AMBROSI - CHAPITRE 2 ***

Chapitre II
Le Tibet qui a accueilli le Serviteur de Dieu.

a) Du point de vue géographique.

5. ) Pour la description géographique du Tibet, en particulier en ce qui concerne la zone dans laquelle a oeuvré Maurice Tornay, on insère ici le passage suivant qui figure dans la première biographie qui lui fut consacrée : "Qu'est-ce que le Thibet?

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BIENHEUREUX MAURICE EN CHINE

BIENHEUREUX  MAURICE  AU   LOUTSEKIANG

Bhx MAURICE

DEPART DES DERNIERS MISSIONNAIRES

LES  DERNIERS  MISSIONNAIRES QUITTENT  LES  MARCHES  THIBETAINES  DU  YUNNAN

Tchrong-Teu, 11 mai 1952 — Le troupeau abandonné. — Ils arrivèrent un samedi soir. Quatre soldats de la police et quatre officiels du Yamen. Quand nous fûmes tous réunis dans le bureau du Père, ils nous déclarèrent, à M. Chappelet et à moi, que le Gouvernement du peuple nous invitait à Kunming, capitale de la province, pour traiter de certaines affaires. Dans deux jours nous devions avoir quitté notre poste de Tchrong-Teu. Nous savions fort bien à quoi nous en tenir. C'était la brutale expulsion. Nous nous y attendions depuis un an.

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AMBROSI - CHAPITRE 5 ***

Chapitre V
EXPOSITION DE LA VIE (DU SERVITEUR DE DIEU).

a) La naissance et le milieu familial l'adolescence et les premières études (1910-1925)

16. ) Le Serviteur de Dieu naquit, le 31 août 1910, à La Rosière, hameau situé dans les confins de la paroisse d'Orsières, dans le Canton suisse du Valais. Il était le septième enfant du couple Jean-Joseph et Faustine, née Rossier, qui s'était marié, le 9 mai 1897. Il fut présenté par ses parents aux fonts baptismaux de la paroisse d'Orsières, le 11 septembre et, à cette occasion, les prénoms de Maurice-Nicolas lui furent imposés. Je note tout de suite que dans ce même document, outre l'attestation du baptême, figure aussi celle de sa confirmation qui lui fut conférée, le 6 juin 1918.

17. ) Maurice Tornay naquit dans une famille "profondément chrétienne, exemplaire". A ce propos, le Chanoine Angelin Lovey, 5ème témoin au Procès Ordinaire déclare:  "J'ai bien connu sa mère, j'ai encore revu son père après mon retour de mission, et je connais toute la famille. La famille est très honorable. Les parents étaient pieux, surtout sa mère. Son père était maquignon. On l'appelait Jean des reines, parce qu'il aimait les belles bêtes. Ses frères et soeurs sont de bons chrétiens. Un des frères, Louis, a épousé ma soeur. Une de ses soeurs est religieuse. Le Chanoine Tornay avait deux frères et quatre soeurs, trois sont mariées".

En rappelant la pauvreté qui régnait dans la famille, son frère Louis fait ressortir d'une manière très claire l'esprit de piété que leur avait imprimé les parents, spécialement la maman. En fait, comme 9ème témoin au Procès Ordinaire, Louis Tornay affirme:  "Nos parents étaient très pauvres, agriculteurs. Le parrain de baptême de mon frère fut Julien Gabioud, qui vit encore, et sa marraine sa soeur Cécile. Mon frère était le septième de huit enfants. Une petite soeur était morte en bas âge avant lui. Mes parents étaient très pieux, et ma mère était surtout charitable. Elle nous envoyait par exemple porter de la nourriture à un pauvre aveugle, et elle disait de ne rien dire à personne ce que nous faisions. Nous récitions la prière du soir en famille. Je me souviens qu'une fois que ma soeur a dit une parole déplacée, ma mère nous à tous fait mettre à genoux et réciter l'acte de contrition. Nos parents avaient beaucoup de soucis. Ils s'étaient marié pauvres et les besoins de la famille les pressaient. Mon frère a passé toute sa jeunesse dans la famille".

Dans l'éducation morale de ses enfants, la maman exerçait une influence morale par des exemples auxquels il était difficile de résister, ainsi que le fait entendre Louis Tornay:  "Maman nous enseignait clairement que l'aumône n'est pas une bonne oeuvre facultative, mais une obligation formelle de notre sainte religion et qu'il est impossible d'éviter l'enfer sans la pratiquer quand on le peut. Maman ne pouvait voir souffrir les autres, sans souffrir elle-même. Quelqu'un était-il malade, même s'il avait démérité, elle se dépensait sans compter, s'oubliant elle-même pour les autres. Maman a dû travail¬ler, peiner, lutter inimaginablement: son unique joie fut celle de ses petits chérubins, quand elle pouvait prendre un tout petit peu de temps pour les bercer sur les genoux".

18. ) Vu la pauvreté qui régnait dans la famille, pour Maurice aussi vint très vite le temps où il dut apporter sa contribution; ainsi, il fut envoyé dans les pâturages pour garder le bétail, ce qu'il accomplit non seulement joyeusement, mais encore avec une certaine habileté, comme nous pourrons le voir dans le souvenir suivant de son frère Louis:  "Comme pour ses autres frères et soeurs, le moment de commencer à tra-vailler vint très tôt pour Maurice; dès qu'il put aller en champs aux chèvres, moutons et veaux, avec sa petite soeur Anna, née en 1912, ce fut son occupation. Maurice menait son petit troupeau martin-bâton et ne se laissait pas embêter par d'autres bergers même plus grands que lui; il discutait net avec les grandes personnes et faisait ou bien leur admiration ou leur colère, rar il émettait clairement son opinion sans s'inquiéter si elle plaisait à tout le monde".

De son esprit vif et batailleur, le Serviteur de Dieu en donna des preu-ves plus évidentes lorsqu'il fréquenta les cours primaires à La Rosière où, entre autre, il eut durant deux ans pour maitre son propre frère Louis. Or, celui-ci dans sa déposition comme 9ème témoin du Procès Ordinaire, laisse entrevoir comment Maurice, en raison précisément de son esprit pugnace, prenait très au sérieux toutes ses tâches. On lit en effet dans son témoignage:

"Nous nous aimions bien en famille, mais nous nous disputions souvent. Maurice était choyé parce qu'il était le plus jeune des frères. Il avait un esprit vif, batailleur; il disait la vérité sans avoir peur de s'at-tirer des ennemis. Je devais facilement céder lorsqu'il demandait quelque chose catégoriquement devant les parents. Il se réjouissait de ses succès sur les autres, et des tours qu'il pouvait jouer. Maurice a fréquenté l'école primaire de son village. J'ai été son maître pendant deux ans (1922-23 et 1923-24). C'était un bon élève, appliqué, il travaillait bien. Il avait gardé l'esprit batailleur, mais comme il était petit, il devait prendre garde: il recevait de temps en temps des horions des plus grands".

A son caractère fier et autoritaire, le Serviteur de Dieu joignait un remarquable penchant pour les pratiques de piété, comme le montre sa soeur Marie, 10ème témoin du Procès Ordinaire:

"Quand on travaillait avec lui, il fallait que ça marche, sinon il devenait violent, en venait aux coups, puis on se réconciliait et pleurait ensemble. Il y avait dans le voisinage des enfants qui étaient devenus craintifs à cause de racontars qu'on leur avait tenus, et l'un des plaisirs de Maurice, c'était de leur jouer des tours, de leur faire peur dans la forêt. Il riait de bon coeur quand il avait fait pleurer les autres de peur. Il était pieux. Comme enfants, nous faisions peu attention à sa piété. L'instituteur, l'une des dernières années d'école, dit de lui: 'Voici le garçon le plus pieux de l'école'. L'instituteur suivait les élèves et connaissait Maurice. Cet instituteur était Cyrille Tissières de Sous-la-lex'.

Une autre soeur, Soeur Jeanne-Hélène, 13ème témoin du Procès Ordinaire, rapporte un trait particulier sur son frère, qui en dit long sur l'esprit de foi singulier qui animait ce jeune garçon agé à peine de dix ans. Voici ce qu'elle dit:

"Pendant les vacances, il se retirait habituellement seul un moment à l'écart. J'étais son intime, mais il m'a dit qu'il refusait ma compagnie, parce que j'étais gênante à ce moment-là. Il se rendait habituellement à un endroit tranquille de la forêt. Un jour que je m'y rendis, je le trouvai en méditation. C'est à son retour de ces méditations, qu'il me confiait parfois les résolutions qu'il avait prises. Il me dit une fois avoir pris la résolution de se confesser régulièrement toutes les semaines. Nous étions aux Crètes, et chaque samedi il descendait pour être à Orsières le dimanche matin, et il allait se confesser."

Le Serviteur de Dieu suivit à Orsières la dernière année de son école primaire; de là, il rentrait chaque soir à la maison, trouvant la force physique et le temps d'aider sa famille. C'est encore son frère Louis qui nous fournit ces précieuses informations:

"Avant son entrée au collège de Saint-Maurice, Maurice a fréquenté l'école secondaire d'Orsières où il devait bien se fatiguer: de La Rosière à Orsières de bon matin par tous les temps, d'Orsières à La Rosière, le soir après la classe; arrivé à la maison, il s'aidait encore aux travaux du ménage et devait faire ses tâches à domicile".

b) Au Collège de Saint-Maurice ( 1925-1931)

19. ) C'est à l'âge de 15 ans et très exactement, le 28 septembre 1925, que le Serviteur de Dieu est entré au collège de l'abbaye de St- Maurice pour y étudier la Grammaire et la Rhétorique, durant 6 ans.

Les informations recueillies durant le Procès Ordinaire sur cette période sont riches en faits particuliers. De fait grâce à la promptitude avec laquelle le procès s'est ouvert, on compte plusieurs de ses condisciples parmi les témoins. Il ressort de leurs affirmations que Maurice a donné dans ce milieu également des preuves caractéristiques de son tempérament et de ses qualités morales déjà esquissées durant son enfance.

De fait, il s'y révéla un jeune homme décidé et même opiniâtre, s'il estimait avoir raison; autoritaire, au point d'entraîner ses compagnons, très fort en classe, très appliqué, austère en matière de pureté, par ailleurs pieux et fervent dans ses pratiques de piété. En défintive, un jeune homme apprécié de tout le monde, dont on connaissait l'intention de se faire prêtre, vocation que lui-même favorisait par son travail d'étudiant.

La confirmation de ce qui vient d'être dit nous provient de la déposition du prévôt du Grand-Saint-Bernard, le chanoine Angelin Lovey, 5ème témoin au Procès Ordinaire:

"Il a commencé son collège à quinze ans, à St-Maurice. Il y étudia jusqu'en Rhétorique comprise, c'est-à-dire six ans. Il passait ses vacances chez ses parents à La Rosière, et surtout aux Crètes, un mayen qu'ils avaient au-dessus d'Orsières. Il y était berger. Il reçut des prix au collège, au moins quatre ans, en tout cas en Humanités et Rhétorique".

"Il était d'un caractère très vif, même facilement bouillant, colérique. Au collège, il avait beaucoup d'initiatives, il était un meneur, amenait les condisciples à se ranger à son point de vue, les organisait en grou-pe. Il a fait sa première communion solennelle en 1923. Au collège, il était très pieux, faisait partie de la congrégation, communiait souvent. Il me semble qu'il était le premier au catéchisme pour la première communion".

"Je n'ai jamais rien remarqué de déplacé chez lui, il a été un modèle au point de vue pureté. Il détestait les amitiés particulières au collège. Une année, il est allé au bal du Carnaval à Orsières, pour s'amuser et rire, et non par passion. On me l'a raconté".

"Il étudiait pour devenir prêtre. Dans sa biographie, il est dit qu'il aurait eu un moment le désir de devenir avocat: c'eut été compréhensible, vu son tempérament de meneur. A moi-même, il n'a jamais rien dit qu'il me fasse comprendre qu'il voulait quitter la voie dans laquelle il avait commencé: celle du sacerdoce. Il était membre de l'Agaunia, société des étudiants suisses, s'intéressait aux questions sociales, et plus tard, il allait voter régulièrement. Il n'était pas soldat, avait été placé, je crois, dans les services complémentaires. Je ne me souviens pas qu'il ait commis de fautes graves. Il était appliqué au travail, soit manuel, soit intellectuel; il était franc, presque brutal, il était pieux, il maintenait la bonne humeur, il était un esprit dominatif, cherchant à imposer sa manière de voir".

Le chanoine Paul Delaloye, qui a été le condisciple du Serviteur de Dieu durant les six années de son collège, dans sa déposition comme 17ème témoin au Procès Ordinaire à mis en évidence, en particulier, son esprit combattif, en déclarant:

"Envers les supérieurs, il était très poli, mais il lui arrivait aussi de faire des siennes. Par exemple, il n'avait pas été content de son professeur de la classe de Grammaire, professeur débutant, qui n'avait pas excellé. Ce professeur s'occupait des Echos de Saint-Maurice. Au début de l'année de Syntaxe, Maurice Tornay nous réunit tous et réussit à nous persuader de renvoyer la revue. Le professeur fut étonné que tous les élèves de la classe, le soir, lui rapportassent la revue. Le surveillant fut mis au courant, et sachant bien d'où venait le coup, discuta avec Tornay qui revint sur sa décision, et toute la classe accepta de nouveau la revue. En classe d'Humanités, il persuada toute la classe de faire grève lors d'un examen".

L'ardeur du Serviteur de Dieu à se bien préparer de la meilleure manière possible était si vive qu'il trouvait moyen de profiter aussi du temps libre pour se perfectionner dans ses connaissances littéraires, ainsi que le rappelle Mr Georges Sauthier, 18ème témoin au Procès Ordinaire:

"Il a fait ses études au collège avec beaucoup de ténacité et avec d'ex-cellents résultats. Dans le temps libre, de midi, alors que je lisais volontiers un roman policier, lui lisait Démosthène. Il parlait à table de différentes choses, telles que le soin des vins ou des abeilles, en citant les anciens auteurs, Horace par exemple. Il avait beaucoup de mémoire et une intelligence remarquable, très prompte, saisissant immédiatement les difficultés. Il était le premier de sa classe".

Les années de collège firent mûrir rapidement le Serviteur de Dieu; en effet, comme l'affirme son frère Louis, lorsqu'il revenait à la maison toute la famille remarquait que 'chez lui une transformation rapide et profonde s'était produite; qu'il devenait plus réfléchi'.

En regardant devant soi, Maurice Tornay dut considérer que, d'une part, son tempérament de feu l'aurait incliné à se faire avocat mais que, d'autre part, l'appel de Dieu se faisait en lui toujours plus irrésisti-ble. Louis Tornay, 9ème témoin au Procès Ordinaire affirme: "Après la deuxième ou troisième année de collège, il a eu, il me l'a dit, la tentation très forte de se faire avocat. Il apprenait avec facilité, il avait de l'ascendant sur ses camarades, il voyait qu'il pourrait devenir quelqu'un, qui sait, pourquoi pas conseiller d'Etat? Il voyait qu'il pourrait gagner beaucoup d'argent et, comme il disait, 'nous sortir tous de la gonfle'. Et cependant, il conserva au fond du coeur la volonté de se faire prêtre. Le chanoine Follonier l'appelait en riant: 'Bonjour, M. le chanoine Tornay' et mon frère me racontait que cela lui faisait beaucoup de bien. Il voyait que le chanoine Follonier l'appelait ainsi ironiquement, mais mon frère disait en lui-même alors: 'Mon Dieu, faites que je le devienne vraiment".

c) L'entrée au monastère et la poursuite des études (1931-1935)

20. ) Le souhait final que le Serviteur de Dieu se faisait à lui- même, comme nous l'avons vu à l'instant au paragraphe 19., a été évidemment de bon augure; en effet, sitôt après avoir achevé le cours de Rhétorique à St-Maurice, il adressa, le 22 juillet 1931, une demande d'admission au monastère des Chanoines Réguliers du Grand-Saint-Bernard. Quant au motif du choix particulier de cette Congrégation, le chanoine Pierre-Marie Melly, 8ème témoin au Procès Ordinaire, déclare:

"Sa paroisse était dirigée par un chanoine du Grand-Saint-Bernard, ses oncles avaient été dans cette Congrégation; il m'a dit qu'il était naturel pour lui d'y entrer".

Il ne ressort pas que la famille ait formulé une quelconque opposition à la décision de Maurice; cependant, à la prière de sa soeur Marie qui lui demandait de ne pas partir, il répondit d'une manière que l'on peut bien considérer comme prophétique. En effet, comme lOême témoin au Procès Ordinaire, elle a déposé ainsi:
"Quand il est parti pour le Grand-Saint-Bernard, il est venu nous dire adieu aux Crêtes, où nous habitions. Je voulais bien qu'il aille au Grand-Saint-Bernard, mais je lui dis: 'Reste avec nous, Maurice. Avec Joséphine, je suis seule, avec Jean je n'ai pas les mêmes idées, avec toi nous pourrions faire quelque chose de bien'. Et puis, il répondit: 'Il y a quelque chose de plus grandiose que toutes les beautés de la terre'. Et il ajouta encore que le Christ avait dit de prêcher l'Evangile jusqu'aux extrémités de la terre. Il avait déjà en entrant au Grand-Saint-Bernard la vocation missionnaire, mais ne nous a jamais rien dit de façon nette".

21. ) Le 25 août, quelques jours après son entrée au monastère, le Serviteur de Dieu fut admis à la cérémonie de la prise d'habit; sitôt après, il entra au noviciat, où il eut pour maitre (le futur) Mgr Nestor Adam qui, déposant comme 12ème témoin au Procès Ordinaire, formule les souvenirs suivants:

"Lors de son entrée au noviciat, on m'avait prévenu contre lui en me disant que ce jeune homme avait un caractère très difficile. Je me sou-viens aussi qu'on avait émis des doutes sérieux au sujet de sa persévé-rance. Pour autant que mes souvenirs sont fidèles, je n'ai eu qu'à me féliciter de lui pendant la durée du noviciat. Je ne me souviens pas qu'il m'ait jamais désobéi. Il m'a paru animé d'un désir sincère de travailler à sa perfection. Un souvenir particulier: Il est venu un jour me trouver pour me demander avec insistance: 'Que dois-je faire pour me sanctifier?'. Je ne crois pas l'avoir puni, si ce n'est collectivement. Il était d'une originalité assez marquée, mais habituellement joyeux et de bonne humeur".

Après l'émission de la profession simple, le 8 septembre 1932, le Serviteur de Dieu s'adonna à l'étude de la philosophie avec une entière ap-plication, ce qui était désormais une de ses caractéristiques. Et à ce sujet, on ne saurait désirer un meilleur témoignage que celui de son professeur, le chanoine Lucien Gabioud, 22ème témoin au Procès Ordi-naire, qui nous a tracé du jeune Maurice ce très clair profil:

"J'ai surtout connu le chanoine Tornay lorsqu'il fut, pendant deux ans, mon élève de philosophie. C'était un élève très doué, esprit très clair, qui aimait approfondir les questions. Il était très habile à poser des questions embarrassantes, même pour le professeur, et il aimait le faire. Il était bon religieux, mais avait conservé son esprit paradoxal, qui aimait à faire croire aux autres qu'il était un peu différent de ce qu'on le croyait. Les Supérieurs l'estimaient beaucoup, ses confrères aussi. Le chanoine Tornay souffrit d'un ulcère à l'estomac. Il supporta son mal avec beaucoup de courage".

Le chanoine Angelin Lovey, 5ème témoin au Procès Ordinaire, rapporte le souvenir suivant de son ancien compagnon: "Il était passionné de philosophie, discutait avec plaisir, il était poète, méditatif. Il lisait beaucoup en dehors du manuel qu'il étudiait: Maritain, Billot, Suarez, saint Augustin. Parmi les auteurs profanes,
il aimait beaucoup Molière".

Ayant achevé les deux années de philosophie, le Serviteur de Dieu com-mença le cours de théologie, en octobre 1934, cours qui fut troublé par une maladie d'estomac, même si elle ne nuisit pas aux examens finals. A ce propos, le chanoine Cyrille Lattion, 1er témoin au Procès Ordinaire, dit ceci:

"Il fit une année, pendant laquelle il tomba malade. Il resta assez longtemps à Lausanne et dut être opéré d'un ulcère à l'estomac. Cela ne nuisit guère à ses études: aux examens, il était aussi fort que n'importe quel autre élève. En 1935, en automne, il reçoit les ordres mineurs, il fait sa profession solennelle le 8 septembre 1935".
L'esprit avec lequel Maurice Tornay vécut sa douloureuse maladie d'esto-mac - laquelle exigea une intervention chirurgicale à Lausanne - prouve après coup la détermination avec laquelle il entendait atteindre ses objectifs. Cela ressort de ce passage tiré d'une relation de son frère Louis:  "Maurice souffrait d'un ulcère à l'estomac qui, pendant le collège déjà, le faisait beaucoup souffrir. Je lui disais: C'est dommage que tu n'aies pas davantage de santé. Pourquoi, me fit-il? Parce que tu pourrais davantage pour étudier. C'est tout le contraire, qu'il me répondit; je pourrais peut-être beaucoup moins. Durant sa maladie à l'hospice, Maurice devait vivre de régime et il m'a raconté intimement qu'une fois on lui a servi un plat de riz mal cuit, je crois un peu brûlé, pas salé à cause du régime, enfin excessivement mauvais. Alors, me dit-il, je me suis efforcé de manger ce plat par obéissance et sacrifice, je l'ai trouvé bien mauvais, cela me coûtait, mais après cela je sentis mon âme envahie d'une immense joie: le bon Dieu m'a fait comprendre le bonheur qu'il y a de pratiquer la vertu.

Tout petit, Maurice était très gourmand:  je le vois toujours manger la soupe à l'orge; assis derrière la table, il prenait un tout petit peu de clair et deux ou trois grains au fin bout de la cuiller qu'il portait à sa bouche avec une lenteur désespé-rante en crispant les lèvres et fermant presque les yeux. Mais, plus tard, lorsqu'il était au Grand-Saint-Bernard, astreint à un régime sévère, il me disait que, même si toute sa vie, il eût été condamné à ne pouvoir manger qu'un peu de riz, il me disait que cela ne lui laissait aucun regret, au contraire, me disait-il, c'est pour moi un grand souci de moins".

De la période que le Serviteur de Dieu passa à l'hôpital, il reste le témoignage de son frère Louis; témoignage important en tant qu'il con-tient la preuve de la manière dont il observait à la perfection l'angé-lique vertu. C'est ce qu'il affirme comme 9ème témoin au Procès Ordinaire: "Au sujet des obstacles à vaincre, je peux noter ceci. Lorsqu'il était au Grand-Saint-Bernard, on dut le soigner pour un ulcère d'estomac et il séjourna à la clinique Bois-Cerf, à Lausanne. Une infirmière aimait le taquiner; elle lui pinçait les orteils, lui demandait comment ça allait. Mon frère sentit que ces manières étaient déplacées, trop empressées et il lui dit clairement: 'Mademoiselle, entre vous et moi, je demande un peu plus de distance'. Il me dit que cela lui avait ensuite coûté, parce que l'infirmière de gentille qu'elle était, devint méchante pointilleuse. Et il ajoutait: ' Vois-tu nous autres prêtres, nous devons être excessivement prudents. Des manières quelque peu libres peuvent occasionner des racontars, ou même nous faire perdre la vocation'(....) Je me rappelle spécialement le fait suivant: un jour, nous descendions en voiture du Grand-Saint-Bernard; il devait se rendre chez le docteur.

Nous étions gais et chantions des refrains d'amourettes. Alors Maurice nous a dit: 'S'il vous plaît ne chantez pas cela en ma présence".

d) En terre de mission (1936-1938)

22. ) Dans le chapitre II de cette Information, au paragraphe 9, j'ai déjà eu l'occasion de décrire la pénétration des chanoines Réguliers du Grand-Saint-Bernard au Tibet. Il a été relevé en particulier comment les deux premiers religieux, les Pères Melly et Coquoz, après une exploration réalisée en 1930, s'y sont établis à demeure, à partir de 1933. Eh bien, ce fut en réalité une lettre du chanoine Melly à Mgr Bourgeois qui déclencha le départ du Serviteur de Dieu pour le Tibet. En effet, déposant comme 8ème témoin au Procès Ordinaire, il rapporte ce fait de la façon suivante:

"Il fit une année de théologie au Grand-Saint-Bernard. Je demandais du renfort à Mgr Bourgeois. Il me répondit qu'il ne pouvait m'envoyer
qu'un prêtre, M. Lattion, mais qu'il adjoindrait M. Tornay, encore étudiant. A mes objections, qu'un étudiant serait plutôt pour nous une charge, parce qu'il immobiliserait quelqu'un pour son enseignement, il me répondit que M. Tornay était capable de terminer ses études lui-même, que nous n'aurions qu'à le surveiller et à lui faire subir les examens ordinaires".

Concernant la naissance de la vocation missionnaire du Serviteur de Dieu, le chanoine Pierre-Marie Melly pense devoir l'attribuer aux causes suivantes:
"Je pense qu'il a ressenti, la vocation missionnaire lorsque nous sommes partis les premiers en mission au Thibet. Il dit à M. Gabioud qu'il
lui était nécessaire d'aller en mission pour son salut personnel: il prévoyait des dangers trop grands pour lui dans les paroisses, vus ses capacités et son caractère. Il a demandé lui-même à Mgr Bourgeois de pouvoir partir en mission".

23. ) Il ne nous est pas donné de savoir jusqu'à quel point il serait plausible de soutenir que la décision ultime de partir en mission ait été motivée par la crainte de ne pas bien réussir dans les paroisses du Valais; de toute façon Maurice Tornay manifesta sur ce point une volonté très ferme, suivie ensuite d'un engagement d'une rare alacrité et persévérence pour la conversion des âmes, engagement accompagné d'une détermination pour défendre ses conquêtes qui le poussa au sacrifice
de sa vie. Elle est significative cette phrase prononcée par le Chanoine Lattion, ler témoin au Procès Ordinaire:

"Je crois que Mgr Bourgeois, qui avait fait quelques propositions, ne s'attendait pas à la demande de M. Tornay, qui n'était pas encore prêtre. Je crois que Mgr consentit à l'envoyer la-bas, parce que M. Tornay était un élève exceptionnel".

La douloureuse séparation de sa famille, que le Serviteur de Dieu pré-voyait de ne plus revoir, est décrite de la manière suivante par son frère Louis:
"Avant son départ pour le Thibet, Maurice est allé à Moret (France) dire au revoir à sa soeur chérie Anna. C'est la dernière fois qu'il la vit. Puis il vint aussi faire visite à sa chère maisonnée de La Rosière; il dormit une dernière fois au nid paternel, mais, le pauvre, il eut une nuit si agitée, travaillée par des liens si forts qui devaient se rompre, coûte que coûte, qu'il ne ferma certes pas l'oeil de la nuit entière. Le lendemain, c'était l'adieu pour toujours à ses parents, frères et soeurs bien-aimés, moment aussi poignant que la mort. Maman dit au revoir à Maurice et ne pleura pas en sa présence; elle alla rapidement donner libre cours à son émotion dans la petite chambre voisine. Maman était des plus stoïques, elle savait bien qu'il ne convenait pas de larmoyer en présence de Maurice (...).

Maurice savait qu'il ne reviendrait jamais du Thibet, il me l'a dit à moi-même personnellement pour me toucher, pour me faire comprendre un peu le poids de la séparation, parce qu'il me connaissait certes pour le moins sensible, le plus dur de la famille. 'Mon cher Louis, si tout va bien, de là-bas je ne reviens plus. Ce fut sa confidence. Je me rappelle que, dans ces jours d'adieux pénibles, son âme devait souffrir énormément; je vois toujours (...) son visage excessivement
sérieux, j'entends ses répliques sages de douceur et de profonde piété à chacune de nos paroles qui étaient très ordinaires".

Je rappelle que la mission du Saint-Bernard était dans le Vicariat apostolique de Tatsienlou, qui devint par la suite diocèse de Kangting.

Le Chanoine Lattion, ler témoin au Procès Ordinaire qui accompagnait Maurice Tornay et qui fut ensuite son professeur de théologie, nous renseigne sur le long voyage: "Nous sommes partis ensemble à Fribourg suivre des cours d'infirmiers. Nous sommes allés voir la soeur de M. Tornay en France et nous sommes partis de Marseille, le 24 février 1936, M. Tornay, M. Rouiller et moi- même. M. Tornay m'a dit que la vie missionnaire était certainement une vie beaucoup plus mortifiée que celle que menaient les confrères en Europe. Nous sommes arrivés à Weisi, le 8 mai de la même année, et immédiatement il reprit en privé ses études de théologie. Il les a poursui¬vies et les a terminées à la prêtrise en 1938. J'étais son professeur jusqu'en 1938, à la fin février".

Les craintes exprimées par le chanoine Melly sur la possibilité du Ser-viteur de Dieu d'achever ses études théologiques, vu qu'il devait les faire en privé, se dissipèrent dès l'arrivée de celui-ci à Weisi, son premier poste missionnaire; bien plus, ce sera lui-même, comme supérieur de la mission, qui informera Mgr Bourgeois, Supérieur général de la Congrégation du Grand-Saint-Bernard, en lui donnant ces renseignements flatteurs:

"(...) Le 25 juin, Monsieur Tornay a subi un examen de morale. Vous le connaissez suffisamment pour savoir qu'il a très (bien) répondu. Mais j'ai dû l'exempter de la classe de chinois du matin; il m'a dit qu'il n'avait pas assez de temps pour la thélologie ". (Weisi, le 22 juillet 1936).

"Monsieur Tornay est de nouveau enfoncé dans la théologie avec l'ardeur que vous lui connaissez. Cet hiver, il finira facilement tout le pro¬gramme, de sorte que l'année scolaire 1937-1938 il n'aura qu'à revoir. Veuillez voir, si possible, à le faire ordonner vers la fin de l'été prochain, ce qui doit s'obtenir facilement ayant pour cela d'aussi bonnes raisons". ( Weisi, le 3 novembre).

"Monsieur Tornay fera, la semaine prochaine, son examen de morale et, plus tard, celui de dogmatique. Je vous disais, l'année derniare, que je pensais à lui pour le Probatoire, et à Monsieur Lattion pour Latsa. C'est pourquoi, le premier se mettra bientôt à l'étude du thibétain, et le second à celle du lissou".( Weisi, le 6 avril 1937).
"J'ai aussi à vous parler aujourd'hui de Monsieur Tornay. M'ayant dit que la dispense risquerait de rencontrer de grandes difficultés, j'en restais là (...) Monsieur Tornay a subi, mardi dernier 12 avril, son examen de théologie, toujours avec le même succès. Depuis, je lui ai demandé de faire une heure par jour de thibétain, en vue du Probatorium, tandis qu'avec Monsieur Lattion nous faisons du lissou".( Weisi, 16 avril 1937).

"D'abord, au sujet de Monsieur Tornay: dès son arrivée à Weisi, il a fait sa théologie durant l'été 1936, pour remplacer les mois manqués durant le voyage. Et puis un mois de congé, avant de commencer la classe vers le 20 octobre, qu'il termina le 15 juillet 1937. Il reprit ses cours le ler octobre 1937. Il a subi tous les examens et je n'ai pas à vous redire avec quel succès; vous connaissez suffisamnent sa grande facilité".( Siao-Weisi, le 5 janvier 1938).

Nous référant à cette dernière phrase, il y a lieu évidemment de croire à sa yLande facilité pour l'étude et aussi comment il a appris la dif¬ficile langue chinoise; et, pouvant encore une fois nous baser sur des sources directes, nous apprenons par le chanoine Melly, 8ème témoin au Procès Ordinaire, les détails suivants:
"L'étude du chinois se fit en même temps que sa théologie. A cause de sa grande facilité, il se permit une méthode spéciale: l'étude directe du lexique à la fin du dictionnaire Debesse. Je trouvais cette méthode abrutissante et lui en fis la remarque. Il me répondit: 'M'interdissez¬vous d'agir ainsi? I. Sur ma réponse négative: 'Permettez-moi donc de continuer I. Il annotait en différentes couleurs les mots les plus difficiles à retenir. Il les reprit la deuxième année. A la fin de la deuxième année, il possédait parfaitement les sept mille caractères chinois".

Durant ces deux ans de formation religieuse, il s'est montré toujours très pieux et obéissant. Ceci est d'autant plus remarquable que son caractère était énergique; ceci lui coûtait. Nous allions nous coucher à neuf heures et nous nous levions à cinq heures et demie. L'expérience missionnaire nous avait montré la nécessité d'un tel repos dans ce pays humide. Le chanoine Tornay aurait voulu étudier jusqu'à dix heures, ou se lever plus tôt. Il me l'a demandé à plusieurs reprises, mais, sur ma défense, il a toujours obéi".

"Lorsque je suis parti, le chanoine Tornay est resté seul avec M. Lat-tion, qui tomba malade du typhus; il devait soigner le malade, s'occuper en même temps du probatoire. Il n'avait alors plus de supérieur, et j'ai constaté plus tard par ses écrits, par ses lettres, qu'il prenait alors sur son sommeil de quoi écrire. Pendant les vacances d'été, afin qu'il se reposât quelque peu je le fis venir avec moi au col de Latsa, pour surveiller les ouvriers. Je lui dis de laisser les livres de théologie à la mission. Cela lui coûta beaucoup, mais il m'obéit".

24. ) La théologie achevée en 1938, le Serviteur de Dieu se rendit à Hanoi, en avril 1938 où, les 20 et 22, il reçut les ordres majeurs et le 24, l'ordination sacerdotale. C'est l'ancien missionnaire laïc, Robert Chappelet, qui accompagna Maurice Tornay, lequel, témoignant comme 4ème témoin au Procès Ordinaire, raconte ainsi l'événement:

"Il a reçu les ordres majeurs en avril 1938 à Hanoi. Ce qui m'a frappé à cette occasion, c'est son recueillement. Il était très badin de nature, mais à ce moment-là, il était ému et sérieux. Il a dit sa première messe privée à la chapelle des RR. PP. Rédemptoristes à Hanoi, chez qui il avait fait sa retraite d'ordination".

Maurice célébra sa première messe à Hanoi d'une manière plutôt privée, vu l'éloignement de son poste missionnaire et c'est seulement après son retour qu'il la célébra solennellement à Siao-Weisi. C'est le chanoine Cyrille Lattion, ler témoin au Procès Ordinaire, qui rapporte l'événement auquel lui-même fut présent:

"Il a dit sa première messe à Siao-Weisi, village chrétien, le 3 juillet 1938. C'était une fête magnifique, pour les chrétiens (les Pères de la Mission s'étaient à peu près tous réunis); et même pour les païens, parce que c'était un événement très rare dans ces missions. L'après- midi, il remercia les Chinois, et il les assura qu'il les aimerait comme ses enfants. Dès le surlendemain de sa première messe, il partait pour Tsechung, afin d'apprendre le thibétain, pour accomplir fidèlement sa tâche de directeur du probatoire, où il y avait des élèves thibétains. Au bout d'un mois, il lut son premier sermon en thibétain".

Maurice Tornay se montra tout de suite absolument fidèle à la promesse faite en ce jour solennel, ainsi que le note le Frère Louis Duc, 7ème témoin au Procès Ordinaire: "Il s'est dévoué de toute son âme à la mission d'éducation qu'on lui confia; j'ai toujours été frappé du sérieux et de l'acharnement avec lesquels il accomplissait ses devoirs".

Derrière un si grand zèle, le Serviteur de Dieu mettait un soin extraor-dinaire à bien remplir ses devoirs sacerdotaux, même au prix de luttes afin de ne pas capituler devant des difficultés locales et de parvenir à des résultats qui auraient été plus difficiles pour d'autres missionnaires. A ce sujet le chanoine Pierre-Marie Melly, 8ème témoin au Procès Ordinaire, met en lumière ces souvenirs:

"Il a rempli d'une façon exemplaire ses devoirs de prêtres. Il est resté fidèle, même en voyage, à sa méditation et à son bréviaire. Les mission-naires peuvent remplacer le bréviaire par le rosaire, lorsqu'ils sont en voyage. Je lui dis ma manière de faire: réciter le bréviaire lorsque le voyage ne durait pas plus de deux jours, le départ le matin et l'arrivée le soir facilitant la tâche. Il me répondit qu'il voulait réciter le bréviaire tous les jours. Je lui fis observer qu'il se fatiguerait la vue, la récitation étant très difficile en voyage, à cheval. Il me répondit qu'il réciterait donc le bréviaire tant que cela irait, et que, quand il ne le pourrait plus, il ferait comme moi, remplaçant le bréviaire par le chapelet, lorsqu'il n'y a pas possibilité d'en réciter au moins une partie dans une station de la mission".

e ) Les divers offices remplis (1938 - 1945)
25. ) Le chanoine Cyrille Lattion qui fut le professeur de théologie de Maurice Tornay de 1936 à 1938, et son supérieur de 1939 à sa mort, parcourt avec précision toutes les étapes de sa vie missionnaire à tra¬vers les descriptions chronologiques suivantes:

"Le chanoine Maurice Tornay resta à Weisi pour ses études de 1936 à 1939. En 1939, l'école de Houa-lo-pa étant terminée, Maurice Tornay y conduit son probatoire. Il y resta jusqu'en 1945, avec quelques séjours à Kitcha, où les céréales étaient plus abondantes. En 1945, il est nommé curé de Yerkalo, d'où il est chassé en 1946. De 1946 à 1947, il se tient à Pamé, à la frontières du Thibet. Il passe l'été de 1947 à Weisi, monte à Atuntze, qu'il quitte en décembre pour se rendre à Kunming, Changai, Nankin, où il exposera son cas à Mgr Riberi, nonce apostolique. Il re¬vient à Atuntze en mai 1948, et prépare son départ pour Lhassa. Il quitte Atuntze, le 10 juillet 1949, pénètre dans le Thibet jusqu'à Ten¬tho, d'où il est ramené jusqu'à la frontière par le col du Choula, où il tombe sous les balles des lamas, le 11 août 1949".

A peine ordonné prêtre, le Serviteur de Dieu fut immédiatement nommé directeur du Probatoire de Houa-lo-pa, petit centre situé non loin de Weisi, comme on peut le voir sur la carte géographique à la page 230 du Summarium. Son confrère, Angelin Lovey, lui aussi missionnaire dans les Marches Thibétaines, fut témoin direct du sérieux avec lequel il a immédiatement assumé cette charge; c'est en toute connaissance de cause qu'il a donc fait la déposition suivante comme Sème témoin au Procès Ordinaire:

"Dès qu'il fut prêtre, il reçut effectivement la charge de directeur du probatoire. Il partit immédiatement pour les paroisses du nord, afin d'apprendre le thibétain, car la plupart des enfants provenaient des familles thibétaines. Il a déjà prêché, le 15 août 1938, en thibétain. Il restait au village de Patong, dans la paroisse de Tsechong, à la résidence. Le maître d'école, un ex-lama converti, lui donnait des le¬çons. Je ne sais pas s'il est monté à ce moment à Yerkalo. On lui envoya en tout cas des élèves de ce village. Il passa aussi dans la Salouen, et ramena un groupe assez nombreux d'élèves pour commencer l'année scolaire. La première année se passa encore à Weisi, puis au mois de mai 1939, les élèves s'installèrent dans les nouveaux locaux, encore inache¬vés de Houa-lo-pa, à une heure trois quarts au sud de Weisi. Durant la première année à Weisi (Après sa première messe), il soigna aussi M. Lattion malade de la typhoïde à Weisi, et s'est distingué par son dévouement".
"Nous sommes arrivés à Weisi le 10 mars. Le chanoine Tornay tomba malade le samedi-saint. C'est moi qui le soignai. Il commença à se lever le jour de l'Ascension, et quelques jours plus tard, il repartait pour Houa-lo-pa. Avant sa prêtrise, il a passé un été, peut-être deux, au col de Latsa pour travailler à l'hospice qu'on édifiait. Il avait un travail très ingrat: il fallait apprendre absolument tout à ses enfants du probatoire".

Bien qu'ingrat, le travail que le Serviteur de Dieu fut appelé à accom¬plir auprès des jeunes ne l'épouvanta nullement: il sut même se faire aimer et imiter par eux, après avoir réussi à les conquérir par ses manières de faire. A ce sujet, voici ce qu'affirme le chanoine Cyrille Lattion, ler témoin au Procès Ordinaire:
"En tant que directeur du probatoire, il avait affaire, les premières années, à une bande de petits sauvages. Il essayait de les intéresser par tous les moyens: jeux, théâtre, fanfare, camping. Il les tenait fermes pour les études. Il essayait surtout, je l'ai remarqué à plusieurs reprises, de les prendre par la bonté plutôt que par la crainte. Je l'ai vu veiller toute une nuit un enfant malade, et c'est lui encore qui l'a porté dans le cercueil".

26. ) Pour bien faire comprendre le zèle missionnaire du Serviteur de Dieu, on ne doit pas taire - comme nous venons de le voir - qu'il réussissait à s'ouvrir une brèche dans le coeur de si nombreux jeunes, malgré la vie très mortifiée, les désagréments des conditions locales et les privations que lui-même y ajoutait spontanément, tous facteurs qui certainement ne contribuaient pas à lui faciliter la tâche. En effet, le chanoine Paul Coquoz, 3ème témoin au Procès Ordinaire, raconte:

"Après son ordination sacerdotale, il a pris la direction du probatoire, que j'avais commencé. Il s'est donné à sa tâche avec un zèle total, pour développer cette oeuvre, pour donner à ses élèves une solide piété. J'ai remarqué qu'il avait une très grande dévotion à Notre Dame du Perpétuel Secours, et dirigeait les fidèles et ses étudiants dans ce sens. Ce qui a frappé au probatoire, c'est qu'il se mettait au régime des indigènes, très dur pour tous, mais plus dur pour lui qui avait eu une opération d'estomac. Je le lui ai reproché plusieurs fois, parce que, même à un Européen bien constitué, on ne conseille pas ce régime. Il couchait sur une paillasse, que nous appelions paillasse symbolique parce qu'elle n'avait plus de paille. Pourtant il aurait pu faire autre¬ment. Il agissait ainsi, non par originalité, mais par esprit de mortification".

Dire que le Serviteur de Dieu fut un prêtre extrordinairement zélé, ne constitue certes pas une affirmation exagérée, car on la retrouve constamment dans les dépositions de tous ceux qui ont eu la chance de l'observer durant ces années fécondes, hélas, trop brèves. Il me parait particulièrement digne d'éloge le grand effort qu'il faisait pour rendre son style de vie semblable à celui des indigènes, fait qui, même s'il lui valait le désaccord des confrères en raison des sacrifices qu'il comportait, le rendait cependant très bien vu des gens du lieu. A ce sujet, la déposition du Frère Louis Duc, confrère laïc de Maurice et 7ème témoin au Procès Ordinaire, est significative:

"Il voulut suivre le régime alimentaire des indigènes, ce que nous dé-sapprouvions. Il s'affaiblit et dut apporter des ménagements. On lui faisait parfois de petits plats spéciaux; il les distribuait aux élèves, je l'ai vu. On lui conseillait de se modérer: moi-même, soumis à son régime, quand j'étais avec lui, en ai passablement souffert. Il ne souf¬frit pas spécialement du climat, qui n'était pas dur. Il souffrit par contre de la saleté des lieux et des gens, mais réussit toujours à se dominer. Il me raconta lui-même qu'étant allé voir une malade, on lui servit du thé dans le bol où la malade crachait, bol à peine rincé.

Il réussit à dominer son dégoût. Pendant qu'il était à Houa-lo-pa, je l'ai vu se lever tous les jours à trois heures et demie, ou quatre heu¬res, faire ses prières, sa méditation, dire sa messe. Il consacrait son temps à l'éducation des élèves. Quelquefois, dans l'après-midi, il allait voir des malades dans les environs. J'ai constaté qu'il essayait de rapprocher de nous des païens, de nos connaissances, dans le but de les amener à la foi. Quand il eût quitté Houa-lo-pa, je n'ai jamais entendu de critiques au sujet de son ministère comme curé de Yerkalo. J'ai toujours entendu parler de lui comme d'un missionnaire très zèlé". que nous voulons maintenant mettre en évidence grâce au témoignage de tous ceux qui vécurent près de lui, à commencer par le chanoine Angelin Lovey, qui a écrit dans sa relation:

"J'affirme devant Dieu, que jamais je ne le vis faire ou dire quoi que ce soit de nature à constituer un péché grave. Par contre, j'ai souvent ouï dire de sa bouche des paroles non seulemnt édifiantes, mais vraiment saintes et héroïques; surtout j'ai été le témoin de sa vie exemplaire, de ses veilles, de ses prières, de son esprit de pauvreté, de son zèle apostolique, de ses saintes colères, de l'ardeur de ses désirs pour la justice et le Règne de Dieu, de son obéissance héroïque, de son in-trépidité devant les dangers et la mort, de sa mansuétude malgré un caractère vif et facilement irritable; surtout j'ai été le témoin visuel et auriculaire de sa fidélité à son devoir de pasteur. C'est pour cette vertu que Maurice Tornay a exposé sa vie, durant au moins quatre longues années, et l'a enfin offerte, à l'exemple du Bon Pasteur, pour que les siens conservent la vie de la Foi et de la grâce et pour que le Thibet s'ouvre enfin à l'Evangile. Sa fidélité à son devoir de pasteur me parait être sa vertu dominante, certainement héroïque et suffisante à elle seule à en faire un saint".

28. ) Remplissant avec une extrême assiduité ses devoirs de mission-naire, Maurice Tornay se distingua par dessus tout par l'héroïque appli-cation avec laquelle il poursuivait le bien spirituel du prochain, obte¬nant en retour des conversions innattendues, comme il ressort de la déposition suivante du chanoine Paul Coquoz, Sème témoin au Procès Ordinaire:

"Il cherchait principalement le salut des âmes: c'était son grand souci. Il ne manquait pas une occasion de prêcher. Il avait une grande facilité. Deux choses m'ont frappé: son domestique Doci était auparavant un vrai bandit, buveur, capable de tous les coups, mais il l'a vraiment trans¬formé; quand il était à Houa-lo-pa, il convertit une femme vraiment profondément. Il était lui-même toujours à disposition pour les confes¬sions, et engageait volontiers des confesseurs étrangers, comme moi- même, pour que les élèves puissent se confesser".
Toujours dans le cadre du zèle avec lequel le Père Tornay poursuivait le bien spirituel du prochain, il faut rappeler le soin particulier qu'il mettait dans les ministères de la prédication et de la confession. Sur ce point, le chanoine Pierre-Marie Melly, 8ème témoin au Procès Ordinaire, nous rapporte ces intéressants détails;
"Dès le début, on sentait chez lui l'amour des âmes. Un jour, avec son énergie spontanée et brusque, il me dit: ' Qu'est-ce que nous foutons ici? Tout ce pays n'est pas encore converti I. Je l'ai entendu prêcher deux ou trois fois seulement. Il s'est acquitté de ce ministère avec facilité, avec beaucoup de zèle. Il s'est même bien tiré dans son premier sermon thibétain, après un bon mois d'étude du thibétain. Le Père André avait voulu se jouer de lui, en lui disant dans la première quinzaine
de juillet qu'il devait prêcher en thibétain le jour de l'Assomption, mais le Père Tornay prit la chose au sérieux et prépara son sermon. Le Père André était très mal à l'aise au commencement de la messe, le chanoine Tornay ayant persisté dans son intention de prêcher. Des audi-teurs, des muletiers qui passaient à Weisi m'ont dit que le Père Tornay s'en était magnifiquement tiré, ayant cependant dit quelques mots en chinois, lorsque le mot thibétain ne lui venait pas à l'esprit. Pour les confessions, il était toujours à disposition. Mgr Derouineau m'a écrit que le Père Tornay l'a tiré une fois d'embarras. Le prédicateur d'une mission étant subitement tombé malade, la veille, Mgr Derouineau dit son embarras aux jeunes prêtres de la mission de Kunming. Il s'est présenté, et il assuma les trois ou quatre instructions du premier jour".

29. ) Le dévouement total du Serviteur de Dieu envers le prochain le portait aussi à poursuivre avec la même assiduité les oeuvres de miséricorde corporelles. Voyant, en effet, l'état de besoin dans lequel vivaient ces populations, Maurice Tornay ne cessait pas de se donner tout à tous. Des exemples probants de cette générosité de sa part nous les trouvons dans la déposition suivante du chanoine Angelin Lovey, 5ème témoin au Procès Ordinaire:

"Il n'a pas établi de nouvelles fondations. Il a travaillé fidèlement au probatoire, et comme curé de Yerkalo. Il a travaillé au dispensaire; il allait également à domicile voir des malades. Il avait étudié un peu de médecine à Fribourg avec le Dr. Clément. Il a soigné aussi des lépreux. Avec les indigènes, il était énergique. Les gens venaient souvent emprunter différentes choses, ou de l'argent et on exigeait habituellement un gage. Pour habituer les gens à se tenir à leur parole, il exigait le remboursement au moment promis et l'exécution des stipulations convenues. Il insistait que c'était pour l'éducation des gens du pays.

Il était digne avec les enfants et les femmes, et je n'ai jamais eu l'occasion de voir ou d'entendre raconter quoi que ce soit de répréhen¬sible â son sujet".
Le désir d'améliorer la situation des gens qui souffrent et en particu¬lier des malades les plus répugnants, poussait Maurice Tornay à frapper à toutes les portes possibles, comme le rappelle le chanoine Pierre- Marie Melly, 8ème témoin au Procès Ordinaire:

"Il est allé s'installer le premier dans le bâtiment que j'avais con-struit à Houa-lo-pa, pour le probatoire. Il a plus tard, refoulé de Yerkalo, établi un dispensaire à Atuntze, où il fit beaucoup de bien sans guère obtenir de conversions. Il aurait voulu fonder une léproserie, établir d'autres dispensaires, faire venir des soeurs, etc. Il m'écrivait avec insistance pour que je lui envoie de l'argent, me disant d'en réu¬nir, de frapper à d'autres portes en Suisse. Il écrivit lui-même en Amérique. Il disait que nous piétinions sur place, qu'il fallait des dispensaires, des oeuvres, des ressources. Pour autant que j'ai vu là- bas, il était bon avec les enfants, jouait avec eux, dirigeait leurs jeux; il était bon avec les indigènes, mais ne manqua jamais de prudence. Je ne sais pas qu'il fit jamais quelque chose qui contredit l'intégrité sacerdotale".
Chez Maurice Tornay tant de charité envers le prochain s'explique par le fait que par dessus tout il aimait Dieu en un degré héroique; en effet, dans les moments de choix difficile il répondait: 'Il le faut absolument, ce n'est jamais trop pour le bon Dieu.

30. ) Si au milieu du comportement vertueux du Serviteur de Dieu, la charité a été le véhicule idéal qui lui a gagné tant d'assentiments, il faut cependant dire que c'est aussi grâce à sa prudence s'il a réussi par la suite à maintenir un tel assentiment autour de sa personne. Il ressort - et nous le verrons tout à l'heure à travers les tableaux du procès ( c'est à dire la liste des témoins et leurs dépositons) - qu'il n'a jamais été en défaut sur le point de la prudence dans ses rapportsavec le prochain. Le chanoine Jules Detry, llème témoin au Procès Ordinaire affirme:

"Il soignait les malades, il écoutait avec patience les interminables conversations des thibétains. Sa connaissance de l'indigène lui faisait parfois prendre des attitudes qui pourraient choquer quelqu'un de non averti venant de l'Occident. Dans ces peuplades, le missionnaire doit aussi montrer qu'il est un chef. Il observa certainement la prudence.

Je suis certain qu'il ne fit jamais rien contre l'intégrité sacerdotale. Son comportement envers les enfants et les femmes était correct. La distance de chef qu'il observait contribuait à cela; c'était une défense judicieusment choisie et adaptée".

C'est grâce à sa singulière prudence si le Serviteur de Dieu s'est épargné toute critique; du reste sur ce point, il prenait les plus grandes précautions, comme on peut le constater dans les paroles suivantes du Frère Louis Duc, 7ème témoin au Procès Ordinaire:

"Il était très prudent avec les enfants et les femmes. Etant demeuré seul à Houa-lo-pa avec les enfants et une femme de service (cette femme cependant ne logeait pas dans le même bâtiment que lui), il descendit chez nous à Weisi, pour la nuit, afin d'éviter tout racontar. Je n'ai jamais constaté ni entendu dire quoi que ce soit contre l'intégrité sacerdotale chez lui".

31. ) Le comportement vertueux du Serviteur de Dieu a eu des accents vraiment héroïques aussi en ce qui concerne l'exercice de la tempérance, au point que son supérieur dans les Marches Thibétaines, le chanoine grille Lattion, 1er témoin, à déclaré:

"Comme vertu particulière, je nommerai sa mortification. Un détail: à deux reprises, il m'a demandé de pouvoir se donner la discipline et de pouvoir porter un cilice. La première fois, je le lui ai refusé; la seconde je le lui ai permis".

32. ) Parmi les perles les plus brillantes du comportement vertueux du Serviteur de Dieu, il faut mettre enfin en évidence sa 1=ptitude dans l'obéissance, soit aux prescriptions de la Règle, soit au commandement des Supérieurs. Ce dernier fait doit être apprécié d'une manière toute particulière, si nous considérons son caractère plutôt bouillant et indépendant. Le chanoine Cyrille Lattion, témoin très qualifié sur ce point comme nous le savons, s'est exprimé de la sorte:

"Il a toujours obéi, bien que, au premier abord, la chose lui coûtât parfois, par exemple, lorsqu'il fut nommé curé de Yerkalo. Il connaissait les difficultés au devant desquelles il allait. Il a demandé à ses pro¬banistes de prier pour lui, et il leur a laissé entendre qu'il pourrait bien y mourir".

Les déclarations du chanoine Lattion, en confirmation de l'obéissance héroïque du Père Tornay, acquièrent une plus grande valeur, si nous les considérons à la lueur de la déposition du chanoine Angelin Lovey, Sème témoin au Procès Ordinaire:

"Je n'ai jamais appris qu'il ait manqué formellement à l'obéissance, bien qu'il montrât un assez grand esprit d'indépendance. Il présentait volontiers des initiatives, des idées personnelles. Il était d'un avis différent de celui de M. Lattion pour la répartition des subsides. Il lui a fait des critiques. Un moment, son attitude peina même M. Lattion qui croyait à une opposition. Il a obéi en des choses qui lui coûtaient. Il aurait voulu davantage pour ses enfants. Il acceptait cependant de laisser les choses où elles en étaient, quand M. Lattion lui disait qu'il ne pouvait lui accorder davantage. C'est par dévouement aussi qu'il a accepté d'être curé de Yerkalo. Il y eut l'une ou l'autre fois des explications entre lui et ses supérieurs, mais il n'encourut jamais de reproches de ses supérieurs. En 1948, lorsque M. Lattion était parti pour l'Europe (il alla jusqu'à Kunming, puis revint vers la mission), M. Tornay obtint différentes choses de M. Savioz que M. Lattion avait établi pour le remplacer. A son retour, M. Lattion ne fut pas content de tout ce qu'on avait concédé à M. Tornay qui, cependant, à mon avis, avait agi tout à fait correctement. Il a montré beaucoup de zèle, un attachement héroïque à son devoir de pasteur. Il était héroïque, sans être obstiné".

Il constate enfin: "Il observa la Règle du mieux qu'il put".

Extrait tiré de "Radiographie d'une âme" - plaidoirie de l'Avocat Dr Andrea Ambrosi

DMC

CHANOINES DU GSB DE LA "MISSION DU THIBET"

Dans l'ordre: Nom, Prénom(s), date de naissance, date de décès, lieu d'origine, dates du séjour au Tibet ou dans les Marches tibétaines du Yunnan. (•) Décédé de mort violente. 

01 Melly, Pierre-Marie 03.09.1900 - 31.01.1994 Sierre 1933-1939
02 Coquoz, Paul 26.01.1904 - 29.03.1985 Evionnaz 1933-1951

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AU REVOIR PERE ALPHONSE

Au revoir, cher Père Alphonse Savioz et à bientôt

J'ai rencontré le Père Alphonse pour la première fois lors de mon pèlerinage au Thibet avec la Famille Cipolla et deux amis. C'était â Dali, le ler juillet 1999. En compagnie de Bernard-Marie, nous nous retrouvons devant l'église avec quelques chrétiens et des religieuses.

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MISSION AU THIBET

MISSION AU THIBET

Dans une lettre datée du 21 décembre 1929, Mgr De Guébriant, supérieur des Missions Etrangères de Paris (M.E.P.), qui avait vécu trente et un ans dans le Setchouan, province ecclésiastique au sud-ouest de la Chine, aux confins du Tibet et, frappé par la détresse des caravaniers au passage des cols, demande à Mgr Bourgeois, Prévôt du Grand Saint Bernard, une aide missionnaire pour un pays « grand comme deux fois la Suisse et pas moins montagneux qu'elle, et où un hospice refuge serait plus que bienvenu. »

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Mgr Théophile Bourgeois

BOURGEOIS_AVEC_DUC-CHAPPELET-COQUOZ-MELLY_JANVIER_1933.jpg(Bovernier 1855 + Martigny 22.3.1939).

Devenu prêtre en 1879, Théophile Bourgeois enseigne dès 1880 la théologie dogmatique et la philosophie aux novices et jeunes chanoines du Grand-Saint-Bernard. En 1887, il est désigné comme prieur claustral, un poste qu'il gardera jusqu'à son élection pour succéder au prieur Pierre-Joseph Deleglise.

Le vote ayant été confirmé par Léon XIII le 14 juin 1888, Théophile Bourgeois est consacré abbé par l'évêque Adrien Jardinier le 2 septembre de la même année. Ses années de Prieur seront marquées par la fondation d'une première école d'agriculture dans le canton par le G.S:B:, et la participation de la Congrégation à la construction d'une route carrossable menant à l'hospice.

On retiendra aussi sa préoccupation pour le recrutement et la fondation des jeunes religieux, sa promotion du culte de Saint-Bernard, mais surtout l'initiative d'envoyer des chanoines dans les Marches thibétaines.

A l'occasion de ses 50 ans d'abbatiat, le pape Pie XI a envoyé son secrétaire d'Etat Pacelli, élu pape sous le nom de Pie XII un an plus tard, pour féliciter d'être le plus ancien abbé régulier de la chrétienté.

Paul Coquoz

BENEDICTION_DES_SEMENCES_CHEZ_LES_LISSOUS_P_COQUOZ.jpg

 

 

(Evionnaz 26.01.1904 + 29.03.1985).

Entré comme novice au Grand-Saint-Bernard en 1923, Paul Coquoz est ordonné prêtre en juin 1930. Il accompagne le P. Melly en 1933 dans son voyage de reconnaissance des Marches thibétaines.

Missionnaire dans les Marches thibétaines à Siao-Weixii, il est chassé par les communistes chinois en 1951. Il rentre enseigner au Collège de Champittet de 1952 à 1953, puis est appelé en Corée dans le cadre de la "Commission d'Armistice" jusqu'en avril 1954.

Il part alors rejoindre ses confrères à Formose, où il est missionnaire jusqu'en 1978. Il rentre ensuite à Martigny.

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Pierre-Marie Melly

PIERRE-MARIE_MELLY_1900-1994.jpg(Vissoie 03.09.1900 + 31.01.1994).

Entré comme novice au Grand-Saint-Bernard en 1922, Pierre-Marie Melly est ordonné prêtre en 1929.

En 1933, il part en mission de reconnaissance dans les Marches thibétaines.

Suite à l'accord d'envoyer des missionnaires bernardins dans cette région, le P. Melly fera partie de la première équipe à s'installer sur les territoires frontaliers de la Chine et du Thibet.

Il n'y demeure que jusqu'en 1939, date à laquelle, à cause de graves problèmes de santé, il se voit dans l'obligation de rentrer en Suisse.

Il se chargera dès lors de la propagande missionnaire, notamment par le biais d'un périodique : "Grand-Saint-Bernard Thibet".

PIERRE-MARIE MELLY 1900-1994

La Mission du Grand-Saint-Bernard vient de perdre son pionnier. En effet, le Père Melly s'est éteint le 31 janvier (1994) au Home Soeur-Louise-Bron, de Fully, où il était hospitalisé depuis quatre ans.

Né à Saint-Jean, dans le val d'Anniviers, le 3 septembre 1900,

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F. Louis Duc

DUC LOUIS(1899 + 24.05.1961).

Volontaire au Thibet en 1933, le F. Duc rentre en Suisse avec Detry en 1948 afin de soigner ses problèmes de foie. Il essaie de repartir pour les Marches thibétaines en 1949, mais il est refoulé aux portes de la Chine (avec deux nouveaux missionnaires Droz et Petoud). Il revint donc à Champittet où il demeura jusqu'à la fin de ses jours. A l'époque du voyage de Simonnet dans les Marches thibétaines en 1946, ce dernier décrit ainsi le F. Duc : "c'est un homme qui approche la cinquantaine et qui donne surtout une impression de robustesse et de bonté. Son allure évoque celle de ces bons ours bruns" Dans SIMONNET (Christian), Thibet, voyage au bout de la chrétienté...

ROBERT (dit BOB) CHAPPELET (laïc)

CHAPPELET_A_SA_SORTIE_DE_CHINE.jpg(Vienne 22.06.1908 – Lausanne 10.08.1998)

Volontaire laïc, originaire de Saint-Maurice (VS), engagé comme auxiliaire (nous dirions missionnaire laïc) pour trois ans, resta 5 ans qu'au service de la mission. Départ le 10/1/1933 de Martigny avec PP Melly - Coquoz et frère Duc.

Installé à son compte au retour de l'ordination du P. TORNAY (à Hanoi en juillet 1938), dans la vallée de la Salouen, à Tchrongteu, il continue ses services, à tous les missionnaires après la guerre jusqu'en 1952.

Concentré dans la Salouen avec le Chanoine Louis Emery(Tchrongteu) et P. Georges André, MEP(Bahang), il fut expulsé avec eux le 13 mai 1952.

Arrivé à Hong-Kong le 31/7/1952.

Pour de plus amples renseignements, n'oubliez pas de lire l'œuvre de Jean-Louis Conne intitulée «La Croix Tibétaine» – Veuillez vous adresser au chanoine archiviste Jean-Pierre Voutaz à Martigny (prévôté), au Père Nicolas Buttet à Epinnassey (Eucharistein) ou au père Yves Sarrasin à Epinassey, Aigle ou Orsières, pour en obtenir un exemplaire s'il y en a encore!

Bob CHAPPELET à sa sortie de Chine


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Cyrille Lattion

JUBILE_SACERDOTAL_CYRILLE_LATTION_5.06.1985.jpg(Liddes 04.03.1909 + Martigny 21.09.1997).LATTION_CYRILLE_SUPERIEUR_DE_39-52_109phM00050.jpg

Entré au Grand-Saint-Bernard en août 1928, Cyrille Lattion accède à la prêtrise sept ans plus tard. Il sera missionnaire à Weisi, puis à Formose jusqu'en 1979. Il sera ensuite chargé de la procure de la Mission à son retour en Suisse. Fichier des chanoines, 1928, Lattion Cyrille. En 1946, il s'agit d'"Un homme jeune, de petite taille, mais bien bâti, les yeux très clairs, la barbe blonde et abondante". in  SIMONNET (Christian), Thibet, voyage au bout de la chrétienté - éditions de SEPTEMBRE - Paris 1991

 

Maurice Tornay

maurice tornay(La Rosière 31.08.1910 + col du Choula 11.08.1949).

Né dans un hameau d'une cinquantaine d'habitants : la Rosière, commune d'Orsière en Valais, Maurice est le septième d'une famille de huit enfants. Il fait ses primaires dans son village pour ensuite poursuivre ses secondaires en internat à l'Abbaye de Saint Maurice. En août 1931, Maurice commence le noviciat et revêt l'habit des chanoines réguliers du Grand-Saint-Bernard. Il fait sa profession solennelle quatre ans plus tard, en septembre. En juillet 1938, il reçoit à Hanoï le sous-diaconat, le diaconat et est ordonné prêtre.

De 1938 à 1945, il est directeur du probatoire de Houalopa, puis à la mort du Père Burdin, curé de Yerkalo, il est nommé pour rejoindre ce poste. Arrivé à Yerkalo en juin, il reçoit les menaces de lamas jusqu'en janvier de l'année suivante, puis ceux-ci saccagent sa résidence et le forcent à quitter sa paroisse. Il rejoint Pamé, près de la frontière thibétaine.

Avec l'accord de ses supérieurs, il tente d'aller plaider la cause de ses chrétiens de Yerkalo à L'hassa auprès du Dalaï Lama. Il est reconnu dix-sept jours plus tard, arrêté et contraint de rebrousser chemin.

Le 11 août 1949, il est tué dans une embuscade au col du Choula. Il sera enseveli dans le jardin de la résidence d'Attentze (Deqin), jusqu'à ce que ses restes soient transportés à Yerkalo par ses paroissiens où il repose actuellement. Il sera béatifié en 1993 par le pape Jean-Paul II.

TRAVAUX MISSIONNAIRES DE 1947-1948

Je vais laisser de côté ce qui concerne la situation générale dans l'Ouest-Chinois et me limiter aux faits plus particulièrement relatés par les missionnaires de ce diocèse. Commençons par Yerkalo.

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A LA MEMOIRE DU CHANOINE JULES DETRY

Jules Detry   (1905-1980)

Dans la nuit du dimanche 23 mars 1980, le Chanoine Detry quittait ce monde pour entrer dans cette Vie en comparaison de laquelle, selon la parole de saint Augustin, la vie présente mérite à peine ce nom qu'on lui donne.

Tous nos élèves de Champittet connaissaient cette figure sympathique qu'ils rencontraient chaque jour en arrivant au collège; car le Chanoine se promenait, le matin, sous le porche de la chapelle en égrenant son chapelet. C'est ainsi qu'il se préparait à la célébration de l'Eucharistie.

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ROUILLER NESTOR

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ROUILLER NESTOR, fils de Cyrille et Denise née Martenet, est né à Troistorrents le 29 avril 1909. Postulant au GSB le 24 août 1927, novice le 25 août 1928, profès simple le 8 septembre 1929, profès solennel le 8 septembre 1932.

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Henri Nanchen

(Lens 25.04.1911 + Kitchra 20.04.1941).

Entré au Grand-Saint-Bernard en août 1931, Henri Nanchen accède à la prêtrise en 1938. Parti pour les Marches thibétaines en 1939, il décède en 1941, noyé dans le fleuve Mékong. Dans Fichier des chanoines, 1931, Nanchen Henri.

ANGELIN MAURICE LOVEY ET HENRI NANCHEN AVEC DES PAROISSIENS

LOVEY_ANGELIN-NANCHEN_HENRI.jpgP SAVIOZ DEVANT TOMBES DE TSEKOU

MON AMI FRANCOIS

Mon ami François
 
Allez dans le monde entier annoncer la Bonne Nouvelle... ces paroles sont tombées dans le coeur de François dès son plus jeune âge. Paroles brûlantes sur un tempérament de feu, et ce fut l'incendie qui a brûlé et consumé la vie missionnnaire de mon confrère et ami de prédilection, François Fournier.
 
La première étape de sa longue carrière missionnaire fut le Tibet. Dans ses années d'ardente jeunesse, François rêvait la conquête du «pays des neiges»: consacrer les lamaseries au Christ, porter en procession le Christ vivant dans les rues de Lhassa. Mais vinrent les communistes avec leur guerre et une idéologie bouleversante et ce furent eux qui firent la conquête du Tibet. Puis ce fut l'expulsion de tous les missionnaires de notre Mission du Tibet. François ramassa son balluchon et abandonna
ses illusions et, avec ses confrères missionnaires, s'en vint à Formose (Taiwan).
 

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