TEMOIGNAGE D'YVES

pourquoi j'aime le Bienheureux Maurice Tornay?

Mon premier souvenir date de l'année 1991, lorsque j'avais 7 ans; en famille, mes parents m'expliquèrent que dans notre village nous avions un homme qui allait devenir Bienheureux. Le prêtre que nous avions comme curé m'en a aussi beaucoup parlé lors de mes passages à l'église comme servant de messe. C'est en 1993, lors de la béatification du Bien-heureux Maurice Tornay, que je réalisais la chance d'avoir dans ma paroisse, dans mon église, un saint!

Je me souviendrai toute ma vie de notre pèlerinage à la Rosière pour célébrer la béatification de Maurice. Ce qui m'a le plus marqué durant cette journée, c'était le petit tableau avec son image à l'intérieur. Je me suis mis à genoux dans la chapelle de la Rosière et dans ma prière, j'ai fait la demande de devenir un saint. J'avais ce grand désir de devenir prêtre et pour moi le Bienheureux Maurice Tornay a été l'un des saints qui ne m'a plus jamais quitté dans ma vie de prières.

Quand j'ai grandi, j'ai compris, en lisant l'histoire du Bienheureux Mau¬rice, qu'il fallait tout quitter pour Jésus. Je me posais beaucoup de ques¬tions pour savoir comment devenir saint. C'était même une question qui m'a beaucoup obnubilé lorsque je suis entré en première année du Cycle d'Orientation. Je devais trouver des réponses. Je n'avais jamais les réponses que j'attendais.

Ce désir de chercher Dieu me dépassait, mais je ne voulais le dire à personne. Alors j'ai pris le risque de relire l'histoire de quelques saints dont celle de Maurice. C'est alors que s'enflamma en mon coeur le désir de tout quitter pour laisser Dieu agir en moi. Je compris que j'avais un ami au Ciel. Je peux affirmer que j'ai fait une expérience de proximité avec Maurice et que c'était une grande fierté pour moi d'avoir un grand frère ainsi au Ciel et cela m'aida beaucoup dans ma recherche de Dieu.

Le désir du Ciel qu'il avait, mon coeur en brûlait intérieurement. Le fort caractère de Maurice me parlait et me permettait d'accepter plus facilement le mien pas toujours évident.

Après de nombreux efforts et difficultés, l'Eglise, ma Mère, m'appela au sacerdoce. Avant mon ordination dia¬onale, le 23 juin 2010, je demandais à mon ami de ne pas m'abandonner sur mon chemin si difficile de la conquête du Ciel. Je lui demandais de m'aider à être un bon prêtre comme lui. Puis arriva le jour de mon ordination sacer¬dotale le 29 mai 2011. Après des déchirements intérieurs, je lui ai demandé d'être mon saint protecteur pour ma mission. J'ai choisi comme devise une de ses pensées: «Courir pour Dieu... est une oeuvre morale assez grande et assez belle en elle- même pour se passer de résultat...» et je l'ai inscrite dans mon coeur comme St-Paul.

En été 2016, je me suis rendu sur les traces du Bienheureux Maurice Tornay au Tibet. Je crois que cela a été le plus beau voyage de ma vie. La découverte des endroits où Maurice était passé, le lieu où il avait enseigné, donné de son temps pour la propagation de la foi, tout cela m'a profondé¬ment touché. Après avoir été placé sur une mule par les paroissiens de Yer¬kat() pour arriver au lieu du Martyr, une émotion intense habitait mon coeur.

Avec le Père Nicolas Buttet (Fraternité Eucharistien), le Père Cyrille (Paris), le Père John (Tibet) et moi-même nous avons célébré la messe sur le lieu du martyr. J'ai éprou¬vé une grande émotion. Je pouvais sentir très réellement la présence de Maurice à nos côtés. Je nie suis senti profondément renouvelé dans ma vie donnée à Jésus. Le fait de vivre avec un Père qui m'a toujours soutenu et un ami cela m'a donné beaucoup de joie. Je crois que j'ai laissé, en ces terres, un peu de mon coeur. Mais quelle ne fut pas ma surprise de voir le cadeau que Maurice nous préparait: la foi des populations locales. Jésus était aimé et chanté, prié et adoré. Il y avait beau¬coup d'enthousiasme, de profondeur et je n'ai jamais vu autant de ferveur. Je ne l'oublierai jamais.

Maintenant avec mon regard d'homme et de prêtre, je peux dire que je considère le Bienheureux Maurice Tornay comme un saint qui montre aux gens de notre temps qu'il est possible de croire tout en se donnant complètement et radicalement au Christ. Maurice était très terre à terre. Il n'a pas seulement accueilli Jésus dans sa vie, mais il a laissé Jésus agir en lui. Il aimait dire: «Je sais que de moi-même je ne puis rien...». Il lui a laissé les clés de son coeur et lui a donné la possibilité d'y faire sa demeure. Quand je le lis, il y a une force en lui qui ressort. Cette force je crois qu'elle émane de sa prière personnelle devant Jésus. Pour être un saint, il faut laisser notre per¬sonne devenir une prière vivante devant le Seigneur. Il ne suffit pas de belles paroles, il faut des actes qui aillent avec ces paroles. Nous avons besoin d'exemples. Nous avons besoin de témoins qui, à la suite du Bienheu¬reux Maurice. bousculent les habitudes et les traditions de nos régions pour laisser place à ce que l'Esprit Saint suggère. Maurice disait à sa soeur José¬phine: «Toutes nos plus petites peines ont une valeur infinie si nous les unis¬sons à celles du Christ». Il faut simplement vivre et vouloir vivre une vie intérieure avec Jésus. Le seul but de notre vie c'est le Ciel.

Maurice a vécu son quotidien pauvrement, mais tou¬jours avec cette vision très claire: le Ciel comme but. Quand la tristesse, l'angoisse, voire même le désarroi arrivent dans ma vie, je l'invoque et je lui demande des grâces pour aller de Pavant. Lui-même disait que la vraie liberté passe aussi par la douleur et que la grâce soutient l'une sans effacer l'autre. Il écrira: «J'ai senti la fine pointe de toutes les souffrances.» Il y a beaucoup de joie à suivre Jésus. Le travail du Bienheureux Maurice a été celui d'un homme totalement donné dans sa mission et dans sa vie de prêtre. Son cœur était sans partage et il le montrait en donnant Jésus. On dit qu'on reconnait le bon arbre à ses fruits. Je pense que j'ai pu voir de mes yeux les fruits que le Bienheureux Maurice a laissé dans cette région éloi¬gnée du Tibet. Saint Jean-Paul II l'a élevé au rang des autels au titre de Bienheureux, mais comme il est Saint auprès de Dieu, ne perdons pas de temps... la vie sur terre est courte! Et le bien que nous avons fait ici-bas sera signe de notre attachement à Dieu dans l'autre.

Père Yves Sarrasin (Mission du Grand Saint Bernard 1/2018)

DMC

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