FRERE NICOLAS, LA VIE ET L'HISTOIRE

Jeûne prophétique 
Depuis la nuit de Liestal, le frère Nicolas vivait sans se nourrir. Face aux curieux qui voulaient savoir pourquoi il jeûnait, il était réservé et répondait tout simplement: «Dieu le sait.»

Néanmoins il dit 

une fois que: «Quand il assistait à la messe et que le prêtre consommait le, sacrement, il en était si fortifié qu'il pouvait vivre sans manger ni boire, sinon il ne pouvait pas le supporter» (Registre paroissial, 1488). — Par son jeûne, Nicolas contrastait fort heureusement avec le Bas Moyen Age avide de miracles et de jouissances. Jeûner n'était vraiment pour lui rien d'exceptionnel.

Il l'a toujours voulu. Son fils Hans disait: «Autant qu'il se le rappelle, son père a toujours fui le monde. De plus, il avait toujours jeûné quatre jours par semaine et pendant le carême, il n'a pas mangé plus qu'un petit bout de pain et un peu de poire séchée» (registre paroissial, 1488).

Les deux fenêtres

L'intérieur de la cellule: les deux fe¬nêtres.Même en tant qu'ermite, le frère Nicolas avait les deux pieds sur terre. L'envoyé milanais Bernardo Imperiali écrivit le 27 juin 1483 à son Duc à propos du frère Nicolas: «l'ho trovato infor¬mato del tutto» (je l'ai trouvé informé sur tout). L'ermite était au courant de tout. Il avait un esprit éveillé et allait au fond des choses. Dans sa cellule, une fenêtre vers l'intérieur, vers les hommes. Ce que l'on emmenait du monde au frère Nicolas, il l'offrait
en prière à Dieu; ce qu'il recevait de la prière, il le redonnait aux hommes. Son conseil était d'une grande profon¬deur. Nous, hommes d'aujourd'hui, qui sommes submergés par des infor¬mations, nous demeurons cependant superficiels et consommons constam¬ment du nouveau. Le frère Nicolas n'a pas consommé. Au contraire, il a jeûné. C'est bien là où les hommes sont capables de profondeur que poindra, dans le monde, une nouvelle vie.

Vivre à partir du centre

«Le frère Nicolas était un pur profane qui ne savait ni lire ni écrire» (Heinrich Wôlflin, 1501). Cependant l'ermite parlait de son «livre». C'était un dessin représentant une roue. Le mouvement partait du centre et revenait au centre. L'image de la roue a été publiée en 1487 par un pèlerin inconnu avec une déclaration du frère Nicolas: «C'est mon livre; c'est en lui que j'apprends et cherche l'art de cet enseignement». Il appela la roue l'image à travers laquelle il contemplait l'être de Dieu. «Au centre, il y a la divinité non divisée dans la¬quelle tous les saints se réjouissent. Comme les trois rayons, les trois per¬sonnes de la divinité sortent et em¬brassent le ciel et le monde entier.» Il existait déjà une version illustrée de cette image de la roue du vivant de l'ermite. Les deux images témoignent de la profonde sagesse et de l'intelligence de ce «simple profane».

L'homme de paix

Beaucoup de gens qui cherchaient conseil venaient consulter le frère Nicolas: femmes et hommes, jeunes et personnes âgées, pauvres et riches. Les duchés d'Autriche, de Milan et de Venise ainsi que les cantons fédérés étaient en contact avec lui. Dans une époque pleine d'intrigues, le frère Nicolas était au-des¬sus de toutes les parties. Sa vie d'homme de conviction lui accordait une haute autorité morale. Lorsqu'après la victoire sur la Bourgogne, les Confédérés furent au bord de la guerre civile à cause du riche butin et des rivalités politiques, le frère Nicolas a su contribuer à la paix d'une manière décisive, (Le traité de Stans, 1481.) Depuis ce moment-là, il fai¬sait figure d'homme de paix dont on réclamait la médiation dans les conflits politiques et ecclésiastiques; par exemple, lors de la querelle de la réformation concernant la rénovation du couvent de Klingental à Bâle (1482) ou lors du conflit entre la Ville de Constance et les Confédérés (1482).

Paix et justice

Grâce au frère Nicolas, les Confédérés alors en conflit ont pu signer un contrat fédéral durable en 1481. Dans une lettre au Conseil municipal de la ville de Berne (1482), l'ermite nous fit savoir de quoi la paix dépendait: «... l'obéissance est le plus grand honneur au ciel et sur la terre; c'est pourquoi vous devez aspi¬rer à l'obéissance les uns aux autres... en tout cas, la paix se trouve en Dieu parce que Dieu est la paix.» On ne peut commander la paix. C'est un don. Des conflits ne peuvent être résolus de ma¬nière fructueuse que dans le respect mutuel et entier (obéir les uns aux autres). Il n'y a pas de paix sans justice. C'est pourquoi celle-ci s'adresse à ce qui est plus profond dans l'homme et nous demande le plus grand effort. La paix se fonde en dernier lieu sur «l'être uni», sur l'union avec Dieu.

Fondation frère Niolas, à Sachseln

dmc