1846-1946

Un centenaireLes prêtres de la Société des Missions Etrangères de Paris, avec qui collaborent les chanoines du Grand-St-Bernard, ont accepté, il y a cent ans, la tâche gigantesque d'entreprendre l'évangélisation

du Thibet : le 27 mars 1846, le Souverain Pontife Grégoire XVI érigea le Thibet en Vicariat apostolique, sous le titre de Vicariat apostolique de Lhassa.

Ce centième anniversaire évoque une des plus belles épopées de l'histoire des Missions.

Les vaillants missionnaires de Paris se sont aventurés et établis dans les régions les plus « fermées e du monde ; dans ce Thibet lointain où. cependant, aux 17e et 18e siècles, les Jésuites et les Capucins avaient commencé l'oeuvre d'évangélisation qui dut être interrompue en 1745, par suite de difficultés suscitées par les autorités indigènes.

Plusieurs prêtres des Missions Etrangères versèrent leur sang pour la cause du Christ.

Le 6 avril 1905, à Batang, le R. P. Mussot, au milieu des huées et des injures de la populace, fut conduit sur la rive droite de la rivière, dépouillé de ses vêtements, fustigé d'épines et fusillé à bout portant.

Le 14 avril de la même année, le R. P. Soulié meurt martyr à Yaregong :  Une balle lui traverse la tête, une seconde l'atteint en plein coeur. Un énergumène, d'un coup de sabre, détache un bras du corps de la victime, puis les assistants recouvrent le corps de pierres et de branchages. »

Le 18 avril, massacre des chrétiens à Yerkalo, le petit poste en territoire interdit, où réside actuellement M. le chanoine Tornay. du Grand-St-Bernard.

Le 19 juillet, près de Nakhatong, c'est au tour du P. Bourdonnec de mourir pour la foi : « Le P. Bourdonnec est criblé de flèches et le poison violent agit visiblement sur la victime. Dans sa hâte d'en finir, un certain Tulou, du village d'Yehetines, tranche de son sabre la tête du martyr au-dessus de la mâchoire inférieure. 

Le 26 juillet, près de Lomélo (non de Tsedjong - Tsekou- dmc), le P. Dubernard est prisonnier : « On oblige le P. Dubernard à marcher pieds nus ; les cailloux du chemin lui meurtrissent les pieds, il ne peut plus faire un pas. On le porte à dos d'homme jusque sur une étroite terrasse en bordure du Mékong. Les Lyssous paraissent embarrassés de leur fardeau et se disposent à camper pour la nuit.

Toute la soirée, les lamas se moquent de leur victime ; ils lui demandent où est son Dieu, qu'il disait si puissant, et à quoi lui auront servi ses longues prières ; ils lui pro-posent même d'apostasier. Le vieil apôtre indigné leur présente sa tête chenue et leur déclare que jamais il ne reniera sa foi. Le lendemain, de grand matin, le funèbre cortège reprend sa marche vers le nord et, arrivés sur les bords d'un torrent qui forme sans cloute la limite de leur territoire, les Lyssous refusent d'aller plus loin. La dernière heure du martyr a sonné. Trois hommes acceptent de remplir le rôle de bourreaux ; leur salaire sera un boeuf. Ils se mettent en devoir de déshabiller leur victime qui demande qu'on lui laisse sa chemise et son pantalon. Le Père tombe à genoux et tend la tête au fer du bourreau. La tête ne tomba qu'au troisième coup de sabre. Sur-le-champ, on ouvrit la poitrine du martyr et on en arracha le coeur et le foie. »

En 1914, après les fêtes de la Pentecôte, dans les premiers jours de juin, « le P. Th. Monbeig avait quitté Batang pour faire une première visite à ses annexes de Yarègong et Litang. Le jour même qu'il espérait arriver dans cette dernière localité, dans un endroit désert appelé Foup'ikeou, il était attaqué par une bande de Thibétains qu'on. dit être forte de deux à trois cents cavaliers. Son cheval tombe sous lui, frappé d'une balle. Le domestique du missionnaire, Bong Tundjrougt, hisse le Père sur son propre cheval, lui faisant un rempart de son corps. Il tombe mortellement atteint, à ses pieds, et le P. Monbeig est tué à son tour. »


Ces quelques citations, empruntées au R. P. Goré, montrent combien périlleuse fut la mission confiée par Sa Sainteté Grégoire XVI aux Missions Etrangères de Paris. Pendant cent ans, les vaillants missionnaires de cette Société ont vécu, lutté et souffert sur le sol thibétain. Années glorieuses et saintes, riches en sacrifices, préparant la moisson des âmes.


Dix missionnaires ont versé leur sang pour la diffusion de l'Evangile; plus de dix sont morts à la peine.

Les Missions Etrangères de Paris ont bien mérité de l'Eglise. Dieu ne manquera pas de les récompenser : qui seminant in lacrymis, in exultatione metent.

J. D.


NB   Pour convertir les infidèles, nous devons tous prendre part à la grande « Croisade missionnaire », entreprise par le Pape Benoît XV et continuée par S. S. Pie XI, son glorieux successeur.

dmc tiré de l'une des premières revues du GSB