SORT DE LA FEMME MUSULMANE

Être une fille dans les banlieues de l'islam, c'est devenu

l'enfer. Pourquoi cette dégradation ? Quelles en sont les causes culturelles?

Dans la planète obscure des banlieues, il y a quelques grosses affaires dont on parle et celles qui restent enfermées dans le silence.

Le meurtre de Sohane, dix-sept ans, a fait un peu de bruit. Cette jeune musulmane avait été brûlée vive, dans un local à poubelles de la cité Balzac de Vitry-sur- Seine, le 4 octobre 2002 par un garçon appartenant à la même communauté. Ont également attiré l'attention les révélations de Djamila qui a raconté son calvaire, Dans l'enfer des tournantes (Denoél, 2002).

C'est la partie immergée de l'iceberg des ban¬lieues où les adolescentes sont quotidiennement victimes d'insultes, de violences, de viols collectifs, de la part de garçons du même âge.

Oui, le statut des jeunes musulmanes s'est singulièrement dégradé depuis les années 1990. Tous les acteurs sociaux le reconnaissent. Être une fille aujourd'hui en banlieue, c'est l'enfer. La seule alternative au harcèlement quotidien, qui va des crachats aux insultes et même au viol, est le port du voile ou la sortie accompagnée par un membre masculin de la famille. C'est la seule solution trouvée par les jeunes filles pour se prémunir contre les agressions qui n'existaient pas il y a une dizaine d'années.

Les sociologues autorisés expliquent cette dégradation progressive de la condition de la femme en banlieue, comme un effet de la crise économique ou de la ghettoïsation des quartiers. Problème de la montée de l'islam est à peinr évoqué, tabou oblige. Cela semble une question superficielle. Il est cependant curieux de constater que le phénomène des tournantes et des agressions machistes ne se retrouve pas au sein d'autres communautés immigrées. La presse  fait mention nulle part d'agressions similaires dans les quartiers chinois qui souffrent  pourtant des mêmes problèmes économiques et sociaux. Le poids des cultures ancestrales relève de l'anecdotique pour les « banlieulogues".

En réalité, la dégradation de la vie des femmes dans les banlieues s'est effectuée au rythme de la réislamisation de ces quartiers. Les problèmes affreux rencontrées par les jeunes filles, soient d'origine immigrée ou non, sont similaires  à ceux des femmes dans les pays musulmans où on ne les respecte que si elles sont voilées et soumises. La seule façon poue les femmes de ne pas être agressées est d'accepter les prescriptions de la charia. Le port du voile est la marque la plus visible de cette obéissance. Le fait que des jeunes filles se battent pour porter le voile dans les écoles de la République n'est pas le moindre des paradoxes. En portant le voile, elles se savent à l'abri des agressions et elles suscitent le respect de leur entourage arborant le signe visible de soumission à l'islam, elles peuvent sortir, étudier sans encourir foudres du milieu familial ou des bandes.

La dégradation de la vie féminine dans les banlieues a suivi le rythme de leur islamisation

La délicate question du statut de la ne se faisait pas sentir de manière aussi aiguë au cours des siècles précédents dans les pays musulmans. L'ancestral mode de vie où la femme était confinée à la maison évitait en.principe, les agressions. L'entrée de musulmans dans l'ère moderne au xxe siècle a causé un véritable problème nouveau. L'urbanisation croissante à partir des ann&es 1950 impliquait leur mise à découvert. Des voies s'élevèrent pour que les femmes reçoivent instruction afin de favoriser le dévelopement économique. Les réformateurs justifiaient cette révolution des moeurs en arguant  

que, sans instruction, ces femmes ne pourraient pas élever des enfants aptes à travailler dans un système moderne. C'est ainsi que l'éducation de la femme et son éventuelle émancipation sont devenues une véritable bombe à retardement dans le monde musul¬man. Les pays partiellement occidentalisés comme la Tunisie laissent aux femmes une certaine liberté. Elles peuvent être tutrices de leurs enfants, fait rarissime en terre d'Islam où la femme doit rester toute sa vie une mineure qui passe de la tutelle familiale à la tutelle maritale.

Le sort affreux des "épouses provisoires"

La question de statut féminin qui était déjà un problème important au début du XXe siècle est devenue centrale avec la montée du fondamentalisme. Les islamistes considèrent comme un péril l'émancipation féminine qui est contraire à la loi de l'Islam. On a vu Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève, justifier dans Le Monde du 10 septembre 2002, la lapidation de femmes adultères : « Elle constitue une punition, mais aussi une forme de purification. » Purification aussi, sans doute, le viol collectif d'une jeune fille du Panjab, suivi de son retour chez elle, nue, par les rues du village, en punition du comportement jugé moralement répréhensible de son frère...

La réislamisation des banlieues a donc entraîné un réveil de la méfiance hostile à l'égard des femmes. Celles qui refusent les codes de conduite musulman, port du voile, escorte masculine, doivent être punies et souillées. Qu'elles soient soeurs de sang n'y change rien. C'est ainsi qu'en Algérie les groupes du GIA n'hésitent pas à enlever des femmes dans la rue pour faire des exemples. La presse algérienne a relaté l'histoire de ces femmes victimes de « mariages provisoires », vieille coutume ancestrale remise au goût du jour. À l'époque de Mahomet, les voyageurs avaient le droit d'épouser une femme pendant une semaine pour satisfaire leurs besoins masculins avant de les répudier. De nos jours, ces jeunes « mariées provisoires » deviennent le jouet sexuel de leurs bourreaux pendant quelques semaines. Une fois rendues à la liberté, mutilées physiquement et spirituellement, ces femmes se retrouvent livrées à la rue, privées de leur virginité et marquées du déshonneur. Elles sont le plus souvent rejetées par leur famille. Nombreuses sont celles qui ne survivent pas à cette épreuve. Le suicide devient leur seule issue.

Il est toujours difficile de prévoir l'évolution des mentalités. On peut cependant se demander si des femmes qui font des études et travaillent vont éternellement admettre le statut d'infériorité que leur impose l'Islam.

Certaines en viennent à devenir « kamikazes » pour être enfin reconnues dans leur dignité et devenir l'égale des hommes au paradis d'Allah. Tant qu'elles étaient confinées chez elles, elles subissaient en silence le sentiment de leur infériorité : la polygamie légale, les répudiations, les crimes d'honneur, les mutilations sexuelles... Maintenant qu'elles ont accès à l'instruction, il serait intéressant de savoir ce qu'elles pensent d'une religion qui place la femme si bas. Ce statut ontologiquement inférieur n'a pas d'équivalent dans les autres religions monothéistes, pourtant assez méprisantes pour les femmes. À plus forte raison est-il aux antipodes de ce que connurent les civilisations européennes anciennes.

La Rome antique, par exemple, haut lieu de la puissance virile accordait à la femme une place spirituellement élevée. Les Vestales, vierges consacrées, sauvegardaient le peuple romain en gardant vivant le feu de la cité. Dieux et déesses se côtoyaient fort librement dans le panthéon romain comme dans celui des Hellènes. Loin d'être une mineure brimée, la femme romaine occupait une place prépondérante dans la famille, socle de la société, mais aussi dans le monde du travail où elle jouait le rôle d'un employeur, ainsi que dans la vie culturelle en tant que mécène. Elle était reconnue et respectée dans sa féminité, sans que jamais le culte de la virilité n'y fasse obstacle. Sa religion lui accordait une dignité spirituelle refusée par l'islam.

On peut se demander si le statut d'infériorité de la femme ne condamne pas le monde musulman à une stérilité porteuse de troubles et de chaos.

Pauline LECOMTE

Moi, Aïcha, 9 ans, épouse du Prophète

Une fillette de neuf ans mariée à un adulte ? Celui-ci n'est autre que Mahomet, prophète de l'islam. Le mariage sera consommé. Maintes fois relatée, la vie de Mahomet ne nous est pas inconnue. Mais jamais l'on n'avait donné la parole à Aïcha, son épouse préférée, considérée par la tradition musulmane comme Mère des Croyants ». C'est ce que fait Leïla Mounira, musulmane et professeur de français au Maroc, en s'appuyant sur le Coran et les traditions officielles, dans un livre publié à l'Âge d'Homme-Éditions de Paris. Pas de fiction, ici. Il s'agit d'une vie, celle d'Aicha, reconstituée à partir de textes reconnus par des millions de musulmans. À travers le regard d'Aicha, nous assistons à la naissance de l'islam, les persécutions, les guerres, la vie poli-tique et familiale du fondateur de cette religion qui devait s'étendre, en quelques années, jusqu'aux confins du monde. Un récit alerte et coloré qui met en lumière les germes de confusion ou d'ambiva-lence qui empoisonnent encore l'islam d'aujourd'hui. La voix d'un petit garde rouge de l'islam, fillette éprise d'un époux sans scrupule, victime consentante d'une culture tribale reléguant la femme dans la condition de simple reproductrice ou d'objet sexuel à la fois crainte et convoitée. B.M.

NRH de janvier-février 2003

dmc