LES PELERINS DE LA ROSIERE

Un pèlerinage au hameau de La Rosière clôtura cette journée d'action de grâces. La TV Mina des vues du village, de la maison natale du Bienheureux et de la chapelle dédiée à sainte Anne, témoin de la dévotion populaire envers la mère de la Très Sainte Vierge Marie, comme en fait foi le récit suivant du au chanoine René Darbellay.

 Quelle est cette silhouette qui. à la pointe du jour, se hâte sur le chemin de La Rosière?

C'est Anne-Marie Biselx de Fontaine-Dessus.

Comme chaque année, en la fête de Sainte-Anne, elle s'en va assister à la messe dans la chapelle du village dédiée à sa patronne.

Léon, son fils, un garçon de 12 ans, l'accompagne.

Les deux marcheurs semblent engagés dans une conversation animée.
— «A quel moment as-tu remarqué
que tu n'avais plus ta montre?
— Hier après midi, quand j'ai voulu voir quelle heure il était.
— Et tu n'as pas la moindre idée de l'endroit où tu l'as perdue? Non, aucune idée.
— Tu l'as cherchée, au moins?
— Oui, un peu partout.
— Et papa, qu'est-ce qu'il a dit? Je n'ai rien dit à papa, j'avais peur de le fâcher. Et de te faire gronder.
— Penses-tu qu'il m'en achètera une autre?
Pas cette année, en tout cas, ni l'année prochaine...
Pauvre Léon! Ne pleure pas. On va la retrouver ta montre.»

Les voilà déjà à l'entrée de La Rosière.
— «Quelle chance, nous sommes en avance!
Nous pourrons ainsi nous reposer un instant et nous recueillir avant la messe.»

La célébration terminée, la ma¬man se penche vers son fils et lui dit : «Tu sais, Léon, La Rosière où nous sommes en ce moment, c'est le village natal de notre cousin, le chanoine Maurice Tornay, mort martyr au Thibet. Je l'ai souvent invoqué et toujours il m'a exaucée. Nous allons bien le prier pour qu'il nous aide à re¬trouver ta montre.»

Et les voilà, le coeur en fête, sur le chemin du retour. Tout les convie à la joie. L'été, en ce jour, s'est revêtu de sa plus belle lumière. Les créa¬tures de Dieu sur leur passage exultent et chantent. Au vallon de Pont-Sec, le torrent, dans une aura de fraîcheur, fait entendre un instant sa mélopée éternelle. Plus loin. dans un petit bois, les oiseaux à qui mieux mieux, agrémentent la mar¬che de nos deux pèlerins. Puis ce sera le concert des grillons.

Quand ils débouchèrent sur la vallée, ce fut un émerveillement.  Jamais encore le Pays de Liddes ne leur avait paru si beau, si vivant.

La fenaison battait son plein. Dans les prés, sur les chemins. là-haut, là-bas, partout s'affairaient les faneurs.
Fini la contemplation des pèlerins.

Leur place n'est pas parmi les spectateurs. Elle est avec les acteurs sur la vaste scène des prairies. Ils pressent le pas. Il leur tarde d'entrer dans la danse.
«Léon, tu reconnais là-bas notre pré, fauché depuis hier matin? Va me chercher un peu de foin. que je voie si nous pourrons l'engranger aujourd'hui.» L'enfant court et re¬vient aussitôt avec une poignée de foin qu'il tend à sa mère.

La montre était dans la poignée de foin.

René Darbellay  chanoine

dmc