VACANCES INEDITES (1998)

"Vacances" inédites sur les pas du Bienheureux Maurice Tornay
par Christiane et Daniel Cipolla et leurs enfants : Stanislas (17 ans), Barthélemy (15 ans), Maximilien (12 ans) et Blandine (10 ans)


Séduits par le tempérament de feu du Bienheureux Maurice Tornay, fascinés par un peuple en « voie de disparition » les thibétains, - nous nous sommes laissés entraînés par un rêve un peu fou : un grand voyage à l'autre bout du monde.

Dans un premier temps, pour nous faire une idée, nous nous sommes adressés à des agences qui nous proposaient des prix exorbitants, et nous
démontraient leur ignorance de ce coin perdu de la planète.

Petit à petit à la lecture des récits du Père Alphonse Savioz et encouragés par des amis globes-trotters (tombés littéralement amoureux de l'Asie) nous décidions de partir confiants dans l'ingéniosité et l'hospitalité des asiatiques et nous n'avons pas été déçus.

Bangkok : temple du capitalisme saurage


BANGKOK EST NOTRE PREMIERE ETAPE OBLIGEE

Nous découvrons cette ville de nuit comme un immense commerce avec des rues entières aux étals de tee-shirt de marque pour quelques dollars. Nos ados croient rêver. Leurs bagages sont trop petits et trop lourds pour répondre à leur boulimie d'achats.
Fouinés à la recherche de petits hôtels, tout marchander, utiliser les transports en commun plutôt que les taxis, les filières parallèles pour les excursions touristiques, glanés des filons et les mises engarde des routards, nous entrons déjà à Bangkok, dans une manière de vivre très différents de notre quotidien en Suisse. Nous avons mis en route le « système D » que nous avons toujours utilisé, à une plus petite échelle bien sûr, dans nos voyages antérieurs.

Bangkok est une ville luxuriante et pauvre. Les magnifiques buildings des plus grandes filiales mondiales, les plus beaux hôtels côtoient des masures sur pilotis bordant des canaux qui sillonnent la ville. La lente agonie du Vietnam et le génocide du Cambodge ont permis à la Thaïlande ce développement explosif.
Laissant derrière nous l'atmosphère étouffante et polluée de cette capitale , nous allons découvrir l'espace d'une semaine les paysages féériques du nord Vietnam.

 

Le nord Vietnam :peuple laborieux et en plein développement anarchique.

LE VIETNAM A ETE LE PREMIER CONTACT AVEC L'ASIE POUR LE PERE MAURICE TORNAY. IL DEBARQUAIT A HAIPHONG EN MARS 1936, APRES 28 JOURS DE VOYAGE EN BATEAU PAR MARSEILLE. IL A TRAVERSE LA PROVINCE DU TONKIN DU SUD AU NORD. IL A ETE ORDONNE DANS SA CAPITALE , HAN01, le 24 AVRIL 1938. NOTRE ITINERAIRE AU VIETNAM EST DONC DEJA TOUT TRACE.

Haiphong est un port important, la ville est plus développée que Hanoï qui est reléguée au rôle de capitale politique et culturelle. On nous dit que le commerce y est intense, ainsi que les trafics "en tout genre". Haiphong se trouve dans la région de la célèbre baie d'Halong, septième merveille du monde par beau temps et enfant chéri des cinéastes. Sur des kilomètres sur terre et sur mer, se dressent des rochers aux f'ormes toutes plus originales les unes que les autres. Des grottes gigantesques aux murs blanchis et polis, illuminés de milles couleurs, nous impressionnent vivement . Une fois de plus nous saluons la minutie et le sens de beauté des asiatiques ainsi que le doigt du Créateur.

Bordant les routes, aux couleurs de la pluie, nous sommes enchantés par un paysage inondé; un damier de rizières avec des hommes et des femmes pataugeant dans la boue. Partout le chapeau conique en feuille de bananiers donne une impression forte et homogène d'une tradition séculaire.

Dans les villages des nuées d'enfants, apeurés, intrigués. Ou bien nous agressant carrément en nous touchant les bras, les cheveux ou en nous tirant dans leurs maisons. Prêts à nous faire un festin de deux canards capturés dans la nature. Prêts à enseigner à BIandine , le tissage. Tout cela dans le langage universel des gestes et des sourires.

Hanoi, aux dires de nos ados est une ville oppressante. La rue est un spectacle permanent, les gens y vivent, proposent leur savoir-faire, y dorment. La foule est toujours présente, jour et nuit. Blandine est touchée par tous les mendiants qui nous suivent et nous colle comme une glû. La circulation est carrément anarchique, vélos ; cyclopousses et motos prennent toute la route et les flux s'entrecroisent on ne sait comment. Le plus grand véhicule dicte sa loi.

La cathédrale d'Hanoi est trop petite le dimanche aux messes qui se donnent à 4h30 et 5h30 du matin et à 18h. Chaque jour au chapelet, l'église est pleine, autant d'hommes et que de femmes. La récitation des prières se fait dans un rythme chantant. La communion se donne dans la bouche et les sacrements se reçoivent à un âge plus avancé que chez nous. Nos enfants, sans le vouloir, se font vivement remarquer.

 

Du Vietnam en Chine : par l'itinéraire de Maurice Tornay

POUR SORTIR DU VIETNAM, NOUS EMPRUNTONS, LA ROUTE DES MISSIONNAIRES. IL NOUS FAUT UN VISA SPECIAL, CAR LAO CAI NE FIGURE PAS DANS LES POINTS DE SORTIE OFFICIELS QUE SONT HANOI ET SAIGON.

Nous nous dirigeons vers le nord montagneux, parsemé de populations bigarrées, d'ethnies très différentes. Nous prenons des vivres (spaguettis"suisses", tomates, fruits) car l'hygiène laisse à désirer. Nous laissons la gastronomie variée et délicieuse des vietnamiens et limitons notre régime au riz et aux légumes.
Après des heures de paperasseries, nous passons la frontière chinoise à pieds en traversant un fleuve. Comme nous au avons dû défaire totalement nos bagages, un sac de couchage mal harnaché tombe dans le courant. Dans un acte héroïque, un jeune vietnamien se jette à l'eau pour nous le repêcher. Les mots nous manquent pour exprimer ce que nous ressentons devant cet adolescent aux habits totalement trempés qui a ainsi risqué sa vie.

Les premiers moments en Chine sont déroutants : seulement des caractères chinois, pas de touriste en vue. Comment trouver l'argent chinois, la gare, l'horaire du train....Mais la Providence veille au grain... Nous rencontrons un néo-zélandais parlant chinois et anglais qui se fait notre interprète et nous obtient des billets...aux prix chinois (ce qui nous vaut une explosion de colère de la personne qui contrôle les billets à la sortie.). Le tour est joué !

Vingt et une heures de train lumière et musique en permanence, fenêtres ouvertes, insectes en tout genre, couchettes dures...expérience plutôt pénible!
Yerkalo en point de mire !


ARRIVES DANS LA CAPITALE DE LA PROVINCE CHINOISE DU YUNNAN, KUNMING (YUNNANFOU), NOUS LAISSONS NOS SURPLUS DE BAGAGES EN CONSIGNE ET ENTAMONS LE PERIPLE QUI VA NOUS CONDUIRE  A YERKALO.

Nous louons sept places dans un bus public, climatisé. Le repas est compris, le voyage dure environ neuf heures. Le tout nous coûte une dizaine de dollars! Nous voulons nous rendre à Dali, ville pittoresque avec un marché fréquenté par les minorités ethniques des alentours, avec une magnifique cathédrale style chinois, au bord 'un lac d'altitude.

Coup de théâtre ! Le bus nous dépose à Dali, ville moderne, grouillant de chinois. Dali est pourvu d'un aéroport et d'une superbe autoroute à trois pistes qui s'est ouverte une semaine après notre passage. Les chinois sont présents avec "leurs artilleries lourdes" aux marches Thibétaines ! Décontenancés, nous constatons que la vieille ville existe, à une vingtaine de kilomètres de là, reléguée au statut de curiosité.


Nous avons la joie de partager à Dali, le repas du matin (soupe aux nouilles) au presbytère où vit une petite communauté de soeurs, une soeur agée (soeur Marta), deux prêtres (dont un en visite), et un homme de soixante/septante ans environ de l'eglise souterraine. Ce dernier a été emprisonné pendant vingt-deux ans par les communistes et obligé de se marier. Il voudrait devenir prêtre comme il l'a toujours désiré : Il se rappelle avec émotion du Chanoine Maurice Tornay dont il a été l'élève et du chanoine Angelin Louey qu'il garde dans son coeur. Il est discret mais son rayonnement et son sourire en disent long sur sa foi. C'est une r rencontre avec Bernard Marie (Andjrou de son nom thibétain).

 

LIJIANG : EN QUÊTE D'UN LAISSER-PASSER DANS LES DEDALES DE L'ADMINISTRATION


AVANT D'ATTEINDRE LA FRONTIERE THIBETAINE, NOUS DEVONS PASSER PAR LIJIAN6 (VILLE D'ETNIE NAXI) ET ZHONGDIAN (LIEU D'UN IMPOSANT MONASTERE BOUDHISTE RENDU DANS UN STYLE PLUTOT "TOURISTIQUE" QUE "RELIGIEUX A NOTRE GOUT).

A LIiang, nous entreprenons les démarches pour nous rendre en pays interdit aux étrangers. Nathalie, une allemand étudiante à Shangaï, parle très bien le chinois, elle se fait notre interprète . Nous avons l'adresse de l'agence chinoise touristique officielle mais à trois reprises nous apprenons que les bureaux ont été déplacés. Apres ce périple clans les rues de la ville, nous nous trouvons assis dans une pièce. Il faut attendre...nous nous demandons si nous allons entamer une partie de ping-pong sur la table qui se trouve en ce lieu. Plusieurs personnes se présentent mais aucune n'est à même de répondre à notre demande. Notre patience est récompensée. Enfin nous décrochons un contrat de location de deux jeeps et un permis pour le Thibet . On nous impose l'accompagnement d'un guide à contacter à la ville-frontière.
A Zhongdian , 3200m d'altitude, nous laissons I s quelques routards réunis à l'hôtel du Tibet, lieu de rendez-vous. Ils regajrdent avec envie notre laissez-passer. A partir de là, plus question d' I utiliser les transports en communs. Les billets ne se vendent pas aux étrangers.

 

Deqin(Atuntze) : à un "jet de pierre"

DEQIN EST LA DERNIERE VILLE AVANT LA FRONTIERE IL FAUT FRANCHIR DES COLS DONT UN EST A PLUS DE OUATRE MILLE METRES D'ALTITUDE... ATTENTION AUX ORGANISMES SENSIBLES ! MAXIMILIEN NOUS FAIT UNE PETITE PEUR, IL NE SUPPORTE PAS BIEN LA HAUTE ALTITUDE.

Yerkalo

Degin (ex Atundze) va s'ouvrir dès que l'infrastructure chinoise se sera mise en place. On y construit (n'importe comment) à tour de bras (à la main). Il n'y a qu'un seul hôtel, siège de l'administration.
Nous savons qu'une femme habite dans cette ville : Maria, fiancée de Doci (le serviteur de Maurice Tornay, assassiné avec lui). Nous voudrions aussi trouver le jardin qui a servi de première sépulture à nos deux martyrs. Mais comment trouver cela ?
La Providence nous donne un coup de pouce... nous refusons de coucher à l'hôtel d'état ( puant) et nous acceptons de loger chez l'habitant. Notre chambre surplombe le jardin recherché. Nous ne le saurons que plus tard.

Nous rencontrons un thibétain passionné de karaoké, qui a appris l'anglais par ce biais. Il nous introduira chez Maria et sa famille. Maria nous montre timidement le chapelet offert par le père Alphonse Sauioz. Elle est la seule chrétienne de sa famille, elle a été baptisée par le bienheureux Maurice Tornay. L'accueil de la famille de Maria est vraiment chaleureux. Le thé au beurre rance, surprenant (!) est bien sûr incontournable.

La mission catholique ... , a été détruite. Maria habite quasiment sur son emplacement. Dans cette ville, il y a une mosquée, et un temple bouddhiste magnifique gardé par un ancien moine . Ce dernier nous frappe par sa simplicité et son intériorité. A l'entrée du marché, les hommes jouent sans cesse sur les nombreux billards et boivent de l'alcool de riz.

Le plus embêtant, c'est que nous n'avons pas de toilettes dans la maison où nous logeons. Il faut se rendre aux toilette publiques (construites sur une rivière) qui se trouvent à cent mètres de là ...Par contre, l'hospitalité est remarquable . A maintes reprise, et aussi Deqin, nous avons emprunté la cuisine de nos hôtes pour préparer des spaguettis , du roesti, des poissons etc...(Notre ami Pascal , qui nous a rejoint pour la Chine, est un chef remarquable et les nombreux curieux l'ont souvent admiré aux fourneaux, ébahis).

Merveilleux Thibet interdit !

POUR YERKFILO, IL FAUT RENCONTRER, LE CHEF LOCAL DE L'ADMISTRATION QUI ESSAIE DE NOUS METTRE SOUS PRESSION (LE LAISSEZ-PASSER OBTENU A LIJIANG NE VAUT RIEN...). NOUS DEBARQUONS DANS LE BUREAU AVEC TOUS LES ENFANTS . SI NOUS AVIONS PU , NOUS AURIONS AUSSI ENMENE NOS VELOS.

Il nous demande comment nous savons qu'il y a une église à Yerkalo. Nos réponses sont laconiques. Il nous fait attendre encore et encore. Nous parlons calmement et plaisantons sans perdre le sourire en attendant leur bon vouloir. Nous sommes à leur autant rester philosophes, nous nous montrons aussi touristes que possible ... Enfin il nous accorde ce que nous voulons. Ouf !

Notre ténacité est largement récompensée quand nous découvrons la beauté des paysages qui s'offrent à nous. Nous passons un col , une foison
de drapeaux de prières se balancent dans le vent. Nous sommes en face de la magnifique montagne sacrée "Kawakarpo" encore jamais violée, tombeau de nombreux alpinistes disparus.

La descente est vertigineuse , nous atteignons le fond de la vallée et suivons le Mékong. L'eau, très tumultueuse, est de la couleur de la terre. Les glissements de terrain ne manquent pas le long du parcours. Mais il y a toujours des personnes à la peau brulée parle soleil qui sortent de je ne sais où pour rétablir la situation avec les moyens du bord. Certains passages sont un peu scabreux, mais nos véhicules sont puissants et nos conducteurs expérimentés.

Nous avons l'impression de traverser un désert. Quelques villages accrochés à la pente, nous ravissent par la coquetterie des maisons blanchies à la chaux et l'harmonie des parchets . Minutie et finesse propre à l'fAsie même dans les milieux les plus pauvre et les plus reculés.
Incroyable mais vrai : nous avons atteint notre but.

Nous avons perdu notre guide ... sa jeep a eu une crevaison. Nous avons l'intuition d'atteindre le but à l'entrée d'un village. Des bergers à la tête d'un troupeau d'ânes, nous disent dans un sourire un mot qui ressemble à Yerkalo. Youpie ! Nous nous mettons en quête de l'église. Des personnes nous découvrent les médailles qu'ils portent au cou et sont heureuses de se déclarer chrétiennes. Le téléphone sans fil se met en route. On vient à notre rencontre mais nous apprenons que l'église et le cimetière recherchés se trouvent dans le village voisin qui est véritablement Yerkalo.


Dans ce village typiquement thibétain, nous distinguons déjà de nombreux visages chinois. Dans une école de construction récente des adolescents apprennent l'anglais.

A Yerkalo, des personnes nous attendent à l'égise, un peu inquiètes , un peu intriguées. Nous visitons le sanctuaire dédié au Sacré Coeur de Jésus. Il est orné de nombreuses images de saints (certaines sont entourées d'écharpes d'amitié thibétaines).

Il n'y a aucune image du Bienheureux Maurice Tornay dans l'église. Nous n'osons pas en montrer une tout de go. Alors nous demandons le
cimetière. Le guide nous prend pour des fous ! Mais les personnes présentent ont compris, elles nous emmènent au presbytère et nous montrent de belles icones du bienheureux. Nous partageons une joie indicible et communicative. Et nous faisons cortège jusqu'à l'ancien cimetière qui se trouve de l'autre côté du village. Les tombes de Maurice Tornay et de Doci se distinguent toutes blanches et hautes. Les autres tombes moins récentes, ont perdu de leur hauteur, enfoncées dans la terre accumulées par les pluies qui ravinent aussi les rues du village. Nos enfants courrent. "Nous avons trouvés! nous crient- Ils, ils sont fous de joie.

Nous sommes encore sous le coup de cette émotion qui concentre toutes celle de notre périple et nous sommes sûrs (et Pascal notre ami, globe-trotter un peu sceptique l'est ... presque ... avec nous) : Quelqu'un nous a bien accompagné et nous lui devons le bonheur de notre rêve réalisé en ce mois de juillet 1998 (année du soixantième anniversaire de l'ordination du Bienheureux Maurice Tornay) !

Bonne route à tous les pèlerins qui tenteront après nous ce pari qui en vaut la peine !

dmc   (cf photos sur site sous Yerkalo notamment)