombé aux mains des lamas". – Cet Anglais, âgé de vingt-huit ans, est un presbytérien d'Ecosse, et jamais, pen­dant les trois mois qu'il passa à Tsekou, il ne mit les pieds à l'église. Sa conduite, cependant, était irréprochable. Jamais aussi dans son travail de botaniste il n'avaitexploré la région par laquelle il dut fuir lors de l'arrivée des Tibétains à Tsekou. Il a lui-même raconté ce fait à son consul au Yunnan, M. Wilkinson.»

La salle des Martyrs du séminaire des Missions Étrangères conserve dans la vitrine Tibet le calice du père Dubernard.

THEODORE MONBEITG, béarnais, fut celui qui reçut en premier la nouvelle de l'assassinat des Pères Bourdonnec et Dubernard, qu'il apprit par le botaniste anglais Forrest; le premier aussi à apprendre du même Forrest les quatre mani­festations posthumes de Dubemard à qui Forrest déclarait devoir son salut. Cela se passait en 1905, l'année où les lamas fanatiques pensèrent anéantir la mission du Tibet, au cours de laquelle ils massacrèrent Mussot, Soulié, Bourdonnec et Dubernard... Et ce n'était pas fini, puisque, neuf ans plus tard, Monbeig devait subir le même sort !

En attendant, les Chinois s'efforçaient de reprendre en main l'administration des Marches. Ce ne fut pas une mince affaire; et, pendant plusieurs années, on assista à une suite de batailles triangulaires entre Chinois, roitelets indigènes et lamaseries intégristes, chaque parti allié tantôt aux uns, tantôt aux autres, sans compter les rivalités intestines chez les Chinois, qui dégénéraient parfois en conflits!

Et, pour couronner le tout, la guerre civile en Chine en train de passer de l'Empire à la République... Et c'est dans ces conditions impossibles que les missionnaires du Tibet s'efforçaient de poursuivre leur travail.

Le père Monbeig est alors chargé du poste de Tsedzjong, sur la rive droite du Mékong. En 1913, il est appelé à prendre Batang, le poste ingrat, dangereux et nécessaire, qui avait déjà vu mourir Brieux et Mussot. Monbeig se met aussitôt au travail et com­mence par aller visiter les deux annexes de son poste: Yarégong (où avait été massacré Soulié), et Litang; deux «annexes» situées chacune à huit jours de voyage du centre !

Le jour même où il pensait arriver à Litang, il est attaqué dans un endroit désert par une bande de deux à trois cents cavaliers tibétains. Ils tirent d'abord sur son cheval, qui tombe sous lui. Son domestique tibétain hisse le mis­sionnaire sur son propre cheval, lui faisant un rempart de son corps.

II tombe mortellement atteint à ses pieds, et Monbeig est tué à son tour. Le sous-préfet de Litang averti fait transporter le cadavre de l'Européen dans son prétoire et télégraphie à la mission de Tatsientou qu'un étranger a été tué sur le territoire soumis à sa juridiction.

L'évêque, qui n'était pas prévenu du voyage, ne supposa pas qu'il s'agissait de son missionnaire. Mais une lettre arriva à l'évêché dans laquelle Monbeig annonçait son projet de visite à Yarégong et Litang. C'était donc bien Monbeig...

Le médecin légiste qui examina le corps y releva treize blessures: cinq coups de fusil, six coups de sabre et deux de pierre. Du travail de sauvages. Il s'agissait, en fait – on le sut plus tard – d'une bande militarisée, en guerre aussi bien contre la Chine que contre les lamaseries.

Le corps du martyr, ramené à Tatsienlou, y fut l'objet d'obsèques solen­nelles. Les autorités civiles et militaires se rassemblèrent à la cathédrale, entou­rées d'une colonie étrangère comme Tatsienlou n'en avait jamais vue: consuls de France et d'Angleterre, missions scientifiques française et allemande, ministres protestants anglais et américains...

Beau rassemblement unitaire autour de la dépouille d'un martyr. C'était le 8 juillet 1914.

Le premier jour d'août, la guerre mondiale éclatait en Europe...

VICTOR NUSBAUM, alsacien, arriva au Tibet en 1909, et, pour changer, il fut envoyé s'acclimater à Batang. Mais le nouveau n'avait pas peur des longs voyages, il était toujours volontaire pour aller donner un coup de main à qui en avait besoin.C'est ainsi qu'on le vit plusieurs fois dans les postes frontaliers, notamment à Yerkalo. Si bien que le titulaire de Yerkalo appelé à Tatsienlou en 1915, le poste est confié à Nussbaum qui y était déjà bien connu.

Et voilà que les circonstances vont donneràYerkalo une importancedéme surée par rapport à sa taille. Nous disions à propos de Pierre Bourdonnec: «La chrétienté de Yerkalo ne se trouvait pas proche de la frontière, mais juste à la frontière, face à la lamaserie hostile de Lagong dont elle n'était séparée que par le Mékong, et avec, dans le dos, une autre lamaserie ennemie: Karmda.»

Et voilà que cette frontière sino-tibétaine, continuelle pomme de discorde, va faire l'objet d'une rectification qui met la chrétienté de Yerkalo et la lamaserie de Karmda à l'intérieur du Tibet indépendant ! C'est dire que la petite chrétienté est livrée aux deux lamaseries intégristes...

La suite ne se fait pas attendre. Karmda et Lagong font comprendre à Nussbaum qu'il n'a plus qu'à déguerpir. Pas ques­tion. Il peut emmener ses chrétiens s'il le veut. Mais les «Yerkaloba» ne sont pas plus disposés à vider les lieux que leur pasteur. Le temps, ni les brimades, ni les menaces ne font rien à l'affaire.

Nussbaum est un héros à la Graham Greene. Son moteur, c'est la foi, et il a une vraie foi d'Alsacien; mais le carburant de ce moteur, c'est la gnôle, ce qui ne va pas sans inconvénients dont il est parfaitement conscient...

Ce sont des détails. L'essentiel, pour lui comme pour les Yerkaloba, c'est de tenir, seule petite chrétienté en Tibet interdit, face au tout-puissant pouvoir lamaïque. Dommage que le prêtre ne ressemble guère à un saint, mais c'est lui qui est là, et il faut faire avec ce qu'on a...

Apropos de Nussbaum, on pourrait reprendre les termes de la préface de François Mauriac au chef-d'oeuvre de Graham Greene La puissance et la gloire: «Chez ce faux mauvais prêtre, ce n'est pas la vertu qui apparaît comme le contraire du péché, c'est la foi — la foi en ce signe qu'il a reçu au jour de son ordination, en ce dépôt que lui seul porte encore dans ses mains indignes et pourtant consacrées...»

En 1940, les nouvelles arrivent jusqu'à ce coin reculé du Tibet: la France, patrie de Nussbaum, vaincue en Europe. Quant à la Chine voisine, elle est alors bien trop absorbée à l'Est par les Japonais qui occupent le tiers de son territoire pour s'intéresser de trop près à ce qui se passe au-delà de son Far-West...

C'est le moment ou jamais. Le seul prêtre catholique présent dans tout l'immense Tibet est assassiné (comme il le prévoyait) par des lamas de Karmda.

Et l'épisode Nussbaum se termine comme le roman de Graham Greene. Le père Émile Burdin arrive à Yerkalo: «Je suis votre nouveau prêtre.»

Avons-nous donc si peu de choses sur les martyrs du Tibet? C'est une façon de parler! Et les deux tomes de l'Histoire de la mission du Tibet de 450 pages chacun?

Du travail d'historien, sec, précis, documenté, comme toujours Launay, pas d'apologie ni d'hagiographie. C'est une histoire générale au milieu de laquelle la mort de nos dix héros ne représentent que dix brefs épisodes; mais ces dix morts ne se comprennent vraiment et ne prennent toute leur importance que dans ce cadre général.

Et on ne réalise que trop qu'à ces dix morts, il fau­drait en toute justice ajouter quelques dizaines de chrétiens tibétains morts par fidélité à leur foi et à leurs prêtres, les domestiques surtout, chargés de famille, mais qui refusèrent de quitter leur maître à l'heure du danger: le Léang et son fils Jean de Bourdonnec, le Raymond de Dubernard, le Boni; de Monbeig, le Doci du bienheureux Maurice Tornay...

Tels étaient ces chrétiens des Marches tibétaines, tellement rudes qu'ils avaient effrayé leur premier évêque. Or toutes ces chrétientés restées depuis quarante ans sans prêtres, sans protection, sans aucune ressource extérieure dans ce pays de routes sans lois, à des journées, des semaines de marche les unes des autres... toutes ces chrétientés, nous le savons aujourd'hui, elles existent toujours.

Finalement, le bon chanoine Espinasse avait eu raison d'intituler le recueil deslettres du martyr Dubernard:Tibet mission impossible. Et pourtant cette mission a existé, puisqu'elle a une histoire, une longue histoire, qui n'est pas terminée...

Christian SIMONNET  MEPBAHANG 2016arc en cielJPG

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